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Billet de blog 18 janv. 2023

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Rien ne sert de mourir, il faut partir à point...

C'est l'histoire de mecs en costards cravates payés 10 000 € par mois avec de l'argent public qui parlent au peuple d'équilibre, de justice, ou de pénibilité. C'est l'histoire d'une poignée de privilégiés qui tentent de faire passer insidieusement une nouvelle réforme brutale et injuste pour le plus grand nombre.

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(Enième) réforme des retraites...

C'est l'histoire de mecs en costards cravates payés 10 000 € par mois avec de l'argent public, disposant de tous les avantages que confère un poste de ministre, de député ou de sénateur, qui parlent au peuple d'équilibre, de justice, ou de pénibilité. C'est l'histoire d'une poignée de privilégiés, complètement déconnectés du quotidien du citoyen moyen, qui expliquent à toute une population qu'elle va devoir travailler plus. Litanies fallacieuses ; autant écouter son boucher défendre la cause vegan.

On voudrait nous faire croire que nous n'avons pas bien compris. Qu'il y a un manque d'explications, de pédagogie. Absolument pas. Nous comprenons trop bien ce qui se joue : la destruction de l'assurance retraite dont le coût sera toujours trop élevé pour le système capitaliste. L'assurance chômage subit d'ailleurs le même sort, elle a essuyé ces dernières semaines des rafales de bazooka dans un silence assourdissant. Le capitalisme rêve de supprimer ces protections d'un autre temps, ces « charges » - taisons surtout le terme adéquat de « cotisations sociales » - qu'il convient forcément d'alléger. Ce n'est pas quand tout sera dévasté qu'il faudra réagir. C'est maintenant.

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Avec l'aimable autorisation de l'auteur pour la libre utilisation de ce dessin. © Allan BARTE

Les éléments de langage déployés par le gouvernement sont risibles. Le fait que bon nombre de médias les reprennent tels quels est désespérant. L'argument de l'équilibre financier brandi en étendard ne tient pas une minute. L'actualité est ironique et cruelle : les chiffres 2022 de la Bourse de Paris viennent de tomber. Les actionnaires du CAC 40 ont bénéficié de 80 milliards d'euros en dividendes et rachats d'actions, un record. En France, les 500 plus grandes fortunes sont passées, en dix ans, de 200 milliards à 1 000 milliards. Le déficit de l'assurance retraite s'établirait lui, d'après le gouvernement, à une douzaine de milliards d'euros par an. Ça n'est pas rien mais les chiffres n'ont du sens que lorsqu'ils sont mis en perspective. Comme le relève Thomas Piketty, économiste reconnu spécialiste des inégalités économiques, « il suffirait d’imposer à 50 % l'enrichissement exceptionnel des grandes fortunes françaises mentionné plus haut pour rapporter 400 milliards d'euros ».

400 milliards. 30 fois le déficit sur lequel s'appuie toute la communication gouvernementale. C'est dire l'ampleur de la blague.

Nous n'assistons pas à une simple réforme des retraites. Nous sommes dans un nouveau moment de lutte des classes qui ne dit pas son nom. D'un côté quelques milliards d'euros permettant à l'immense majorité des travailleurs de jouir de quelques années de vie après le travail relèvent de l'insupportable. De l'autre, les centaines de milliards alloués à l'allègement de la fiscalité des plus riches (suppression de l'ISF, instauration de la flat tax, ...) ou des entreprises (baisse massive des cotisations sociales patronales, aide à l'apprentissage, baisse forte et rapide de l'Impôt sur les Sociétés, ...) semblent ne jamais peser assez dans la balance. Il n'y a, d'un côté, plus d'argent magique mais il y a chaque année 160 milliards d'euros d'aides publiques versées aux entreprises, le plus souvent sans aucune contrepartie engageante.

Ainsi ne s'agit-il pas de déséquilibre financier, de déficit ou de dette comme le martèle l'équipe au pouvoir, ou plus généralement les tenants de l'ultralibéralisme. Il s'agit de choix politiques et d'arbitrages budgétaires cyniquement maquillés. Le sujet du financement des retraites a volontairement été corseté dans un TINA tatcherien (« There Is No Alternative ») qu'il est de bon ton de ne pas interroger.

Pourtant la question première n'est pas de trancher entre un départ à la retraite à 60, à 62, à 65 ans ou de discuter du nombre d'annuités ouvrant une retraite à taux plein. La vraie question est de choisir - et d'assumer sans faux-semblants - ce qui mérite du financement public et ce qui n'en mérite pas. La fin de vie doit-elle se voir allouer des moyens ? Les plus pauvres, souvent affectés aux métiers les plus durs et les plus utiles, peuvent-ils partir en retraite plus tard alors même que leur espérance de vie est largement inférieure à celle des travailleurs aisés (décès 10 ans plus tôt en moyenne) ? Le système de santé, la transition écologique, les biens et services essentiels doivent-ils se voir allouer des moyens ? Pareillement, les plus riches et les multinationales doivent-ils se voir allouer des ressources issues de l’État, donc du commun ?

Choisir où va l'argent, c'est, trivialement, et bien au-delà du sujet retraites, choisir quel modèle de société on veut faire vivre.

Illustration 2
Avec l'aimable autorisation de l'auteur pour la libre utilisation de ce dessin. © Allan BARTE

La focalisation du débat sur un déficit de quelques milliards est une escroquerie minable, un épouvantail ridicule. Les déficits existent lorsque le système politique décide de les laisser s'installer. Nos dirigeants ont alors beau jeu de dénoncer et d'exploiter des problèmes qu'ils ont eux-mêmes créés. « Regardez cette crise que l'on ne peut plus éviter. La situation est dramatique. Des efforts importants et rapides doivent être consentis pour éviter le pire ! ». Dramatisation, analyses partielles et partiales, sensation d'urgence... Manipulation grossière. Elle semble hélas plutôt bien fonctionner dans une société globalement atone, résignée, peu informée.

Ce qui est présenté comme une réforme économique au service du plus grand nombre est en fait une nouvelle réforme idéologique au bénéfice de quelques uns. Les gagnants du capitalisme n'ont que faire des travailleurs, simples rouages d'une machine boulimique prête à ravager davantage encore le monde et la vie pour en extraire quelques milliards de plus. Ce système qui alimente le sommet de la pyramide, une minorité d'ultrariches, doit tenir « quoi qu'il en coûte » à la base.

Pendant que certains vivent des dividendes et de la spéculation ou paradent sous les ors de la République, sans aucune forme de travail utile au commun, d'autres connaissent la pénibilité et la précarité toute leur vie active. Les travailleurs contribuant réellement au fonctionnement du pays et de la société pouvaient jusqu'ici espérer une fin de vie relativement respectable. Ils devraient désormais finir leur carrière, plus tard, plus usés et avec une retraite raccourcie. L'humain n'est dans cette vision de société qu'une machine au service du capital qu'il convient d'exploiter au maximum. C'est parce que ce modèle est insupportable qu'il importe de se lever contre ce projet violent, brutal et injuste.

Comme le disait Emmanuel Macron le 16 mars 2020, à la veille du confinement, « Nous sommes en guerre. Pas contre une autre nation, mais contre un ennemi invisible et insaisissable ».

A n'en point douter, le Président appelait, il y a 3 ans déjà, à combattre un système inique pour s'atteler à la création d'un monde plus solidaire et plus juste. Qui aurait pu prédire une telle lucidité ?

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