Licencier un Gaulois par SMS

La phrase aussi stupide que provocante de Macron sur les "Gaulois réfractaires aux réformes" en a masqué une autre aussi révélatrice que glaçante et destinée à ceux dont il est l'obligé.

   Tous les commentateurs de la vie politique se sont précipités sur cette petite phrase, certains avec gourmandise, d'autre pour la condamner. Mais nul n'a relevé le double piège ainsi tendu, peut-être involontairement d'ailleurs, par Macron.

   Premier piège avec cette antienne, dont on nous rebats les oreilles, du Français rétif aux réformes. Formule toute faite et vide de sens : qui est donc ce Français parmi les 67 millions de personnes toutes différentes qui vivent dans ce pays ? Mais formule destinée à saturer l'espace médiatique avec deux avantages : faire passer celui qui la profère comme le "moderne" qui essaie de faire bouger une société sclérosée et celui dont elle est l'objet comme accroché à des privilèges désuets et injustifiés, et surtout éluder par avance toute question sur le contenu et la finalité des dites réformes qui ne sauraient en conséquence qu'être profitables à la société, y compris quand elles ne sont que des cadeaux aux plus fortunés.

   Mais dans ce discours danois se trouvait une autre phrase bien plus révélatrice et qui ne semble pas avoir suscité la moindre réaction : celle dans laquelle Macron disait son admiration pour un pays où l'on peut vous licencier le jour même par SMS ! Il est clair que sans cette sortie sur les "Gaulois", ce serait cette dernière qui aurait fait le buzz, avec sans doute des conséquences beaucoup plus dommageables. Il aurait alors été facile de retourner l'argument en demandant que soit mis en oeuvre la possibilité pour des employés de virer leur patron par SMS ou pour les Français de se débarrasser de Macron par le même moyen. On imagine bien Mélenchon lançant une campagne pour inonder le standard de l'Élysée de ce message lapidaire répliqué à quelques millions d'exemplaires : "M. Macron, je vous licencie". Vu la popularité actuelle de Macron, le succès était plus que probable. Au lieu de cela, une banale polémique de plus sur le mépris que Macron voue aux Français, polémique vite désamorcée par une vague explication sur une phrase qui n'aurait pas le sens qu'on a voulu lui donner et qui de toute façon ressasse une idée si rebattue qu'elle ne choque plus vraiment.

   Car soyons sûrs que cette apparition dans le discours présidentiel de ce "licenciement par SMS" ne doit rien au hasard et a été entendu par ceux à qui il s'adresse en premier lieu : ceux dont Macron est l'obligé, ceux qui ont financé et soutenu sa campagne et qui l'ont fait élire (et qui l'accueilleront dans leur rang si le vent venait à tourner). Ce n'est qu'un premier ballon d'essai et l'absence de réaction qu'il a suscité est on ne peut plus inquiétante. À l'heure où se profile une "réforme" (au sens militaire du terme c'est à dire mise au rebut) des fonctions publiques, il y a tout à parier que ce genre de formule prépare le terrain pour un nouveau démantèlement de ce qui reste de protection sociale, dans le public comme dans le privé.

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