Le vote est un moyen d'expression et il ne faut donc pas se priver de l'utiliser. Mais le refus de vote (abstention ou vote blanc) a également un sens quand le choix du vote se résume à deux solutions inacceptables et il ne doit donc pas être écarté à priori. Pour les prochaines élections, la question se pose. Pourquoi aller voter pour élire des députés dont les décisions sont soumises à l'approbation d'instances non élues (commission européenne, conseil européen) et sont donc retoquées si elles ne vont pas dans le sens de ces instances ? Un exemple récent et parlant en est la menace de sanctions qui vise la Hongrie. Bien qu'adoptées par le Parlement, elles n'ont aucune chance de passer le filtre du conseil européen où il leur faudrait l'unanimité. On pourrait alors considérer le fait d'aller voter comme une légitimation démocratique imméritée des instances européennes et de leur politique néo-libérale.
Mais si le suffrage populaire envoie à Strasbourg des députés qui dénoncent l'illégitimité de ces instances, la donne change. On a vu comment à l'Assemblée Nationale un petit groupe de députés insoumis réussit à faire autant de bruit que le troupeau des godillots « marcheurs ». De plus la politique voulue par Macron est la même que celle que l'UE impose partout et dont il est un grand défenseur. Voter contre cette politique au niveau européen est donc aussi voter cIontre sa déclinaison macronienne. C'est dire non à ces « réformes » dont chacune détricote un peu plus la protection sociale, la solidarité, les services publics, au seul profit d'une caste de « décideurs » qui ont surtout décidé de faire table rase du modèle social français hérité du Conseil National de la Résistance.
Le bilan d'une année « En Marche »
Le vote à ces élections se trouve donc de fait transformé en un référendum pour ou contre la politique gouvernementale actuelle et son instigateur. Car après à peine un an et demi au pouvoir, le bilan de Macron est très lourd et il est urgent de lui donner un premier coup d'arrêt en s'exprimant avec force dans les urnes en mai prochain. Quel que soit le domaine considéré, économique, écologique, celui de la santé, de l'éducation, de la justice, du logement ou de la protection sociale les régressions sont considérables.
Sur l'écologie, le seul point positif à mettre à son actif est l'abandon de l'aéroport de NDDL, abandon qui a en fait servi de monnaie d'échange à la présence de Hulot au gouvernement. Hormis cela, le bilan est tellement lamentable que Hulot lui-même a fini par renoncer devant l'énormité et le nombre des couleuvres à avaler. Les lobbies des pétroliers, de la FNSEA, des chasseurs, du nucléaire etc. ont table ouverte à l'Élysée et les grandes déclarations sur la sauvegarde de la planète qui ont valu à Macron, dans l'hilarité générale, le titre de « champion de la terre » ont été aussi suivies d'effet que le « notre maison brûle » de Chirac. Les seules actions concrètes du gouvernement en matière d'écologie se résument au gazage et au tabassage (quand ce n'est pas comme à Bure à la traque) de tous les opposants à sa politique. Et se n'est pas la limitation de vitesse à 80km/h destinée uniquement à faire rentrer de l'argent dans les caisses par l'intermédiaire des radars et à favoriser le lobby autoroutier qui aura le moindre effet tangible sur notre consommation d'énergie fossile. Pas plus que l'augmentation des prétendues « taxes écologiques » sur les carburants dont les trois-quarts alimentent le budget général de l'État, et donc entre autres les cadeaux aux plus riches, au lieu d'aller à la transition énergétique.
Pour l'économie, c'est le titre de « président des riches » qui lui colle maintenant aux semelles mais qui là, ne fait rire personne. En moyenne plus de 11 000€ de baisse d'impôts pour les 400 000 ménages les plus fortunés quand la pauvreté ne cesse d'augmenter, le choix est clair. Et que dire des 40 milliards du CICE offerts aux entreprises et qui ont permis de créer, selon les études les plus optimistes, une centaine de milliers d'emploi ? Avec un coût de plus de 300 000€ par emploi on pourrait croire que ce sont uniquement des postes de PDG qui ont été créés... La réalité est évidemment bien plus prosaïque et l'argent ruisselle, mais dans les poches des actionnaires ! Quant au pouvoir d'achat, entre augmentation de la CSG, gel des salaires ou diminution des APL, qui l'a vu augmenter depuis dix-huit mois ?
La santé est hélas gravement malade : hôpitaux livrés à des gestionnaires uniquement soucieux de comprimer les dépenses, personnel soignant sans cesse au bord du burn-out, malades soignés dans des conditions indignes faute de lits et de personnels dans les services hospitaliers. Et en parallèle des établissements privés aux coûts exorbitants comme ces EHPAD récemment dénoncés dont les tarifs faramineux n'empêchent en rien la maltraitance des personnes qui leurs sont confiées. Il a même fallu que des personnels d'hôpitaux psychiatriques se mettent en grève de la faim pour obtenir un minimum d'attention de la ministre de la santé, ministre beaucoup plus à l'écoute quand ce sont les lobbies de l'industrie pharmaceutique (avec laquelle elle a des liens étroits) qui s'adressent à elle. Mais il est vrai que ce gouvernement semble se faire une spécialité des conflits d'intérêts…
Que ce soit l'éducation avec 2 650 enseignants de moins pour 32 000 élèves supplémentaires dans le secondaire et une réforme (Parcoursup, réforme du lycée et du bac) qui vise à restreindre l'accès à l'enseignement supérieur des élèves défavorisés, la justice qui est l'une des plus mal loties d'Europe (37ème sur 45 pays, y compris la Moldavie ou l'Albanie…) ou les finances avec des coupes claires dans un personnel qui n'aura donc plus les moyens de lutter contre une fraude fiscale qui coûte des dizaines de milliards aux contribuables honnêtes, tous les services publics sont pressurés. Essayez donc d'obtenir une réponse quand votre cas ne rentre pas dans l'un des numéros proposés par les serveurs vocaux qui remplacent le personnel d'accueil et de conseil des administrations !
Le logement et l'urbanisme ont eux eu droit à la loi ELAN qui détricote la loi Littoral pour le plus grand profit des bétonneurs et qui dans le même temps supprime les normes d'accessibilité pour les handicapés que ne risquons tous d'être un jour ou l'autre, l'âge venant. C'est cette même loi qui organise la vente à la découpe du parc social de logement quand la pauvreté qui enfle le rend plus que jamais nécessaire, alors qu'il serait indispensable, pour limiter les effets du réchauffement climatique, de lancer un grand plan de rénovation et d'isolation thermique de cet habitat.
Quant à la protection sociale, sa situation est tout bonnement catastrophique. Macron touche bientôt à son but : la flexibilité totale et l'absence de toute contrainte pour les employeurs. On se rappelle de son extase devant le Danemark, « un pays où l'on peut licencier du jour au lendemain par SMS » ! Après la loi El Khomri instaurée par Hollande et Valls, c'est la loi travail de Macron qui a terminé le sale boulot : fin des CHSCT qui protégeaient les salariés contre les conditions de travail dangereuses, plafonnement des indemnités pour licenciement abusif qui laisse les mains libres au patronat pour se débarrasser des salariés qui le gênent, accès aux prud'hommes rendu de fait impossible à certains employés, tout est fait pour que le salarié devienne un objet jetable, une simple variable d'ajustement des choix financiers des entreprises.
Et à venir, la réforme de l'assurance chômage et du système de retraites. La première a prévu de réserver les allocations à ceux qui acceptent n'importe quel travail, n'importe où. Les mini-jobs à l'allemande arrivent avec à coup sûr les mêmes conséquences. Et la seconde, qui n'a même pas la justification d'un problème économique puisque de l'aveu du Conseil d'Orientation des Retraites, l'équilibre est assuré jusqu'en… 2070 (pour plus d'un demi-siècle!!), va organiser la baisse des pensions et la fin de la solidarité avec ce système individualiste par points, pour le plus grand profit des complémentaires privées et de leur système par capitalisation.
Que penser enfin sur un plan moral du mépris dont Macron fait systématiquement preuve à l'égard des français avec ces sorties sur « ceux qui ne sont rien », « qui devraient travailler pour s'acheter un costume », « qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de vivre en France » (avec le RSA ?), et sur « la France qui se porterait mieux si les français se plaignaient moins » ?
Le vote France Insoumise
Il est clair que dans le cadre actuel de l'UE, toute remise en cause de la politique austéritaire et néo-libérale est impossible. C'est d'ailleurs probablement la raison pour laquelle les partis qui prétendent pouvoir améliorer la situation tout en respectant ces règles sont promis par les derniers sondages à des scores qui les feront disparaître du Parlement Européen. Les électeurs ne sont plus dupes ! L'exemple grec a montré que les instances européennes sont prêtes à tout, y compris à piétiner les principes démocratiques élémentaires, pour empêcher une autre politique et il faudra donc que les porteurs de cette autre politique soient nombreux au Parlement. Mais la France pèse aussi d'un tout autre poids que la Grèce et sans elle, tant pour des raisons économiques que géographiques et historiques, il n'y a plus d'Europe. Le vote pour la France Insoumise, qui s'est engagée à refuser la prééminence des traités européens pour donner la priorité à l'expression du peuple, est donc le seul qui permette une remise en cause radicale de la dérive dans laquelle l'Europe est engagée.