Emmanuel Macron, dernier avatar du populisme?

La dernière sortie d'Emmanuel Macron en Grèce, sur laquelle il a donné des "éclaircissements" aussi peu adroits que crédibles, semble indiquer que le populisme n'est pas l'apanage d'une opposition que l'on veut disqualifier sans se donner la peine de contrer ses arguments sur le fond.

    Fainéants, cyniques, extrêmes ! Mais qui donc E. Macron voulait-il ainsi stigmatiser par ces mots qu'il faut bien qualifier d'injurieux ? Se sont sentis visés tous ceux, nombreux, qui n'entendaient pas se laisser dépouiller sans réagir par la loi dite "travail" (1) de leurs faibles moyens de défense face à leurs employeurs. On était là dans la droite ligne de ces déclarations martiales sur l'interdiction de tenter de "bloquer la France" faite par avance à d'éventuels contestataires et de cette rhétorique Macronienne décomplexée directement héritée du style Sarkozy ; avec tout de même cette nuance que là ou le dernier cité jouait sur une gouaille populaire (voir populiste, même si le qualificatif ne lui a été, à tort, que peu retourné), Macron utilise un ton cassant et méprisant qui le rapproche plus d'un hobereau de province ou d'un patron de droit divin que d'un épicier poujadiste.

  Or, surprise, le même nous explique qu'en réalité il s'adressait par ces mots à tous les hommes politiques qui, précédemment aux affaires, n'avaient pas, par paresse ou cynisme, mené les réformes que Lui juge nécessaires ; le qualificatif extrême complétant les précédents pour y adjoindre ceux qui sont dans une opposition de principe à ses réformes. Si l'on met de côté le peu de crédibilité de ces explications qui font plutôt penser à quelqu'un qui se rendrait brusquement compte que sa morgue est plutôt malvenue au moment où enfle la contestation sociale, on peut, en prenant son auteur au mot, en tirer d'intéressantes conséquences.

    La première, notée par beaucoup, est qu'il se tire lui même une balle dans le pied, ayant récemment et ostensiblement fait partie de ceux qu'il dénonce de façon malsonnante.

    La deuxième, moins remarquée, est qu'il sombre par cette déclaration dans un populisme du plus bas étage qui soit. Les dernières péripéties de la vie politique hexagonale, où ce vocable a fleuri à tout va, ont permis à chacun de prendre connaissance de la définition du mot populisme : en substance "faire appel aux intérêts du peuple (ici via une réforme supposée offrir du travail à tous) en les opposant à ceux d'une élite (là toute la classe politique qui l'a précédé)". Vilipender ainsi sans distinction l'intégralité du personnel politique et des classes dirigeantes françaises fait étrangement écho au "tous pourris", "UMPS" et autre "système" du Front National (notons que M. Macron avait déjà montré des tendances au dérapage populiste en se présentant contre toute évidence comme candidat "anti-système"), ou au "dégagisme" de Jean-Luc Mélenchon. Nous nous trouvons donc ici au coeur de ce que dénonçait avec force il y a encore peu, M. Macron lui-même et ses nombreux thuriféraires. Il sera donc amusant d'observer les réactions des spécialistes de la traque au populiste face aux dernières déclarations de ce président qui prétendait maîtriser sa communication, et intéressant de voir si, comme ils l'ont fait pour J.L. Mélenchon, ils en tirent les conséquences en assimilant la ligne politique de M. Macron à celle de Mme Le Pen.

 

(1) La mode est décidément à l'antiphrase : plans de licenciements rebaptisés "de sauvegarde de l'emploi", vidéosurveillance devenue "vidéoprotection", etc.

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