Réforme des retraites: l'insécurité remplace la solidarité

Comment, sous prétexte d'une pseudo égalité, Macron continue à démolir la protection sociale.

Ce que sont les retraites et comment elles fonctionnent ; quelques idées reçues.

La retraite n'est pas, comme on le dit souvent, le fait de récupérer les sommes cotisées durant les années de travail. Quelle qu'en soit la forme, elle consiste à recevoir une part de la richesse produite, ce qui permet de vivre sans être salarié. Sans être salarié mais non sans travailler comme le montre l'engagement d'innombrables retraités dans des activités qui profitent à tous. Et cette part est toujours versée par ceux qui produisent dans le cadre « officiel » que ce soit dans le cas, évident, de la répartition ou dans celui, plus caché, de la capitalisation. En effet dans ce dernier cas, les cotisations ne sont pas capitalisées sous forme d'argent (que l'inflation réduirait à néant) mais sous formes de titres qu'il faut revendre pour payer les pensions. Il faut donc trouver des gens qui accepteront de payer pour ces pensions en échange de ces titres. Et ils paieront en espérant pouvoir les revendre à leur tour le jour venu, exactement comme les cotisants d'aujourd'hui espèrent que d'autres cotiseront pour eux le moment de la retraite venu. Les seules différences entre les deux systèmes sont donc :

- de laisser la fixation du montant des pensions à la collectivité dans le cas de la répartition et au marché dans le cas de la capitalisation (à chacun de voir en qui il place sa confiance)

- d'augmenter, dans le cas de la capitalisation, les achats d'actions et donc, dans un premier temps, de les faire mécaniquement monter ce qui profite avant tout à ceux qui en possèdent déjà. A noter qu'en profitent également grassement ceux qui sont chargés de gérer ces fonds de pensions…

Deuxième idée reçue : le caractère économique de la fixation du montant des pensions. Il s'agit en réalité d'un choix uniquement politique et le soi-disant déficit des régimes est une plaisanterie. Il n'est là que pour servir de prétexte à la diminution des pensions en glissant sous le tapis la question du financement par l'augmentation des cotisations. La meilleure preuve en est la décision du gouvernement de bloquer ce financement à 14 % du PIB. La proportion de personnes âgées augmentant, ce blocage signifie donc automatiquement une baisse des montants. A noter (autre idée reçue) qu'une augmentation de la part du PIB dans les retraites ne signifie nullement une baisse du pouvoir d'achat de ceux qui travaillent car, ce PIB augmentant, il peut permettre d'augmenter les deux (sauf si bien sûr on réserve tous les fruits de cette croissance aux « premiers de cordée »).

La réforme et le système « par points »

Que cache, sous une apparence égalitariste, le désormais célèbre dicton « chaque euro cotisé rapporte les mêmes droits » ? Tout simplement un système profondément injuste dans lequel on ne tient compte, ni des conditions dans lesquelles ces euros sont gagnés, ni des conditions de vie qui font que certains ne peuvent cotiser autant que d'autres.

Dans la première catégorie, les métiers pénibles. On entend en boucle citer comme des privilégiés les conducteurs de métro qui partent en retraite à 52 ans. Mais qui voudrait travailler dans des tunnels à l'atmosphère lourdement polluée, avec des horaires commençant avant 5h du matin et pouvant se terminer largement après 1h, jusqu'à 67 ans ? Que ceux qui se plaignent du bruit et des odeurs du métro, alors qu'ils n'y passent qu'un moment, s'imaginent y faire leurs huit heures quotidiennes…

Dans la deuxième catégorie, tous ceux qui ont des carrières discontinues, notamment les femmes qui seront les premières victimes de ces retraites « à points ». Dans le système actuel, les années travaillées à temps partiel, par exemple, génèrent des annuités qui permettent de partir à un âge décent. Même si, pour élever des enfants ou faute de trouver un emploi à temps plein (pensons notamment aux artistes intermittents du spectacle), on fait une carrière en pointillé, on peut néanmoins ne pas se trouver trop démuni, la retraite venue.

Dans le nouveau système, moins de travail, moins de points ; pas de travail, pas de point. Bien sûr le gouvernement promet de prendre en compte ce genre de cas mais, même s'il finit par corriger les injustices les plus insupportables, on peut lui faire confiance pour faire un maximum de victimes parmi les plus fragiles. Tandis que ceux qui auront les moyens de surcotiser pourront, eux, s'offrir de confortables retraites à des âges tout à fait raisonnables.

L'insécurité permanente organisée

Dernière question et non la moindre, la valeur du « point ». Qui la fixera et comment ? Actuellement, le code des pensions relève de la loi et tout changement donne donc lieu a un débat parlementaire relayé dans tout le pays avec des réactions et des mouvements de protestations si le changement est injuste. Avec le nouveau système, c'est un organisme supposé « indépendant » et au fonctionnement non précisé (mais on peut compter sur nos gouvernants pour le rendre aussi opaque que possible) qui fixera chaque année la valeur du point et donc celle de nos retraites. Point besoin d'être devin pour comprendre que les retraites serviront alors de variable d'ajustement au budget de l'État. Par contre, beaucoup moins de risque de mouvement social pour le pouvoir car les ajustements se feront petit à petit et discrètement chaque année. La Suède par exemple, citée comme exemple pour ce système par points, a diminué trois fois la valeur du point en dix ans ! Le blocage du financement des retraites (14 % du PIB) nous assure qu'il en sera de même chez nous.

Il est donc urgent de se mobiliser contre cette réforme. Et à plus long terme, de se battre pour un retour de la retraite à 60 ans comme le prévoit le programme l'Avenir en Commun de la France Insoumise, retour simple à réaliser dès que l'on fait sauter le tabou de l'augmentation des cotisations patronales qui n'ont quasiment pas bougé (si ce n'est par des exonérations !) depuis 40 ans !

A voir sur youtube l'excellent documentaire « Retraite, saignante ou à points » par le Groupe de Réflexion Stéphanois

 

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