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Billet de blog 21 janvier 2019

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LES VRAIS MOBILES D'UN FAUX DÉBAT

En imposant un débat verrouillé, l'intention de Macron est à nouveau de recourir à l'argument qui lui avait si bien réussi lors de la présidentielle : moi ou le FN. Analyse.

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     Depuis deux mois, les Français disent chaque samedi leur colère et leur exaspération face à la politique injuste menée par le gouvernement. Certains ont été jusqu'à vivre dans des cabanes posées sur des ronds-points pendant des semaines pour exprimer leur souffrance devant la précarité qui les frappe, leur niveau de vie en baisse continuelle et leur sentiment d'être les oubliés de la société.

Pour toute réponse, des mesurettes qui ne satisfont en rien aux revendications des gilets jaunes ni à celles des cahiers de doléance ouverts par les mairies :

- une maigre augmentation de la prime d'activité qui ne profitera même pas à la moitié de ceux qui sont au Smic

- et un report des augmentations de taxes (là où une diminution est attendue), taxes qui vont donc vite remonter si le mouvement s'arrête.

Et bien sûr rien sur le partage des efforts par tous au lieu de les faire porter sur les moins favorisés.

      Et voici maintenant qu'Emmanuel Macron lance un « grand débat » destiné soi-disant à « écouter » les Français. On a compris le sens que le gouvernement donnait à « l'écoute » et à la « concertation » à l'occasion des récents mouvements sociaux qui contestaient les réformes (dont celle du droit du travail) : vous vous exprimez et nous décidons. A peine ouvert, ce débat montre que rien n'a changé et qu'il n'est là que pour faire diversion et non pour améliorer le sort de la population.

                                          Chassez le naturel, il revient au galop

 Dès la première journée, le ton est donné. D'abord cette phrase méprisante lors du conseil municipal de Gasny (Eure) : « Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent ». Responsabiliser devant bien sûr être pris dans le sens de : contrôler, augmenter les difficultés et si possible (et comptons sur eux pour que ce le soit) supprimer les aides qui leur permettent de survivre.

Puis lors de la réunion des maires à Grand-Bourgtheroulde : « Penser qu'en rétablissant pleinement l'ISF, la situation d'un seul gilet jaune s'améliorera, c'est de la pipe ». Au mépris dont Macron est coutumier vis à vis des « riens », s'ajoute maintenant une vulgarité que ne renierait par un Nicolas Sarkozy

                                              La « Lettre aux Français »

Cette lettre que chacun devrait semble-t-il recevoir, que contient-elle ? Après plus d'une page d'un bla-bla d'introduction aussi creux que grandiloquent, on apprend qu'aucune question ne sera interdite. Pour lire au paragraphe suivant, qui concerne la fiscalité, que : « Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises » ! Donc nous sommes invités à débattre de la fiscalité sans tabou mais en sachant par avance que le gouvernement n'en tiendra aucun compte.

La seule « marge de manoeuvre » (si l'on peut dire) tolérée par Macron est de choisir quels impôts peuvent baisser, mais en échange d'une baisse de la dépense publique. C'est à dire en langage clair de la suppression de services publics. En bref, on nous laisse choisir si nous préférons nous couper le bras gauche ou le bras droit ! Nulle part on ne trouvera quoi que ce soit qui réponde à deux des trois revendications portées par tous les gilets jaunes et par l'immense majorité de la population : la justice fiscale, c'est à dire la répartition juste de l'impôt, et le maintien et l'amélioration des services publics.

 De même pour la revendication placée en tête, l'augmentation du pouvoir d'achat, on constatera qu'aucun des mots : salaire, pouvoir d'achat, retraite, minima sociaux, ne figure dans cette lettre ! Par contre, supprimer les « niveaux de collectivités locales », ceux auxquels les gens peuvent s'adresser, ou les « échelons administratifs », comme les tribunaux de proximité, ce qui va rendre inaccessible la justice aux citoyens ordinaires, cela ne pose visiblement aucun problème à ce président.

On y trouve un paragraphe sur la transition écologique mais là encore solidement verrouillé par la phrase de conclusion :  « Comment faire partager ces choix à l'échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ? » Si l'on attend que le monde entier se mette d'accord sur les mesures à prendre, il est clair que nous auront tous rapidement les pieds dans l'eau. Donc la transition écologique, oui, à condition que son coût ne soit supporté ni par les entreprises ni par les (gros) agriculteurs. Comme il n'est pas question de la faire financer par les plus riches (voir le paragraphe sur la fiscalité), devinez qui va payer…

Et pour terminer, le couplet sur l'immigration ! Histoire bien sûr d'ouvrir la porte en grand à l'extrême-droite qui pourra venir tout à loisir pourrir le débat et donner ainsi un prétexte de plus à Macron pour ne pas tenir compte des volontés des Français.

Mais cet appel du pied à l'extrême droite est une constante dans cette lettre. Si l'on résume le cadre et les propositions contenues dans cette lettre, on y trouve :

- La baisse des impôts couplée avec celle des services publics

- La diminution du nombre des fonctionnaires (mais pas des salaires des hauts fonctionnaires)

- La diminution du nombre de parlementaires (mais ni de leurs salaires, ni de leur privilèges)

- L'instauration des quotas d'immigrations

Mais par contre ;

- Pas de rétablissement de l'ISF

- Rien sur la lutte contre l'évasion et l'optimisation fiscale

- La poursuite des cadeaux aux patrons et aux actionnaires via le CICE et la Flat Taxe

- Aucune proposition d'augmentation des salaires, des petites retraites, des minima sociaux et de la solidarité envers les plus démunis.

On a bien là un quasi copié-collé du programme du FN, que Macron n'a pas hésité à envoyer à tous les Français ! Son intention est claire, nous rejouer, avec ce prétendu débat, le « moi ou le FN » de la présidentielle.

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