L'HYDROGÈNE : L'ARNAQUE DU XXI ème SIÈCLE

On nous présente à tout bout de champ l'hydrogène comme la source d'énergie du futur et le ''plan de relance'' fait pleuvoir les milliards sur son développement.Comme toujours, quand l'histoire est trop belle, il se cache derrière des intérêts beaucoup moins avouables qui ne se pas ceux du plus grand nombre. Récit d'une monumentale escroquerie.

        Tout d'abord, l'hydrogène n'est pas une source d'énergie mais uniquement un moyen de la stocker. Il n'y a que deux type de sources d'énergie : les énergies ''fossiles'' (pétrole, gaz, charbon, uranium), non renouvelables, et les ''renouvelables'' (on devrait dire inépuisables), solaire, éolien, biomasse, géothermie, hydroélectrique. L'hydrogène ne se trouvant pas dans le sol ou la nature, il faut donc le fabriquer ce qui demande, quelle que soit la méthode utilisée, nettement plus d'énergie que l'on ne pourra ensuite en récupérer en l'utilisant (2ème principe de la thermodynamique). Mais alors, quel est son intérêt ?

                                                         SA FABRICATION

        Il y a deux façons de le fabriquer. La première, le vaporeformage, consiste à chauffer à haute température un mélange de méthane (CH4), notre ''gaz naturel'', et de vapeur d'eau (H2O). On obtient alors de l'hydrogène (H2) et … du CO2 ! Quand on y ajoute celui produit par le chauffage du mélange gazeux, on obtient un bilan carbone totalement désastreux qui rend les véhicules à hydrogène bien plus émetteurs de CO2 que les pires véhicules thermiques. Car cette méthode représente actuellement 95 % de la production d'hydrogène !

        Mais bien sûr les promoteurs de l'hydrogène ont prévu la parade. Ils nous promettent donc un hydrogène ''propre'' car fabriqué à l'aide de l'autre méthode, l'électrolyse de l'eau qui utilise l'électricité pour séparer l'hydrogène et l'oxygène qui composent les molécules d'eau. Nouveau problème : d'où vient cette électricité ? Centrales nucléaires ? À charbon ? Au fioul ? Car pour que cet hydrogène soit ''propre'', il faut que l'électricité avec laquelle il est produit le soit aussi. Or à l'heure actuelle, moins de 20 % de l'électricité produite en France est d'origine renouvelable. Qu'est-ce qui justifierait la transformation de cette électricité en hydrogène alors que, même en multipliant sa production par deux ou trois, elle serait encore loin de pouvoir remplacer les énergies fossiles ?

                                                        POURQUOI L'HYDROGÈNE ?

        Là aussi le lobby de l'hydrogène (appelons les choses par leur nom) a une réponse toute prête : les énergies solaire et éolienne sont ''intermittentes'' et ne sont pas toujours produites quand on en a besoin. Sachant qu'elle représentent respectivement 8 et 3 % de la production électrique, l'argument ne vaut rien. Ces quelques % seraient très loin de saturer le réseau, même un jour de grand vent et de grand soleil. Le problème ne commencerait à se poser que si le solaire et l'éolien représentait au moins la moitié de la production, ce que probablement aucun de ceux qui lisent ces lignes ne verra de son vivant. Difficile de justifier des milliards d'investissements pour un problème qui risque fort de ne jamais se poser. Un autre argument est alors avancé : la pollution, puisque l'hydrogène permet de faire rouler des voitures et des trains non polluants.

        Commençons par le train. Sachant que l'électricité est une énergie qui lui est parfaitement adaptée, le faire rouler à l'hydrogène revient à utiliser de l'électricité pour fabriquer de l'hydrogène qui sera retransformé en électricité à bord du train à l'aide d'une pile à combustible ! Le rendement du cycle électricité -hydrogène-électricité étant d'environ 25 %, ceci signifie que les 3/4 de l'énergie sont perdus dans l'opération. Génial, non ?

        Pour la voiture, l'argument peut paraître plus pertinent puisqu'il est proposé de remplacer les moteurs thermiques par des moteurs électriques alimentés par ces piles à combustibles. Mais encore une fois, pour que le véhicule puisse être considéré comme propre, il faudrait que toute l'électricité produite en France soit entièrement d'origine renouvelable, faute de quoi on ne fait que déplacer la pollution. A quoi servirait de faire rouler une voiture à l'hydrogène si dans le même temps, les machines industrielles ou domestiques fonctionnent avec une électricité d'origine polluante ?

        D'autant que, comme les trains, les voitures fonctionnent très bien à l'électricité et l'énergie totale ainsi consommée sera bien moindre. Et quid des problèmes techniques et financiers de la voiture à hydrogène : réservoir sous très haute pression à l'étanchéité problématique, coût élevé des matériaux de la pile à combustible (platine, notamment) ? Seul (petit) avantage de la voiture à hydrogène sur la voiture électrique, une autonomie analogue à celle des voitures thermiques. Mais cet avantage suppose que perdurent des façons de consommer et de se déplacer bien peu compatibles avec la résolution de la crise environnementale.

                                                        ÉPILOGUE

        Il manque toujours une pièce au puzzle. S'il n'y a ni intérêt écologique, ni intérêt économique du point de vue du citoyen, pourquoi ce lobbying ? Qui espère en tirer profit ? Eh bien d'abord l'industrie qui va nous vendre de nouveaux objets rendant obsolètes les anciens (un gaspillage de plus) : nouvelles voitures, nouveaux trains, nouvelles unités de production et nouveau système de distribution (que nous paierons tous en achetant le gaz), etc.

        Et puis surtout, puisque les énergies renouvelables seront bien incapables de fournir les énormes quantités d'électricité nécessaires pour alimenter la filière hydrogène, qui se frotte les mains en voyant sa propre filière devenir à nouveau indispensable pour des décennies ? Qui va pouvoir relancer la construction de nouvelles centrales en remplacement de toutes celles qui arrivent en fin de vie malgré l'autorisation accordée de les faire fonctionner encore dix ans de plus ? Qui va pouvoir imposer l'enfouissement de ses déchets qui vont être produits dans de telles quantités qu'il deviendra impossible de les conserver sous surveillance en surface comme actuellement ? Ça y est, vous avez deviné ?

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