Travailler plus... à en mourir

Travailler plus à en mourir. La liberté, ce mot employé à tort et travers, a-t-elle progressé au cours du dernier demi siècle? La démocratie a-t-elle conquis tous les territoires de l’activité humaine? Le progrès a-t-il libéré l’homme au travail?

Travailler plus à en mourir. La liberté, ce mot employé à tort et travers, a-t-elle progressé au cours du dernier demi siècle? La démocratie a-t-elle conquis tous les territoires de l’activité humaine? Le progrès a-t-il libéré l’homme au travail?

Pour les prophètes enthousiastes de Vive la crise, l’époquede Dickens et Zola, les travailleurs pauvres, misérables, les enfants dans lesmines, dans les usines, souffrant dans leur chair… c’était du passé nous étionsdans les années 80 ! La crise tait la clé pour entrer dans le mondeheureux de l’esprit d’entreprise, de l’entreprise généreuse et performante.

Plus de vingt ans ont passé, le vent la contre réforme néoréactionnaire, dite réforme libérale, est passé par là. Les marchés financiersont réduit l’entreprise aux actionnaires et dirigeants actionnaires, lesprofits explosent, les salaires des dirigeant aussi, ils augmentent et dépassentl’imaginable, les dividendes et bénéfices des actionnaires suivent. L’entreprisese contre réforme, se réorganise pour le bien de tous…les dirigeants etactionnaires, les salariés n’existent plus ce sont des ressources « humaines »,gérées comme telles pour la santé de l’entreprise, de l’économie et desdirigeants et actionnaires, les salariés au gré des réorganisations, contreréforme, reengineering, sont jetés en préretraite, au chômage, dans laprécarité offerte par la fléxilité autre mot bienveillant du management, lanouvelle religion apolitique, technique et scientifique, puisque les experts semultiplient comme les profits pour vous le dire.

 

Tout cela cette contre réforme, ce reengineering, la contre réforme du droitdu travail c’est pour répondre aux attentes et à la logique implacable maisgarante de notre bonheur qu’est le marché du travail.

 

Les esprits ronchons vous alerteront sur la misèrerenaissante dans notre société qui croule sur les richesses, vous décriront lalibération que sont le management et les fameuses nouvelles technologies auservice de la création de valeur pour….l’actionnaire.

 

Le salarié travaille pour l’actionnaire, les marchésfinanciers et puisqu’il travaille, il n’a rien à revendiquer ou alors sommesnous devenus fous ? Le spectacle de la richesse grandissante desactionnaires et des dirigeants millionnaires est leur récompense, c’est grâce àeux que la richesse se diffuse et s’amasse entre des mains peu nombreuses maisau combien méritante. Sans eux que serait notre économie, notre vie.

 

Pour les salariés qui s’interrogent malgré ce bonheurdébordant, il leur faut travailler plus pour gagner plus et devenir riche,rejoindre le club fermé des riches du moins le leur affirme avec bienveillanceet compassion.

 

La réalité : le progrès technique et les sois socialesavaient réduit les méfaits du taylorisme, la première application du coupletechnologie et management. Mais avec vive la crise, on étend le taylorismegrave aux technologies de l’informationau travail de bureau et on y ajoute un zeste de créativité apporté par la bottede sept lieues de l’intelligence qu’est l’ordinateur, mais cela est réservé àune élite restreinte directement au service des dirigeants de l’entreprise. Cesheureux élus « partagent » leur savoir faire avec les dirigeants etles actionnaires.

 

Les autres salariés sont soumis à la pression du management,à la nouvelle barbarie des ressources humaines qui surveillent et demandenttoujours plus pour moins de salaires, pour plus de chômage.

Alors fini la libération, la créativité, l’appel réel à l’intelligence,le dialogue, l’esprit d’équipe.

 

Bienvenu la compétition, tous les jours il faut battre desrecords comme les athlètes, sauf que c’est un fantasme prométhéen loin de laréalité, les athlètes sont entourés par une équipe, soutenus et non surveilléset réprimés et ils ne battent pas de records tous les jours, ils n’atteignentle sommet de la forme que pour des périodes courtes et oui l’être humain n’estpas une ressource que l’on peut programmer.

 

Le salarié isolé fait face aux injonctions délirantes etmortifères du management, des ressources humaines et leur barbarie tranquille. Toutcela ne se voit pas, la souffrance psychique ne se photographie pas, pas de sangpas de une des médias. Mais le marché l’exige.

 

Vive la crise, vive le marché, vive les nouvelles technologiesau service du Management, vive la belle vie des dirigeants et actionnaires, lessalariés sont brutalisés comme jamais, ils meurent au travail, ils se suicident,mais les directions de la propagande dénommées de la communication veillent augrain, c’est marginal, ce sont des perdants, des pauvres humains inadaptés.Vive la crise et que la création de valeur, l’esprit d’entreprise, lesriscophiles continuent à baigner dans le bonheur, le président amis desdirigeants est toujours là pour protéger la compétivité, accélérer les contre-réformes, réduire la solidarité (cotisations et impôts) pour les dirigeants etles actionnaires, le salarié pauvre ounon paie et paiera. Tant pis s’il y a des victimes collatérales, la vie l’amourc’est comme ça comme dirait Laurence la cendrillon des gagnants, la barbarie c’estla vie pour les autres.

 

Bonne année à tous, retrouvons l’humain pour nous libérer dela barbarie pernicieuse du marché , du management et de nos dirigeantsmillionnaires.

 

Jean Bachèlerie

 

version corrigée

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