Nicole Notat, une reconversion exemplaire (suite)

Nicole Notat, du syndicalisme courageux à la fondation d’une multinationale : l’agence de notation Vigéo.

Nicole Notat, du syndicalisme courageux à la fondation d’une multinationale : l’agence de notation Vigéo.

Résumé du premier épisode :

Tout va bien pour Nicole Notat, les pouvoirs publics gauche et droite confondus, lui ont offert Vigéo filiale de la CDC fin 2002. Nicole Notat est une patronne innovante et entreprenante, elle a licencié la fondatrice d'Arese, devenue Vigéo, spécialiste de l’évaluation sociale d’entreprise peu après son arrivée, dans des conditions n’en doutons pas socialement responsables!

L’objet de Vigéo : agence de notation chargé de vérifier la responsabilité sociale des entreprises .

La responsabilité sociétale (ou sociale) des entreprises (RSE) est un « concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire »

 Le cadre juridique et réglementaire : En 2009 et 2010,(Grenelle de l’environnement), les pouvoirs publics mirent en place une série de lois dites Grenelle I et II , pour renforcer fortement les devoirs des entreprises et exigèrent la publication d’un chapitre annexe RSE et de responsabilité environnementale ou sociétale, au rapport annuel, en l'étendant aux sociétés non-cotées, avec une volonté de transparence, vérifiabilité, certification par un « tiers indépendant ». La loi vise aussi la comparabilité des rapports par des méthodes communes de calcul et d'évaluation. Des sanctions étaient prévues pour les entreprises ne répondant pas aux exigences de la loi.

Manque de chance : L’absence de décret d’application rend cette série de lois la rend inefficace. Pas de sanctions, pas d’obligations autres que formelles, comme en droit anglo-saxon, où le formalisme l’emporte sur le fonds. L’exemple de l’obligation dés les années 90 (gouvernance d'entreprise) pour les banques de se doter d’une direction de la déontologie est éloquent, non seulement il n'a pas freiné les dérives mais il les a facilitées, la déontologie est l'alibi, la crise de 2008 en apporte la preuve.

  Cette crise souligne l’inefficacité des mesures formelles, sans obligations juridiques ou réglementaires, sans sanction en cas de non-respect de la loi ou des règlements.

Vigéo est une agence de notation dans le champ de la RSE, champ qui n’est pas défini juridiquement, par des décrets d’application des lois de dites « grenelle I et II ».

La CFDT de la lutte des classes au contre-réformisme (1964-2013)

La première vie de Nicole Notat : Née d’une famille d’agriculteur, selon Wikipédia, Nicole Notat fait l’école normale d’instituteurs (devenu IUFM), devient institutrice, adhère à la CFDT en 1969 (Sgen-Cfdt), et. Elle devient secrétaire du Syndicat général de l'Éducation nationale Sgen-CFDT pour la Meuse en 1970, puis membre de la commission exécutive régionale Sgen Lorraine en 1972. Nicole Notat est rapidement devenue une femme d'appareil, sans culture ouvrière et revendicatrice. Son habitus est celui d'une cadre de l'éducation puis cadre syndicale.

La CFDT :

Fondée en 1964, est le résultat d’une scission de la CFTC, fondée en 1919. Sous la conduite d'Eugène Descamps(1), secrétaire général de la CFTC, lors du congrès extraordinaire qui se tient au Palais des Sports les 6 et 7 novembre, la majorité des militants fondent la CFDT, la minorité 10% reconstitue la CFTC maintenue.

La CFDT déclare désormais placer son action dans le cadre de la lutte des classes. La CFDT se rapproche du socialisme et notamment du Parti socialiste unifié (PSU) mené par Michel Rocard. De 1966 à 1970, elle passe également des accords d'action avec la CGT.

Au congrès de 1970, la CFDT adopte de nouveaux statuts. Elle prône l'autogestion des entreprises

En 1971, Edmond Maire est élu secrétaire général. Beaucoup de cédétistes participent aux « Assises du socialisme » (1974) et rejoignent le Parti socialiste (PS) de François Mitterrand. Ils y fondent une tendance « chrétienne de gauche » derrière Michel Rocard et Jacques Delors dans le cadre de ce qui a été baptisé la deuxième gauche. La CFDT collabore alors avec plusieurs associations de la société civile.

 La rupture de l'Union de la gauche (1977) conduit la CFDT d'Edmond Maire à un changement de stratégie. Elle renonce à l’unité syndicale et entreprend un mouvement  « recentrage sur l'action syndicale » qui consiste notamment à prendre de la distance face aux partis politiques,(tout en étant trés liée au PS) et avec la CGT et les autres organisations syndicales.

En route vers le social-libéralisme (1995-2013)

Au congrès de Strasbourg, qui se tient du 21 au 26 novembre 1988, Jean Kaspar est élu secrétaire général. Il ne fera qu’un seul mandat, évincé les amis de Nicole Notat. En 1992, Nicole Notat est élue secrétaire générale.

Lors des grèves de décembre 1995, Nicole Notat soutient le projet de contre-réforme de la Sécurité sociale du Premier Ministre RPR Alain Juppé. Devenu l'interlocuteur privilégié des employeurs et des gouvernements, la CFDT prend la présidence de la Caisse nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs salariés (CNAM) et de l'Unédic. Ces choix de la direction nationale, en rupture par rapport aux positions de la CFDT dans les années 1970,débouche sur un affrontement  au Congrès de Lille en 1998 entre les partisans d'un syndicalisme revendicatif et ceux d'un syndicalisme d'accompagnement de la mondialisation néolibérale.

La CFDT prend la place de FO, considéré jusque-là comme le partenaire privilégié du patronat et des pouvoirs publics.

En 2002, François Chérèque, ancien secrétaire général de la fédération CFDT Santé-sociaux, est élu secrétaire général. Il est reconduit dans ses fonctions lors du congrès de Grenoble4 du 12 au 16 juin 2006 et du congrès de Tours le 10 juin 2010.

En 2003, au nom du « réformisme », la CFDT négocie aux côtés des autres centrales la contre-réforme des retraites de 2003 , mise en place par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. La CFDT rompt une nouvelle fois l’unité syndicale, seule, avec la CFE-CGC, elle soutient la contre-réforme contestée par toutes les autres organisations.

Cette contre-réforme marque un tournant celui de la régression sociale portée par la mondialisation néolibérale...

Cette stratégie a des conséquences lourdes pour la CFDT qui perd plus de 15 % de ses adhérents. et  de nombreux cadres et dirigeants historiques prennent leurs distances et quittent la centrale.

En 2010, La CFDT renoue avec l’unité syndicale et rejoint les sept syndicats ; l’unité syndicale organise en six mois huit grandes manifestations de rue lors des grèves opposées à la contre-réforme française des retraites de 2010.( conséquence du traité dit de Lisbonne) Les dirigeants CFDT refuse d’aller jusqu’à l’épreuve de force avec le gouvernement Sarkozy.

En 2012, Laurent Berger remplace François Chérèque et rompt l’unité syndicale lors de la signature du pacte pour l’emploi avec le Medef, nouvelle régression, il aggrave la flexibilité, l'insécurité des salatiés,  renforce les dirigeants des grands groupes, il découle directement du traité de Lisbonne, dit traité constitutionnel européen et au pacte européen TSCG.

Pire Laurent Berger au nom de la CFDT attaque la CGT et les salariés révoltés, comme l’a fait au bon vieux temps de la guerre froide FO. En fait la CFDT est au PS et aux gouvernements conservateurs, ce que FO fut à la SFIO, et aux gouvernements conservateurs jusqu’à la fin du long règne de M Bergeron !

La CFDT est le syndicat préféré des néolibéraux de droite comme de gauche, réussira-t-elle à jouer le rôle de soutien aux pouvoirs en place dans la période commencée en 2001 : la guerre contre le terrorisme, la guerre des civilisations succédant à la guerre froide, à la guerre contre le communisme. (A suivre)

1) Eugène Descamps :

"Issu d’une famille ouvrière, Eugène Descamps est né dans la banlieue de Lille. A treize ans, il commence à travailler comme laveur de bouteilles, apprenti boulanger, ouvrier, tisserand, électricien, ouvrier de brasserie et métallurgiste. Il milite à partir de 1936 à la Jeunesse ouvrière chrétienne dont il deviendra plus tard le secrétaire général.

Pendant l'occupation il refuse le Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne. Passé dans la clandestinité, il devient résistant sous le pseudonyme de « Desmoulins » et participe aux Forces unies de la jeunesse patriotique." source Wikipédia

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