le sens des mots , langage , manipulation et déni de réalité

V. Klemperer philologue allemand LTI(Langue du Troisième Reich )E. Hazan avec LQR : la propagande au quotidien , la langue de la V° république. ( Liber-Raisons d'agir 2006) et J. P. Sauzet dans l'ère du profit ou la faillite de l'esprit,(2019) l' Harmattan soulignent combien les mots, le langage et la culture sont liés.

Il est dommage que peu de journalistes de la  presse et d'essayiste, reprennent sans esprit critique le vocabulaire de la culture néolibérale et  ne prennent que rarement le temps de poser un regard distancié, voire critique sur le sens des mots , ces mots du  langage des hommes politiques.

Nous vivons une époque où en trente ans, les mots ont perdu , voire  changé de sens, et même pire leur sens est inversé.

Prenons le mot progrès: depuis le XVIII° jusqu'à la décennie 80, le progrès se définissait comme "mouvement en avant, développement dans le temps,  changement d'état  qui consiste en un passage à un degré supérieur" (1). En conséquence le progrès se transmettait du champs des  sciences à notre  quotidien,  en devenant technique et s'appliquait  aux différents champs de l'activité humaine: :  technologique, économique et social.  Tout cela formait un tout qui s'appelait le progrès. Depuis le milieu de la décennie 80, le progrès est toujours technique, technologique, technocratique mais le progrès économique et  social,  a disparu du langage courant.

Au nom de quoi? Le progrès social est il devenu impossible.

Serait il devenu tabou d'évoquer le progrès social, le social? Est ce pour cela que nos dirigeants ne parlent que de" tabou à transgresser", "de verrous à faire sauter", à coup de" réforme courageuse mais nécessaire".

Curieusement depuis le début de ce millénaire,  nos gouvernants de droite comme de gauche,  dénoncent les acquits sociaux; nos parents,  grands parents et arrière grand parents, se sont battus, ont versé leur sang pour l'amélioration du quotidien de chacun de nous, en particulier  au nom de l'égalité de droit pour  les dominés que 90% d'entre nous sommes. Ces conquêtes sociales durement gagnées, permettaient de réduire les inégalités, d'améliorer le sort des plus démunis, mais aussi  de  tous ceux qui ne sont pas  les dominants. Les conquêtes sociales sont devenus des acquits, des privilèges, des tabous ou verrous  qu'il faut démanteler au plus vite!

Nos gouvernants de droite conservatrice ou ceux issus de la social-démocratie ,  dénoncent les acquits sociaux au nom des réforme (structurelles)! Réforme: "amélioration apportée dans le domaine moral ou social"(1), . N'est il plus permis de se demander quelles améliorations les réformes successives des retraites ont apporté aux retraités, sans parler des autres réformes structurelles: flexibilité du marché du travail, du code du travail,  de la sécurité sociale, de l'assurance chômage, de la compétitivité...

au nom de la nécessaire flexibilité, doux euphémismes pour  définir les sacrifices exiger de 90% de la population, en déconstruisant que nos parents, grands parents et arrière grands parents ont conquis de haute lutte contre ces  même dominants. Par exemple sans lutte sociale et loi, les enfants de moins de 10 ans travailleraient toujours, comme dans certains pays émergents, sans lutte sociale, pas de congés payés, pas de semaine de 35 heures, pas de repos dominical obligatoire, pas de  smic, le salarié sera taillable et corvéable à merci comme au bon vieux temps: le XIX° siècle et l'industrialisation naissante.

Depuis   30 ans le mot réforme a pris le sens de contre-réforme, retour en arrière,  régression économique et sociale! Au nom de quoi ?au nom de qui?

Enfin deux autres mots du langage  courant  des politiques et de leurs communicants: racine et identité sont tout aussi mal traités .

Racine: vient du latin  radicina, racine,  partie axiale des plantes vasculaires qui croit en en sens inverse de la tige , par laquelle la plante se fixe et absorbe les éléments dont elle se nourrit. par extension: origine, point de départ, les racines de quelqu'un ce qui constitue le fondement  de son identité ( milieu, pays d'origine, ascendance... (1)

 

Identité: vient du latin idem: de même, caractère de deux objets de  pensée identiques. caractère de ce qui est un.  psy.:  caractère de ce qui demeure identique à soi-même, identité culturelle ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique, (langue, religion, art,...)qui lui confèrent son individualité, sentiment d' appartenance à d' un individu à un  groupe: identité nationale: sentiment d'appartenance d'un individu à une nation. par extension permanence: le fait pour une personne d'être tel individu et de pouvoir être légalement reconnue comme tel ...grâce aux éléments (état civil)

 

Revenons aux définition de racine et d'identité. Racine : origine, fondement, point de départ, les racines de quelqu'un, ce qui constitue le fondement  de son identité . Les racines sont à l'origine, au   fondement de notre vie, sans racine pas de vie. Les racines ne sont pas figées, elles poussent et permettent le développement, d'une personne, d'une région, d'une patrie, d'un continent. Les racines sont le lien qui nous unit et se nourrit de notre histoire: notre famille, notre environnement local, régional, national, les racines sont aussi ce qui nous fait lien avec les autres hommes l'humanité; Les racines nous permettent de nous enrichir de nos différences avec les autres cultures, avec les autres peuples, elles permettent d'accéder à l'universel, en prenant conscience de ce que tous les hommes ont en commun: leur humanité, le vivre ensemble: le lien social.

les racines sont vivantes une réalité première, on peut les désigner indifféremment comme origine, fondement ou structure.

 

Identité: sentiment d' appartenance d' un individu à un  groupe: familial, local, régional, national... par extension:  permanence: le fait pour une personne d'être tel individu et de pouvoir être légalement reconnue comme tel ...grâce aux éléments (état civil)

 

 

L'identité est donc une construction et un sentiment. L'identité n'est possible que parce que les racines préexistent, l'identité est une construction intellectuelle partant des racines, de la réalité de l'individu, d'un groupe...Sans racines pas d'identité.

Les racines ne sont pas réductibles à la construction intellectuelle qu'est l'identité. L'identité est aux racines ce qu'une photo est à la vie, un instantané, On comprend mieux pourquoi l'identité, construction intellectuelle,  est un mot ouvrant la voie à toutes les manipulations, à tous les réductions  de sens qui lui sont infligées. L'identité est réductrice, pour certain ce sera l'état civil, pour d'autres l'identité régionale ,  pour certains ce sera l'identité culturelle, ou religieuse, ou sociale qui sera choisi comme identité de référence : exemple l'appartenance à une classe, pour d'autres enfin l'identité nationale. Le concept d'identité on le voit ouvre la voie à toutes les interprétations et manipulations et instrumentalisation du sens donné à ce mot, au nom de choix idéologiques. donc réducteur, voir exclusif.

 

 

 

Confondre racines  et identité est un contresens lourd de conséquences, pas neutre politiquement.

 

 

 

Pourquoi  deux courants politiques opposés  tendent à confondre racines et identités ? les uns les nationalistes ,  pour construire le concept d'identité nationale, excluant ceux l'immigré, l'étranger, l'autre différent. En  définissant l'identité nationale, ils ne retiennent que l'identique,  les racines qui conviennent à leur idéologie!

 

Les autres, les néolibéraux mondialistes  nient  les racines et stigmatisent l'identité nationale et ou culturelle  au nom de la mondialisation, qui donnerait le jour à l'individu "glocal", global et local. Local: qui concerne un lieu. global: qui s'applique à un ensemble qui est considéré en bloc, : entier total, village "global" = village mondial en français. A noter que Global ( en américain) veut dire  total.

 De total à totalitarisme il n' y pas loin. Les dérives autoritaires, la volonté de tout rendre marchand, la constitutionnalisation du marché et de  la concurrence libre et non faussée, l'idée de fin de l'histoire, véhiculée après l'effondrement du système soviétique, s'inscrivent dans cette tendance pour ne pas dire dérive. .

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Les néolibéraux mondialistes ou que l'on peut qualifier de néoconservateurs, manipulent aussi la réalité, pour n'en retenir que ce qui sert leur idéologie. L'individu est local et passe du local au mondial d'un coup de baguette magique.

 

Cela permet de se réclamer de la " modernité", dont le sens est inversé.  Pour être moderne il faut procéder aux contre réformes structurelles, déconstruire le monde moderne, résultat de l'histoire, des conquêtes des hommes,  en dénonçant   l'archaïsme  des racines culturelles, régionales, nationales, européennes et des conquêtes sociales .

Stigmatiser ou couper la personne d'une partie de ses racines, c'est la mutiler, la couper de ses origines, de son histoire. Cette idéologie néolibérale, ce néoconservatisme qu'est  la mondialisation néolibérale,  est une construction idéologique fondée sur une double régression: régression psychologique et culturelle, négation d'une partie essentielle de nos racines, négation de l'histoire des hommes, de leurs conquêtes sociales, économiques, politiques et culturelles, de leur enracinement dans un territoire: pays, une région, une patrie, un continent.  Couper la personne de ce qu'elle a de commun les origines communes avec l'humanité, l'universel...

 

Nous comprenons mieux les raisons de cette double régression, réduire l'être vivant, en le coupant de ses racines, de ses repères, pour n'en retenir  que le  consommateur ou le producteur, vivant dans un monde réduit à l'état de marchés mondiaux, cela permet plus facilement soumettre le déraciné  aux dominants.

Cette régression est double car elle est culturelle, elle nie les liens qui nous unissent à nos ancêtres, notre région, notre pays, l'Europe. Mais  C'est une régression au sens psychologique du terme, cela dénote un mal être, né du refus d'assumer ses origines, pour se prétendre hors sol, mondial, global, total. C'est tout aussi régressif qu'une personne qui nierait être née d'un père et d'une mère, les rejetterait!

 

C'est pour cette raison, cette double régression, que les personnes qui assument leurs racines, et s'ouvrent aux autres et rejettent  cette mondialisation réductrice et  régressive. C'est aussi pour cela que les personnes assumant leurs racines jusqu'à la nation rejettent aussi cette mutilation qu'est le fait de prétendre couper une personne de ses racines, de ses repères, de son vouloir vivre ensemble.

C'est pour cela que le langage dominant stigmatise en les dénonçant comme populiste  ceux qui pour une raison simple : assumer ses racines conduisant du local au national et à l'universel, pour les uns, et dénonçant les autres qui assument leurs racines jusqu'à la nation.

 

Au nom de quoi nos cultures, nos valeurs seraient brusquement inférieures à l'idéologie néolibérale globalisante et totalisante, fondée sur un utilitarisme primaire, réduisant la personne à son rôle de producteur et consommateur, les dominés, qui produisent de la valeur pour les dominants réduits à leur rôle d'actionnaires ou dirigeants actionnaires.

An nom de quoi? an nom de qui ? le  culte du veau d'or, l'égoïsme et l'opportunisme seraient des valeurs supérieurs à l'universel, au vouloir vivre ensemble, bref à l'humain.

 

 

Un homme sans racines et sans passé est un homme perdu, déraciné, manipulable par la communication, qui remplace l'information, la publicité qui annihile le sens critique, un homme perdu livré aux intérêts dominants, ces intérêts qui ont un nom: la mondialisation néolibérale, néoconservatrice et socialement régressive. Ce système s'appuie sur des gouvernants, issus des partis de gouvernement, formatés au point que leur discours est devenu uniforme, qu'il soit dit "de droite ou dit de gauche", ils mettent en œuvre cette déconstruction du monde moderne fruit de l'histoire de toute l'humanité, de tous les   hommes dans leur diversité, dans le respect de l'autre .

 

Ces apprentis sorciers, nouveaux docteurs Mabuse du XXI° siècle, en niant leurs racines, en se faisant les zélateurs d'une nouvelle idéologie la mondialisation néolibérale, sont les nouveaux docteurs Mabuse, les nouveaux barbares, qui nient leurs racines, notre histoire pour nous soumettre à une vision totale, globale, du monde, qui nie l'homme, pour le réduire ce qu'il a d'utile à leur idéologie: le consommateur et le producteur, le décideur  et l'actionnaire,   une vision qui en niant nos racines nous livrent à la religion du profit: le veau d'or, fondé sur l'égoïsme renommé individualisme, avec pour seul  valeur suprême la création de valeur pour l'actionnaire: le profit sans limite réservé à une catégorie réduite de l'humanité (1%), à son évangile: le management, à ses institutions les marchés, à ses totems: la compétitive, la flexibilité,... Au nom de quoi au nom de qui ?

 

flexibilité:  caractère de ce qui est flexible, se ploie facilement, aptitude à changer facilement pour s'adapter aux circonstances.

 

la flexibilité est imposée aux dominés, et pratiquée par les gouvernants actuels, au nom de la soumission au  nouvel ordre ou plutôt désordre mondial.

 

La flexibilité est d'autant plus facile à mettre en œuvre que les gouvernants nient l'histoire, l'éthique, les racines et les valeurs supérieures au veau d'or, pour ne vivre que dans le présent, l'immédiat.

en politique cela se dénomme  opportunisme.

 Le changement, les contre réformes ne sont pas assumés,  mais justifié au nom des  contraintes extérieures auxquels nul ne peut échapper!

Nous vivons dans  ce monde où les politiques sont élus par les citoyens, et oublient les demandes  des électeurs, pour mener la politique des dominants les o,1%.

 

Quelques exemples pour ceux qui douteraient encore: plusieurs peuple souverains ont rejeté  par référendum un traité constitutionnel, le traité européen, en 2005. Ce traité est voté deux ans plus tard par les représentants des partis de gouvernement au mépris de leurs électeurs. Au nom de quoi? la démocratie bafouée ou la république humiliée? Au nom de qui ?

 

Ces mêmes partis de gouvernement avaient déjà  trompé les électeurs en leur demandant de renoncer à la souveraineté monétaire,  puis en 2013, les mêmes partis, au mépris des engagement pris devant les électeurs ont renoncé à la souveraineté budgétaire. La prochaine étape, c'est l'abandon de la souveraineté législative:  le traité transatlantique. ce traité instaurera une société à deux vitesses, la loi(des plus forts)   mondiale, tribunal arbitral privé,  qui s'appliquera aux dominés, pour permettre aux  oligopoles mondiaux, (les0,1%); d'autre part   de faire régner l'ordre et la loi du profit maximum pour les actionnaires, grâce aux lois votées par les parlements nationaux,  qui s'appliqueront aux seuls aux dominés: les 90 %; l'état retrouvera étonnamment ses droits pour faire respecter les lois, grâce à  la violence d'état.  ( l'état national " archaïque" curieusement  sera de retour et devenu  utile pour faire régner l'ordre des dominants). Il sera utilisé fermement pour  faire taire les critiques:  les victimes,  les salariés, les artisans, les commerçants, les agriculteurs, les PME..) Seules en seront exonérés les dirigeants des oligopoles mondiaux,  leurs actionnaires, et leurs vassaux les élites  politiques et administratives à leur service..

 

 

 

 

Pour ceux qui douteraient encore deux mots: loi, droit  et dérégulation.

loi: du latin lex légal et loyal, règles ou ensemble de règles obligatoires établies par l'autorité souveraine d'une société et sanctionnées par la force publique.   disposition prise par le pouvoir législatif,  (parlement), mais avant le développement de l'humanité, c'était la domination: la loi du plus for, la loi de la jungle..

droit: ce qui est conforme à une règle,  ce qui est permis par conformité à une règle morale, sociale.

par extension ce qui constitue le fondement des droits de l'homme vivant en société,  des règles régissant les rapports humains.

 

dérégulation :action de supprimer  des règlements et lois qui encadrent  une activité

 

déréglementation: fait d'alléger, de supprimer une règlementation existante dans un secteur, ,  synonyme de dérégulation: la dérèglementation des marchés financiers internationaux: fait de laisser sans règlementation.

 

les politique de  déréglementation, dérégulation n'ont pas d'autres objectifs réels que de laisser sans réglementation des champs entiers de la vie économique et financière du monde.

 Au nom de qui? au nom de quoi? sans règlement et sans loi, le monde est livré à la loi du ou des plus forts!

 

Jetons un regard au monde qui se construit sur les décombres du monde démoli par les zélateurs au service de la  mondialisation néolibérale:  explosion des inégalités, retour du salariat pauvre, ( salarié ou producteur dont le travail ne suffit pas à lui permettre de vivre dignement, comme au XIX°), et concentration des richesses produites entre les mains de 0,1 % dominants le monde des affaires et de la politique, instabilité économique et financière, crise de 2008, la plus grave crise qu'a connu l'humanité. Un monde dérégulé est un monde sans loi, sans éthique, un monde de la loi du plus fort, le monde barbare du retour  la loi de la jungle.

 

J.B

           

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