Les fake news de Denis Quinqueton, Trump de la laïcité

Avec la Note de Denis Quinqueton, une personnalité du Parti Socialiste, dont il dirige l’HES, Homosexualités et Socialisme, publiée sur State.fr, le 29 septembre, «un nouveau pas est franchi et l’auteur peut espérer la médaille d’or de la désinformation».

Depuis que j’étudie les représentations collectives de la laïcité, j’entends ou je lis un nombre impressionnant d’erreurs, de contre-vérités factuelles qui polluent le nécessaire débat sur ce sujet. J’ai souvent l’impression que quelques dogmes (La « république est une et indivisible », « la laïcité ne saurait supporter aucun adjectif », « la laïcité relègue la religion dans la sphère privée », « il n’est de véritable laïcité que la laïcité française »,…) dispensent leurs dévots de toute démarche de connaissance, leur permet d’ignorer, par exemple, le contenu des 44 articles de la loi de 1905, les autorise à travestir la réalité historique et sociale pour les besoins de leur cause.

Les fake news ont pullulé bien avant le Brexit et Trump. Rappelez-vous Lyssenko ! Depuis quelques décennies, elles émaillent des discours bien-pensants sur la laïcité. Avec la Note de Denis Quinqueton, publiée sur State.fr, le 29 septembre, un nouveau pas est franchi et l’auteur peut espérer la médaille d’or de la désinformation : Quinqueton rappelle rapidement un ensemble de mesures qui jalonnent l’histoire de la laïcité en France, de la laïcisation de l’école laïque en 1882 au mariage pour tous de 2013, et accompagne à chaque fois son propos du même leitmotiv : ces mesures ont été « condamnées par toutes les églises[1] ». Aucune preuve ne vient à l’appui de cette suite d’affirmations péremptoires, et pour cause. Ce propos est peut-être une idée reçue, divulguée çà et là, mais il  manifeste soit une ignorance de l’histoire de la laïcité, soit de la mauvaise foi, peut-être un mélange subtil ( !) des deux.

Or l’auteur de cette Note est un homme en « responsabilité » : c’est une personnalité du Parti Socialiste, dont il dirige l’HES, Homosexualités et Socialisme, « association de réflexion et de proposition sur les questions lesbiennes, gaies, bi et trans ». Par sa suite d’affirmations fausses, il nuit au PS, ce qui, vu son état présent, ne peut que contribuer à l’achever un peu plus et il nuit plus gravement encore au beau combat qu’il prétend servir, en construisant une barrière dangereuse entre « non croyants » toujours du côté de la justice et du progrès et croyants, toujours parmi les pires réactionnaires..

Le prétexte de son propos est le discours prononcé par Emmanuel Macron à l’Hôtel de ville de Paris, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, dans le cadre d’un colloque. Celui-ci était organisé par un universitaire  (Patrick Cabanel) sous l’égide de la Fédération Protestantes de France qui regroupe des Eglises, des Œuvres, des Institutions et des Mouvements protestants. Ce colloque a rassemblé 600 personnes, sans doute en grande majorité protestantes, mais certes pas que des « responsables religieux » comme l’auteur de la Note le prétend. Ce dernier fait comme si Macron s’était adressé à une dizaine de personnes, il considère, sans doute, les 590 autres comme quantité négligeable, faisant partie du décor en quelque sorte. J’étais l’un d’eux, présent avec un ami homosexuel, récemment marié, à la mairie bien sûr, puis au temple luthérien des Billettes.

Ces précisions sont utiles, car s’agissant d’un discours adressé aux protestants, les allégations de Quinqueton, non seulement les inclus dans l’expression « toutes les églises » (dont il adopte implicitement, une conception catholique hiérarchique, réfutée à Vatican II, et qui, en tout cas, ne fonctionne dans aucune autre Eglise ou religion), mais, de fait, il privilégie également le rôle qu’auraient joué les Eglises protestantes (et leurs membres, puisqu’il y a, dans le protestantisme égalité entre laïcs et clercs) dans les diverses « condamnations » des mesures  qui ont laïcisé notre pays.

Partant d’un propos de Macron sur la PMA et la fin de vie, extrait d’un discours de 40 minutes, il s’insurge contre les dires du président. Cela serait totalement son droit, s’il ne dérivait pas, immédiatement, vers l’affirmation très générale que Macron prônerait une « laïcité soumise » aux « églises », et surtout que celles-ci, et c’est là toute son argumentation, se seraient toujours opposées, depuis presque un siècle et demi, aux mesures laïcisatrices.

Comme beaucoup d'autres, ce Monsieur s'autorise à parler de façon péremptoire de la laïcité et prouve qu’il n'y connait pas grand-chose.

Par exemple, il affirme que « toutes les églises » ont condamné la laïcisation de l'école publique en 1882. Or les pasteurs y étaient très majoritairement favorables, comme le prouve les dossiers du Ministère des cultes, conservés aux Archives nationales. Les « écoles protestantes » existantes ont presque toutes fermé, les protestants déplaçant leurs dons vers la création de « colonies de vacances », initiative neuve à l’époque. Leurs élèves sont allé-e-s à l'école laïque, et ce qui a fait alors problème… c’est que des congréganistes catholiques continuaient à y enseigner (ce n’est qu’en 1886 qu’une nouvelle loi laïcisera progressivement le personnel de l’école laïque).  Beaucoup de protestants ont contribué à l’encadrement de cette école (les directrices d'écoles normale étaient à 25% protestantes, dont de très nombreuses filles de pasteurs, alors que les protestants constituaient moins de 2% de la population).  L’école laïque a d’ailleurs été accusée, par la droite maurrassienne et autre, d’être une « école protestante déguisée », et d’ainsi de « défranciser » la France, de lui enlever son « esprit gaulois ».

D’autre part, cette laïcisation scolaire ne s'est pas faite sans tractations entre J. Ferry et Léon XIII, et ce dernier a mis à l’Index 4 manuels de morale, évitant ainsi de condamner l’école laïque elle-même (cf. P. Chevallier, La séparation de l'Eglise et de l'Ecole, 1981). Bien sûr, la lutte entre l’instituteur et le curé est dans toutes les mémoires, mais justement la mémoire sélectionne ce qui fait choc, et oublie tout ce qui est calme. Yves Deloye a montré que les incidents concernent, en fait, environ 5% des communes. Littré parlait des « catholiques du suffrage universel »  (en fait, masculin) dont les enfants fréquentaient l’école laïque. Certes, il y a eu des conflits récurrents. Mais, contrairement aux idées reçues, qui ne retient que les tirades enflammées des minorités cléricale et anticléricale, l’accommodement a été majoritairement la règle. Je ne substitue pas une légende dorée à la légende noire de Quinqueton, j’écris simplement qu’on ne peut pas traiter cette question en deux lignes, avec un jugement à l’emporte- pièce.

Il en est de même du reste. Quinqueton prétend que « toutes les églises ont condamné la loi de séparation » de 1905. C’est archi-faux. Le seul synode protestant autorisé pendant la période dite « concordataire », s’est déclaré favorable à cette mesure, en… 1871. Le  pasteur-sénateur, Edmond de Pressensé dépose une proposition de loi de séparation trois ans plus tard (il sera, ensuite, un des conseillers de J. Ferry, pour que la morale laïque ne soit pas une morale antireligieuse). En 1902, le synode (officieux, puisque les synodes n’étaient pas autorisés) d'Anduze, s'y déclare, à nouveau « favorable » à l'unanimité (cf. mon livre Vers un nouveau pacte laïque, 1990, p. 54ss.)! Par ailleurs, l'historien J.-M. Mayeur écrit qu’alors « les personnalités  dirigeantes du protestantisme français jouèrent un rôle considérable (... dans) la recherche d'une séparation véritablement libérale » (La séparation des Eglises et de l'Etat, 3ème édit, 2005, p. 45). Sébastien Fath a également montré que les juifs se sont rangés derrière les protestants, ne se mettant pas eux-mêmes en avant, à cause des attaques qu’ils subissaient avec l’affaire Dreyfus. Eux non plus n’ont nullement « condamné » la séparation, or la synagogue était inclue dans le terme générique « les Eglises » dans la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat.

Vous me direz, bon c’était des minorités et ils y trouvaient leur intérêt. Peut-être mais cela contredit néanmoins les propos de l’auteur. De plus c’est partiellement inexact, car pasteurs et rabbins, souvent pères de familles nombreuses, s’inquiétaient de la perte du salaire que leur versait l’Etat. Et si les protestants ont été autant engagés dans l’élaboration de la loi de séparation (je renvoie, pour de plus amples précisions, au livre que j’ai co-écrit avec M. Carbonnier : Histoire des protestants, une minorité en France, 2016, p. 369-383) c’est, en bonne part, parce qu’ils étaient influencés par un théologien évangélique suisse (pays où le protestantisme était majoritaire) : Alexandre Vinet (1797-1847). Ce dernier avait élaboré, dès 1826 et 1839, une véritable théologie de la liberté de conscience pour tous-toutes et prônait la séparation (Ibidem, p. 293, 309).

L’affirmation de Quinqueton est également inexacte en ce qui concerne le catholicisme français. En mai 1906, les évêques purent se réunir (pour la 1ère fois depuis l’Ancien régime) en Assemblée et, après avoir voté une condamnation du principe de la séparation (72/2), ils approuvèrent, à de larges majorités, et la recherche d’un modus vivendi pour l’application de la loi de 1905 (48/26) et un projet d’association « canoniques et légale » (56/18) (cf J-M. Mayeur, opus cit. p. 173s et de nombreux autres ouvrages). C’est Pie X qui, par son encyclique d’août 1906, les a obligés à revenir en arrière. Et quelques-uns ont quand même joué subtilement l’apaisement. Quant au catholicisme français, en général, malgré le contexte chargé (la politique suivie de 1901 à 1904 avait entrainé l’exil de 30000 congréganistes) la séparation a donné lieu à un véritable débat interne. Les « cardinaux vert », par exemple, ont demandé de faire une tentative loyale d’application de la loi qui « ne nous empêche pas de croire ce que nous voulons, ni de pratiquer ce que nous croyons ».

D’ailleurs, le rapporteur de la loi Aristide Briand, a pris en compte certains désidératas des différentes religions, les contacts en coulisse, voire officiels (les Eglises protestantes ont été reçues par la Commission), ont été nombreux. Briand a déclaré, à l’Assemblée Nationale, qu'il fallait établir une séparation « acceptable pour l'Eglise catholique ». Ensuite, il a fait voter 3 nouvelles lois pour que « l’Eglise (catholique) soit légale malgré elle ». Quinqueton l’aurait accusé, à l’époque, de prôner une « laïcité soumise » ! En fait, c’est ainsi qu’il a gagné.

Très significativement, Quinqueton ne mentionne pas, dans sa longue liste d’acquis laïque/versus les « églises », le droit de vote des femmes, obtenu seulement en 1944-45, soit  un siècle après le dit « suffrage universel », en fait uniquement masculin (c’est différence d’un siècle constitue le record du monde du sexisme électoral pour les pays démocratiques). Il parle seulement d’une loi de 1938, qu’il juge décisive pour l’affranchissement des femmes de leurs maris !

Là, il m’a bien fait rire. Cette loi de 1938 ne modifie que légèrement le Code napoléonien, si inégalitaire entre les sexes. Après son adoption, les femmes ne peuvent toujours pas voter, elles ne peuvent pas ouvrir un compte bancaire ou signer un contrat de travail, sans la tutelle de leur époux… Très belle libération ! C’est seulement en… 1965 que ces 2 dernières mesures devinrent possibles. L’oubli (volontaire ou non) du droit de vote par Quinqueton est révélateur : les femmes ont voté dans les pays dits « protestants » (Scandinavie, Royaume-Uni,…), « catholiques » (Pologne,…) « musulmans » (Albanie,…) avant de pouvoir le faire dans la République laïque, où le Parti radical, digne prédécesseur de Françoise Laborde !, entretenait le mythe des « femme (catholiques) soumises » pour pouvoir les empêcher de voter. En revanche la Constitution que prévoyait Pétain, en 1942, leur donnait le droit de vote !

En fait, le camp laïque a majoritairement été longtemps contre le droit de vote des femmes, et des francs-tireurs, comme Ferdinand Buisson qui y était favorable, a été l’objet de commentaires perfides par des militants de la laïcité (cf, Patrick Cabanel, Ferdinand Buisson, père de l’école laïque, 2016, p. 366s.). En revanche, les femmes ont été électrices dans les associations cultuelles protestantes issues de la loi de 1905, dès leur création. Elles étaient aussi théoriquement éligibles, mais le sexisme, dont le protestantisme n’était naturellement pas indemne, a fait que cette mesure ne s’est appliquée qu’après la Première guerre mondiale (avant le droit de vote politique, cependant). L’Union française pour le suffrage des femmes, fondée en 1908, a été présidée par une protestante et, entre les deux guerres, c’est un député protestant qui préside le groupe parlementaire des « Droits de la femme » (J. Baubérot, Ibidem, p. 362, 380 et 403). Au final, rien de très glorieux pour les protestants français, mais quand même un peu d’avance sur l’état d’esprit de la société globale, et parfois beaucoup sur des militants laïques.

Sur la question de la contraception, en 1967, et de l'avortement, en 1974-1975, là encore notre savant prétend à une « condamnation de toutes les églises ». Mais, sans doute distrait, il a oublié quelques « détails » pourtant fort intéressants. D’abord que le mouvement du Planning familial a eu, à ses débuts, une majorité d’hôtesses protestantes (Ibid, p. 438) étant donné la condamnation de la hiérarchie catholique mais aussi les réserves de certains milieux laïques, comme le PCF, si important et attractif alors. Le Planning importait d’ailleurs, illégalement, des moyens contraceptifs d’Angleterre, nation  où l’Eglise établie était favorable à la contraception depuis 1930. Ensuite, des femmes de tous bords, y compris catholiques, ont rejoint le mouvement.

Quand, les sénateurs socialistes déposent une proposition de loi sur le contrôle des naissances, en avril 1966, celle-ci indique que la loi de 1920, interdisant la contraception, est « mise en cause aussi bien dans les milieux humanitaires que dans les cercles religieux ou philosophique ». Tiens, ce n’est pas du tout la même optique que Quinqueton ! Des « représentants des différents cultes » sont reçus par la Commission parlementaire. Le catholique déclare que son Eglise est « en état d’examen plus approfondi des implications de sa doctrine » sur la question (on est avant l’encyclique de Paul VI qui fermera cette porte entrouverte), le pasteur parle d’ « un consensus protestant en faveur de l’acceptation de la contraception » et le rabbin l’admet pour des cas « mettant en cause la santé des individus ». (J.-P. Delannoy, Les religions au Parlement français, 2005, p. 314-332). « Condamnation de toutes les églises », vraiment ?

En ce qui concerne l’avortement, consultés par la Commission parlementaire, à peu près le même scénario se reproduit : le représentant du judaïsme admet une autorisation de l'avortement dans certains cas, 4 représentants de la Fédération protestante de France sur 5 se déclarent favorables à la future loi, la hiérarchie de l'Eglise catholique a, naturellement, manifesté son opposition, mais 2 théologiens dominicains, également entendus par la Commission, ont défendu une option divergente (Ibidem, p. 343-356).

Bref, comme on va déjà me reprocher d’être trop long, je ne peux reprendre tous les cas de figures. Là est le problème : si on peut débiter des mensonges en quelques lignes (et les tweeter, en particulier), rétablir les faits dans leur complexité demande une explicitation beaucoup plus longue. J’aurai d’ailleurs aimé développer davantage, à la fois pour exprimer encore plus de nuance, et parce que je n’ai pas donné toutes mes ‘munitions’ ! Ce rapport différent à la temporalité fait que les fake news sont, dans la société actuelle, très souvent gagnantes (et c’est ce qui devrait préoccuper, en premier lieu, une personnalité de gauche). J’indiquerai seulement, pour finir ce panorama, que, malheureusement pour ce qui concerne les droits des homosexuel-le-s, Quinqueton a globalement raison à propos du discours des autorités religieuses, lors de la discussion de la loi du mariage pour tous (Hollande aurait dû, bien davantage, invoquer la laïcité). C’est sans doute ce cas qu’il a, bien à tort, extrapolé pour en faire une doctrine générale.

Or, même là, il néglige la contestation interne que ces discours ont suscité, de la part de personnes qui affirment, notamment dans l’Eglise catholique : « nous sommes aussi l’Eglise ». Et c’est cette conception démocratique des Eglises que les LGBT doivent adopter : aidons-nous les uns les autres dans le combat commun pour la liberté ! De plus, Quinqueton ignore (ou feint d’ignorer) qu’en 2015, l’Eglise protestante Unie de France a autorisé « la bénédiction liturgique des couples mariés de même sexe » ; cela, naturellement, ne s’est pas fait sans oppositions internes, même si le vote du synode a été massif (94/3 sur 105 votants) (J. Baubérot, Ibidem, p. 490).

D'une manière générale, bien sûr, la critique du religieux et des religions est légitime, bien sûr le dernier mot doit revenir au politique, et il n’est certes utile, important de le rappeler. Mais pas de cette façon manichéenne d’une part, et pas en n’ignorant, de l’autre, qu’il y a toujours eu (à part la courte période 1901-1904) une prise en considération  (ce qui ne signifie nullement une "soumission") de la position des religions et de leurs membres, dans leur diversité. Le véritable combat est que leurs positions ne soit pas privilégiées par rapport à celles d’autres familles de pensée, que les religions soient des acteurs parmi d’autres de la société civile, sans la surplomber pour autant. Le combat est pour une liberté égale.

Moralité: un certain rapport à la laïcité et à l’histoire est obscurantiste (tout en prétendant combattre l’obscurantisme, ce qui le rend particulièrement insupportable) et mériterait le bonnet d’âne de l’école laïque d'autrefois. Cela est triste pour deux raisons.

La première est qu’il s’agit d’un nouvel indice de la déliquescence de la gauche socialiste (il semble que l’auteur ait été responsable des questions LGBT durant la campagne de Benoît Hamon ; celui-ci mérite beaucoup mieux). En fait, toute la gauche a besoin d’entreprendre un très sérieux travail intellectuel, et sur la laïcité, sur son rapport à l’histoire et sur le respect des démarche de connaissance et les conditions d’une pensée rationnelle.

Rappelez-vous l’affirmation péremptoire de Jospin : « On sait que la gauche était dreyfusarde et  la droite antidreyfusarde » et ajoutant avec toupet « Je rappelle l’Histoire ! » (14 janvier 1998 à l’Assemblée nationale).  « On sait »... : eh non, on ne sait pas, on adhère dogmatiquement à de fausses croyances stéréotypées, que l’on croit vraies à force de les répéter. En fait, si des intellectuels classés à gauche prirent parti pour la révision du procès (la défense d’une démarche de connaissance rejoignant la lutte contre une injustice), « le premier dreyfusisme fut non pas intellectuel mais juridique et son premier vivier fut celui des républicains modérés sur le modèle de Scheurer-Kestner[2], et de quelques orléanistes libéraux (…), soit celui d’un centre attaché aux règles de droit et, contrairement à tous les autres partis [de droite et de gauche], vierge de tout antisémitisme » (B. Joly, Histoire politique de l’affaire Dreyfus, 2014, p. 209). Rappelez-vous aussi la sortie de Mélenchon sur la rue qui aurait balayé les nazis. Cette instrumentalisation de l’histoire n’est pas sans conséquences politiques.

La seconde raison est que les propos de Quinqueton desservent grandement le combat courageux des LGBT car les croyants vont se sentir insultés par de tels mensonges. La lutte pour les droits des LGBT doit, et peut, réunir « ceux qui croient au ciel » et « ceux qui n’y croient pas ». La condition première est de ne pas manier la calomnie, par une opposition entre bons et méchants, digne d’une cour de récrée du primaire, et d’admettre que dialoguer et écouter l’autre fait partie d’une approche laïque de la vie, et ne signifie en rien se soumettre. L’autre condition consiste à rendre les militants de la laïcité, et l’ensemble de l’opinion publique en général, plus sensibles au fait que les questions dites « de mœurs » sont intégralement partie prenante des libertés laïques. Permettez-moi de signaler que, quand des éditeurs d’ouvrages de vulgarisation me demandent d’indiquer « les principales dates de la laïcité en France », j’inclus les dates de 1982 (dépénalisation de l’homosexualité) et, naturellement, le mariage pour tous de 2013 (Cf. Comment parler de laïcité aux enfants, co-écrit avec R. Diallo, 2015 p. 76 ; Parlons laïcité en trente questions, co-écrit avec M. Milot, 2017, p. 22). Or cela étonne ces éditeurs,  habitués à ce que, ceux qui se veulent les défenseurs exclusifs de la laïcité, ne les prennent pas en compte. « Bizarre, vous avez dit bizarre… »,…

[1] Avec un petit « é », ce qui constitue une faute de grammaire : en français, on écrit « église » pour évoquer le bâtiment, l’édifice religieux et « Eglise » pour parler de l’organisation religieuse. Ce n’est en rien faire allégeance, c’est simplement écrire en bon français.

[2] Vice-président du Sénat.

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