Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
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Billet de blog 11 mai 2012

Pour Sarkozy, chanoine à vie du Latran

Nous sommes, ces jours-ci, dans une situation particulière. Nous n’avons plus à craindre un nouveau mandat de Nicolas Sarkozy. Nous n’avons encore aucune critique à exercer par rapport à l’exercice du pouvoir de François Hollande. Nous pouvons même toujours caresser quelques espoirs raisonnables. Voilà donc le moment de goûter « l’insoutenable légèreté de l’être ». Ne boudons pas notre plaisir, nous le savons éphémère !

Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
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Nous sommes, ces jours-ci, dans une situation particulière. Nous n’avons plus à craindre un nouveau mandat de Nicolas Sarkozy. Nous n’avons encore aucune critique à exercer par rapport à l’exercice du pouvoir de François Hollande. Nous pouvons même toujours caresser quelques espoirs raisonnables. Voilà donc le moment de goûter « l’insoutenable légèreté de l’être ». Ne boudons pas notre plaisir, nous le savons éphémère !

Avant qu’il redevienne obligatoire de passer à des choses plus graves, j’ai une proposition à faire au nouveau président. Le titre de « chanoine (honoraire) du Latran » va lui être attribué, comme à tous les chefs d’Etat français depuis Henri IV. Un refus serait mal venu, et une acceptation une dérogation à la laïcité. Comment dépasser cette alternative ? Tout simplement en proposant à Nicolas Sarkozy de rester chanoine du Latran. Vu le pieux discours qu’il a prononcé à Rome, quand il a pris possession du titre, il a visiblement un grand intérêt pour cette fonction. Il serait dommage qu’en plus de la Présidence de la République et du titre de co-prince d’Andorre, il  en soit privé. Il a tout mérité, sauf de ne plus être chanoine.

Tout le monde serait gagnant dans cette affaire. François Hollande le premier, nous venons de le voir. Mais il me semble que, même dans les rangs de l’UMP, cela ne déplairait pas à certains de voir partir « Nicolas » à Rome… en emmenant avec lui, naturellement, Patrick Buisson. Buisson était déjà du voyage en décembre 2007, quand Sarkozy avait été intronisé chanoine. Il avait alors félicité Benoît XVI d’avoir rétabli la possibilité de la messe en latin. Il serait donc tout indiqué pour servir d’enfant de chœur à l’ex-président. D’autre part, Carla Bruni serait certainement ravie de retrouver sa belle Italie natale et devenir chanoinesse constituerait un nouveau fleuron à sa couronne. Nul doute qu’elle saurait le traduire en chanson. Les catholiques progressistes eux-mêmes y trouveraient leur compte : cela leur ferait plaisir qu’un deux fois divorcé exerce une telle fonction. Quelle belle évolution !

Oui, décidément, si le 15 mai François Hollande annonçait la perpétuation du mandat de chanoine pour son prédécesseur, cela aurait du chien. Tant qu’à faire, cher nouveau président, nommez le chanoine à vie. Sarkozy a actuellement 57 ans. Avec un peu d’acharnement thérapeutique (n’a-t-il pas empêché l’Assemblée nationale de ratifier la loi votée par le Sénat sur l’euthanasie ?), il peut vivre jusqu’à 107 ans. Cela nous donne un demi-siècle pour faire tomber en désuétude le titre de chanoine du Latran attribué à celui qui ne préside plus la nation qui serait la « fille aînée de l’Eglise » mais une République laïque.

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