Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
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Billet de blog 14 janv. 2022

Pour la « primaire populaire »

Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche. C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention. Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.

Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
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Partout, dans mes relations comme sans doute dans les vôtres, les gens se désespèrent de la multiplicité des candidatures de gauche, rendant impossible tout espoir de voir la gauche présente au second tour de la prochaine présidentiel.

C’est le découragement, la démobilisation des électeurs potentiels, et la probabilité d’un désintérêt conduisant à l’abstention, au risque de voir Eric Ciotti devenir ministre de l’Intérieur, où Marine le Pen considérée comme une candidate « raisonnable », tant Zemmour a porté loin les délires de l’ultradroite. Bref, le cauchemar !

« Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas » ? Cette question, était le titre d’une comédie du cinéaste italien Luigi Comencini (avec la géniale Laura Antonelli) égratignant allègrement la bonne société ; la gauche doit la reprendre à son compte, la ruminer, en débattre pour en arriver à une analyse sans concession, indispensable à un rebond. Des pistes sont déjà lancées, de divers côtés, et notamment dernièrement par l’ouvrage de Frédérique Matonti, Comment sommes-nous devenus réacs ? (Fayard).

Cependant, une véritable prise de conscience de l’énormité des failles, une lucidité dans le diagnostic et une réflexion prospective pour émettre des propositions crédibles qui puissent devenir hégémoniques ne sont nullement assurées, s’il ne se produit pas, dès maintenant, une révolte de la « gauche profonde », de la « gauche d’en bas », face aux appareils plus préoccupés de l’avenir de leur boutique que de véritablement changer les choses dans le pays, et ne voulant pas, au fond, quitter la posture confortable de la trop facile dénonciation. Et même si elle se développe, la réflexion de fond prendra plusieurs années.

Or, la vie elle ne saurait attendre, et effectuer (de fait) l’impasse sur la présidentielle de 2022, se dire qu’on sera, sans doute, meilleur en 2027, comme si les cinq prochaines années pouvaient être mise sous cloche, aura des conséquences incalculables, peut-être irréversibles.

Même si les chances de réussite sont faibles, tout, absolument tout, doit être tenté pour éviter une cinglante déroute.

On affirme qu’il existe des divergences entre les différents courants de la gauche. C’est parfaitement exact, mais n’est en rien un argument décisif.

D’une part, il existe malgré tout une certaine unanimité dans plusieurs refus essentiels ; d’autre part, tous les candidats qui se réclament de la gauche, prétendent vouloir valoriser le rôle du Parlement. Si cela n’est pas un vain discours hypocrite, il est fort possible, alors, de lister les points qui, (soyons fous !) après une victoire de la gauche à la présidentielle et la dynamique qu’elle créerait, deviendraient l’enjeu des différents programmes proposés aux électrices/électeurs lors des législatives.

Enfin, même si l’élection ne s’avérait décidément pas gagnable, si des pressions, venues de ce qu’on appelait autrefois « le peuple de gauche », aboutissaient à diviser par deux le nombre de candidats actuels se réclamant de cette mouvance, le résultat serait nettement moins catastrophique non seulement par la concentration sur un plus petit nombre de postulant.e.s, mais également parce qu’une  clarification, même relative, ramènerait vers l’isoloir nombre d’abstentionnistes potentiels. Le centre et la droite seraient moins unilatéralement triomphants.

Toutes ces raisons m’ont conduit à m’inscrire à la primaire populaire, trouvant impossible de laisser ainsi les choses aller à vau-l'eau. 

Et aux considérations générales que je viens d’énoncer, j’ajouterai trois motifs plus précis.

D’abord, il s’agit d’une initiative qui vient de la société civile et c’est de là, et non d’un parti pouvant à lui seul prétendre être hégémonique, que peut provenir l’élan d’un renouveau. D’autres initiatives seront nécessaires, mais ne boudons pas la seule qui, en ce mois de janvier 2022, tente de faire face à la décrépitude actuelle.

Ensuite, cette initiative provient d’une nouvelle génération, et c’est cette classe d’âge qui va, soit reconstruire la gauche, soit l’enterrer définitivement. Soyons du côté de ceux qui veulent la reconstruire.

Enfin, et surtout, parce que le « mode de scrutin » proposé constitue déjà un intéressant gage de renouveau. Julien Lemaignen explique très bien (Le Monde, du 14 janvier) en quoi les codes politico-médiatiques dominants, qui sont affinités avec pourrissement intellectuels de la situation présente, sont cassés par l’idée d’une notation.

Ce vote va être un initiateur d’une nouvelle appréhension de la politique et, ne serait-ce que pour cela, il est très important d’y participer.

Celles et ceux qui estiment que le résultat serait « couru d’avance » négligent complètement, en fait, qu’il ne s’agit pas d’une primaire classique, mais d’un événement politique en rupture avec ce qui s’est fait jusqu’à présent. C’est pourquoi, d’une part le résultat est beaucoup moins prévisible (surtout si la participation est importante) qu’on ne le prétend, et que les enseignements qui pourront en être tirés seront multiples et novateurs.

Il reste encore quelques jours pour s’inscrire sur le site vote.primairepopulaire.fr et transformer le ras le bol, la colère et/ou le désespoir devant une gauche incapable en un acte positif. Y participer, c’est refuser le désespoir et envoyer un message citoyen.

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