Habemus… un pape ambivalent

Voilà un petit moment que je n’ai pas rédigé de note, mais je me relève progressivement d’une intervention chirurgicale. Je ne suis pas encore vraiment rétabli, et donc celle-ci sera brève. D’ailleurs, ma note du 11 février est toujours valable, même si je ne pense pas du tout que le pape François réalisera ce programme… laïque. Ce fut hier soir un déluge d’éloges : à croire que l’on pouvait tout de suite passer à la béatification du nouveau pontife. Aujourd’hui les médias commencent à se rendre compte que, comme tout humain, ce pape comporte sa part d’ombre.

Voilà un petit moment que je n’ai pas rédigé de note, mais je me relève progressivement d’une intervention chirurgicale. Je ne suis pas encore vraiment rétabli, et donc celle-ci sera brève. D’ailleurs, ma note du 11 février est toujours valable, même si je ne pense pas du tout que le pape François réalisera ce programme… laïque. Ce fut hier soir un déluge d’éloges : à croire que l’on pouvait tout de suite passer à la béatification du nouveau pontife. Aujourd’hui les médias commencent à se rendre compte que, comme tout humain, ce pape comporte sa part d’ombre.

Certes, cela n’abolit pas la symbolique que François a donné à sa première apparition en tant que pape. Ainsi le choix du prénom va encore plus loin que ce qui a été indiqué par les commentateurs. Au départ François d’Assise est un ermite itinérant qui est presque considéré comme un fou. Il fonde une sorte de fraternité évangélique où ses amis et lui vagabondent, mendient et proclament l’Evangile telle qu’ils l’interprètent. Ils sont totalement en marge de l’institution et, de fait, contestent ses privilèges.

Rome fait pression pour canaliser cette effervescence. Mais, dans un premier temps, la règle de la nouvelle communauté est refusée. Puis un compromis est trouvé est une seconde règle est approuvée par la Curie (1223). Autrement dit, François d’Assise aurait pu, tout aussi bien, devenir un hérétique pourchassé par l’institution ecclésiale qu’un de ses saints. Son Testament (1226) témoigne d’ailleurs de la nostalgie des premiers temps.

Les autres gestes symboliques du nouveau pape ont été tellement commentés que ce n’est pas la peine d’y  revenir : je n’ai pas d’infos supplémentaires par rapport à ce que j’ai entendu. Je n’en ai pas non plus sur la nouvelle qui, ce matin, a quelque peu douché l’enthousiasme des commentateurs : l’ex cardinal aurait été (au minimum) silencieux pendant la dictature des généraux. Je me contenterai d’un constat. Le quotidien La Croix présentant le 4 mars les 115 cardinaux électeurs avait retracé en 4 lignes la carrière universitaire et ecclésiastique du cardinal Bergoglio. Le seul et unique commentaire qui avait suivi cette brève présentation avait été le suivant : « En 2007, il rejette l’idée de la responsabilité collective de l’Eglise dans les crimes commis sous la dictature argentine ».

Grâce aux travaux de mon ami, le sociologue Fortunato Mallimaci, je vais souligner un autre fait que les médias commencent à découvrir : l’opposition de l’archevêque de Buenos Aires à toute loi civile donnant des droits en matière de sexualité. L’Argentine limite toujours le droit à l’avortement au viol, malformation du fœtus et à un danger pour la santé de la mère (loi votée en 1921). La Cour suprême a rappelé en septembre 2012 la nécessité d’appliquer cette loi, ce qui signifie qu’il existe de fortes pressions auprès du personnel de santé pour que l’avortement ne soit pratiqué dans aucun cas.

Une vaste coalition d’organisations de la société civile argentine s’est constituée en vue de dépénaliser plus largement l’avortement. Il y a quelques semaines, cette coalition espérait obtenir un débat au parlement argentin. L’élection du cardinal Bergoglio comme pape va rendre beaucoup plus difficile la mise en route d’une loi plus libérale. Pour les Argentins, cette élection n’est donc pas forcément du « pain béni » !

L’Argentine a adopté, en juillet 2010, une loi sur le « mariage égalitaire » qui remplace les termes « homme » et « femme » par le mot « contractant ». Bergoglio s’est très vivement opposé à cette loi qu’il qualifia de « menace du démon ». Il refusa même une proposition de compromis sur une possibilité d’union civile pour les personnes de même sexe. Avec d’autres groupes religieux, il appela à la mobilisation sans rencontrer un grand écho. Comme les autres, les Argentins pratiquent un « catholicisme à la carte ».

Moralité : François sera sans doute un pape plus « social » que Benoit XVI, dans la tradition de Léon XIII et du titre d’un ouvrage de l’historien Emile Poulat « Eglise contre bourgeoisie ». Mais, en matière de laïcité, il ne faut pas s’attendre à une évolution où l’Eglise catholique accepterait que la loi civile se distingue de ses normes propres. De ce côté les espoirs que certains avaient mis dans l’élection d’un nouveau pape risquent donc fort d’être déçus.

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