Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
Abonné·e de Mediapart

102 Billets

1 Éditions

Billet de blog 14 mars 2013

Habemus… un pape ambivalent

Voilà un petit moment que je n’ai pas rédigé de note, mais je me relève progressivement d’une intervention chirurgicale. Je ne suis pas encore vraiment rétabli, et donc celle-ci sera brève. D’ailleurs, ma note du 11 février est toujours valable, même si je ne pense pas du tout que le pape François réalisera ce programme… laïque. Ce fut hier soir un déluge d’éloges : à croire que l’on pouvait tout de suite passer à la béatification du nouveau pontife. Aujourd’hui les médias commencent à se rendre compte que, comme tout humain, ce pape comporte sa part d’ombre.

Jean Baubérot
Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Auteur notamment de deux « Que sais-je ? », La laïcité expliquée à M. Sarkozy (Albin Michel) et (avec M. Milot) Laïcités sans frontières (le Seuil).
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voilà un petit moment que je n’ai pas rédigé de note, mais je me relève progressivement d’une intervention chirurgicale. Je ne suis pas encore vraiment rétabli, et donc celle-ci sera brève. D’ailleurs, ma note du 11 février est toujours valable, même si je ne pense pas du tout que le pape François réalisera ce programme… laïque. Ce fut hier soir un déluge d’éloges : à croire que l’on pouvait tout de suite passer à la béatification du nouveau pontife. Aujourd’hui les médias commencent à se rendre compte que, comme tout humain, ce pape comporte sa part d’ombre.

Certes, cela n’abolit pas la symbolique que François a donné à sa première apparition en tant que pape. Ainsi le choix du prénom va encore plus loin que ce qui a été indiqué par les commentateurs. Au départ François d’Assise est un ermite itinérant qui est presque considéré comme un fou. Il fonde une sorte de fraternité évangélique où ses amis et lui vagabondent, mendient et proclament l’Evangile telle qu’ils l’interprètent. Ils sont totalement en marge de l’institution et, de fait, contestent ses privilèges.

Rome fait pression pour canaliser cette effervescence. Mais, dans un premier temps, la règle de la nouvelle communauté est refusée. Puis un compromis est trouvé est une seconde règle est approuvée par la Curie (1223). Autrement dit, François d’Assise aurait pu, tout aussi bien, devenir un hérétique pourchassé par l’institution ecclésiale qu’un de ses saints. Son Testament (1226) témoigne d’ailleurs de la nostalgie des premiers temps.

Les autres gestes symboliques du nouveau pape ont été tellement commentés que ce n’est pas la peine d’y  revenir : je n’ai pas d’infos supplémentaires par rapport à ce que j’ai entendu. Je n’en ai pas non plus sur la nouvelle qui, ce matin, a quelque peu douché l’enthousiasme des commentateurs : l’ex cardinal aurait été (au minimum) silencieux pendant la dictature des généraux. Je me contenterai d’un constat. Le quotidien La Croix présentant le 4 mars les 115 cardinaux électeurs avait retracé en 4 lignes la carrière universitaire et ecclésiastique du cardinal Bergoglio. Le seul et unique commentaire qui avait suivi cette brève présentation avait été le suivant : « En 2007, il rejette l’idée de la responsabilité collective de l’Eglise dans les crimes commis sous la dictature argentine ».

Grâce aux travaux de mon ami, le sociologue Fortunato Mallimaci, je vais souligner un autre fait que les médias commencent à découvrir : l’opposition de l’archevêque de Buenos Aires à toute loi civile donnant des droits en matière de sexualité. L’Argentine limite toujours le droit à l’avortement au viol, malformation du fœtus et à un danger pour la santé de la mère (loi votée en 1921). La Cour suprême a rappelé en septembre 2012 la nécessité d’appliquer cette loi, ce qui signifie qu’il existe de fortes pressions auprès du personnel de santé pour que l’avortement ne soit pratiqué dans aucun cas.

Une vaste coalition d’organisations de la société civile argentine s’est constituée en vue de dépénaliser plus largement l’avortement. Il y a quelques semaines, cette coalition espérait obtenir un débat au parlement argentin. L’élection du cardinal Bergoglio comme pape va rendre beaucoup plus difficile la mise en route d’une loi plus libérale. Pour les Argentins, cette élection n’est donc pas forcément du « pain béni » !

L’Argentine a adopté, en juillet 2010, une loi sur le « mariage égalitaire » qui remplace les termes « homme » et « femme » par le mot « contractant ». Bergoglio s’est très vivement opposé à cette loi qu’il qualifia de « menace du démon ». Il refusa même une proposition de compromis sur une possibilité d’union civile pour les personnes de même sexe. Avec d’autres groupes religieux, il appela à la mobilisation sans rencontrer un grand écho. Comme les autres, les Argentins pratiquent un « catholicisme à la carte ».

Moralité : François sera sans doute un pape plus « social » que Benoit XVI, dans la tradition de Léon XIII et du titre d’un ouvrage de l’historien Emile Poulat « Eglise contre bourgeoisie ». Mais, en matière de laïcité, il ne faut pas s’attendre à une évolution où l’Eglise catholique accepterait que la loi civile se distingue de ses normes propres. De ce côté les espoirs que certains avaient mis dans l’élection d’un nouveau pape risquent donc fort d’être déçus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Husain, Shahwali, Maryam... : ces vies englouties au large de Calais
Qui sont les vingt-sept hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Manche en tentant de rallier la Grande-Bretagne ? Il faudra des semaines, voire des mois pour les identifier formellement. Pour l’heure, Mediapart a réuni les visages de dix de ces exilés, afghans et kurdes irakiens, portés disparus depuis le naufrage du 24 novembre.
par Sarah Brethes (avec Sheerazad Chekaik-Chaila)
Journal
2022 : contrer les vents mauvais
« À l’air libre » spécial ce soir : d’abord, nous recevrons la rappeuse Casey pour un grand entretien. Puis Chloé Gerbier, Romain Coussin, et « Max », activistes et syndicalistes en lutte seront sur notre plateau. Enfin, nous accueillerons les représentants de trois candidats de gauche à l'élection présidentielle : Manuel Bompard, Sophie Taillé-Polian et Cédric van Styvendael.
par à l’air libre
Journal
LR : un duel Ciotti-Pécresse au second tour
Éric Ciotti est arrivé en tête du premier tour du congrès organisé par Les Républicains pour désigner leur candidat·e à l’élection présidentielle. Au second tour, il affrontera Valérie Pécresse, qui a déjà reçu le soutien des éliminés Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin.
par Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : l’ancien ministre Jean-Vincent Placé visé par une plainte
Selon les informations de Mediapart et de l’AFP, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte pour harcèlement sexuel d’une ancienne collaboratrice. D’après notre enquête, plusieurs femmes ont souffert du comportement de l’ancien sénateur écolo, devenu secrétaire d’État sous François Hollande.
par Lénaïg Bredoux

La sélection du Club

Billet de blog
Ne lâchons pas le travail !
Alors qu'il craque de tous côtés, le travail risque d'être le grand absent de la campagne présidentielle. Le 15 janvier prochain, se tiendra dans la grande salle de la Bourse du travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Son objectif : faire entendre la cause du travail vivant dans le débat politique. Inscriptions ouvertes.
par Ateliers travail et démocratie
Billet de blog
L'extrême droite a un boulevard : à nous d'ériger des barricades
Un spectre hante la France… celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »
par Ysé Sorel
Billet de blog
Le bocal de la mélancolie
Eric Zemmour prétend s’adresser à vous, à moi, ses compatriotes, à travers son clip de candidat. Vraiment ? Je lui réponds avec ses mots, ses phrases, un lien vidéo, et quelques ajouts de mon cru.
par Claire Ze
Billet de blog
« Nous, abstentionnistes » par Yves Raynaud (3)
Voter est un droit acquis de haute lutte et souvent à l'issue d'affrontements sanglants ; c'est aussi un devoir citoyen dans la mesure où la démocratie fonctionne normalement en respectant les divergences et les minorités. Mais voter devient un casse-tête lorsque le système tout entier est perverti et faussé par des règles iniques...
par Vingtras