Voltaire... vous avez dit Voltaire

Une très courte Note, vu mes problèmes de vision. Mais j’apprends que le Traité sur la tolérance écrit par Voltaire, en 1762, quand il prend (assez tardivement !) la défense des protestants persécutés (ce qui est alors, depuis plusieurs décennies incongru, dans le contexte européen de progression de la tolérance) est en rupture de stock. Les enseignants, notamment, se précipiteraient pour l’acheter et en faire l’objet d’une leçon auprès de leurs élèves.

Une très courte Note, vu mes problèmes de vision. Mais j’apprends que le Traité sur la tolérance écrit par Voltaire, en 1762, quand il prend (assez tardivement !) la défense des protestants persécutés (ce qui est alors, depuis plusieurs décennies incongru, dans le contexte européen de progression de la tolérance) est en rupture de stock. Les enseignants, notamment, se précipiteraient pour l’acheter et en faire l’objet d’une leçon auprès de leurs élèves.

Or, l'optique de Voltaire, quand il défend Calas, est essentiellement gallicane. Il ne prône en rien la séparation de la religion et de l’Etat (au contraire, il est dans l’optique du prince "despote éclairé"). Le Conseil d'Etat, lors du centenaire de la séparation, a indiqué que la loi de 1905 se situait, elle, dans la filiation de John Locke (Un siècle de laïcité, La Documentation française, p. 393) et de sa Lettre sur la tolérance de 1686-1689 (qui est, effectivement, dans une optique de séparation Eglise-Etat et considère l’Eglise comme une association). A consulter également sur ce sujet l’article d’Isabelle Agier-Cabannes dans Cosmopolitique (16, 2007, p. 133-144). Il faudrait  former les enseignants de façon à ce qu’ils sachent que les historiens d’aujourd’hui insistent sur les « transferts culturels » : chaque nation moderne s’est construite grâce à un ensemble d’influences réciproques avec les autres nations. Et la loi de 1905, en son Article 4 notamment (stratégiquement le plus essentiel), bénéficie de certaines expériences anglo-saxonnes antérieures (1).  Mais cela, on a l’impression que la tendance dominante de l’institution Education nationale a beaucoup de difficulté à l'entendre et à le transmettre, enfermée qu'elle est souvent dans une culture étroitement nationale. Alors, on est vraiment mal barré!

Pour faire vite, je me permets de renvoyer à mes propres travaux, j'ai tenté d'élucider les différences entre Locke et Voltaire (et les Lumières françaises) dans mon « Que sais-je? » sur Les laïcités dans le monde  (PUF, p. 20-28 de la 4ème édition) et, de façon plus approfondie dans Laïcités sans frontières (avec M. Milot, Seuil, p. 46-72), réfutant notamment le faux stéréotype selon lequel Locke refuserait la tolérance aux catholiques. Quant aux athées, Voltaire les exclut (dans le fameux Traité) de façon nettement plus virulente (il préfère les « superstitieux ») que Locke (alors qu’il écrit près de 75 ans plus tard). Cela n’empêche pas d’apprécier Voltaire, à condition de ne pas le canoniser !

 

[1] Cf. mon Histoire de la laïcité en France (PUF, « Que sais-je ? », p. 76ss. De la 6ème édition)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.