Le piège bleu Marine de «l’islam compatible»

Après avoir décidé pour raisons personnelles de me mettre en retrait de la vie publique, j'ai deux choses encore à dire: une sur Marine Le Pen, l’autre sur mon « retrait progressif ».

Première « chose ». N’étant pas à un grand écart près, Marine Le Pen a déclaré « un » islam « compatible » avec la République… à condition qu’il soit « laïcisé par les Lumières comme les autres religions ». Les médias ont retenu le terme « compatible », ce qui est bien sûr, le but de l’opération. Et bien sûr encore, ces propos sont complètement en trompe d’œil : ils signifient, en clair, que, contrairement aux autres religions, l’islam ne doit pas jouir des libertés contenues dans la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Car cette loi n’a pas imposé de condition dogmatique (mais le respect d’un ordre public démocratique, dans une égalité de traitement, ce qui est complètement différent) au « libre exercice des cultes » (et non seulement « du culte », malgré la confusion souvent faite : les « cultes » étant, depuis la Constitution de 1791  et le XIXe siècle, un terme désignant juridiquement les différentes religions), cela y compris dans l’espace public.

On dit que par de tels propos, Marine Le Pen, qui aura de toute façon les voix des anti-musulmans, cherche à élargir son électorat. Sans doute. Mais M. Le Pen nous tend un second piège plus pervers, et donc beaucoup plus inquiétant.  Faire croire qu’elle n’est pas pire que les autres, et donc inciter le plus possible de gens à s’abstenir lors du second tour de la présidentielle. M. Le Pen sait qu’elle est rejetée par une majorité de Français. Mais, attention, elle peut cependant gagner si beaucoup de citoyens sont démobilisés et se disent, qu’après tout, entre Marine Le Pen et la personne qui l’affrontera, il n’y a pas à choisir, car des deux côtés, de toute façon, c’est craignos. J’ai l’impression qu’un tel raisonnement est en train de se développer. J’en comprends les raisons. Sauf que, les résultats risquent fort d’être catastrophiques. Il faudrait absolument réfléchir collectivement à une parade possible, même si je n’ai pas, actuellement, de recette miracle à proposer.

Seconde « chose ». J’ai indiqué mon retrait progressif de la vie publique, étant accaparé par un autre combat. Mais la conjonction entre la situation présente, fort difficile j’en conviens, et l’idée qu’avant ce retrait, on pourrait recevoir, de ma part,  une sorte de « dernier verre pour la route », font que des sollicitations de toutes sortes pleuvent de tous côtés. Je m’use ne serait-ce qu’à devoir les refuser. Chacun a ses excellentes raisons mais chacun fait comme s’il était seul au monde à adresser une demande…. Et, d’autre part, personne n’est indispensable.

J’ai expliqué en quoi le retrait est forcément progressif : je fais tout mon possible pour honorer les engagements que j’ai déjà pris. D’autre part, il se trouve que, fruit du travail de ces dernières années et de collaborations enrichissantes, 3 ouvrages dont je suis, pour l’un un co-auteur et, pour les deux autres, un auteur en duo, sortent cet automne. Et je sais bien, les règles étant ce qu’elles sont, que la promotion zéro est impossible, même si je refuse à tour de bras. Donc, vraiment, inutile de tenter d’en rajouter. La seule attitude à prendre pour celles et ceux qui souhaitent qu’à l’avenir je ne sois pas complètement silencieux, consiste à me laisser affronter ma vie présente, faire moi-même quelques choix dans un minimum de tranquillité. Merci d’avance.

 

 

 

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