Une Note boomerang !

Un passage de l’émission Boomerang de lundi dernier m’a fait réagir au quart de tour. Avant d’expliquer pourquoi je l’ai fait, je reconnais volontiers que j’ai manié le boomerang à mes dépens. 

Un passage de l’émission Boomerang de lundi dernier m’a fait réagir au quart de tour. Avant d’expliquer pourquoi je l’ai fait, je reconnais volontiers que j’ai manié le boomerang à mes dépens.  Augustin Trapenard m’a fait remarquer qu’en paraphrasant sa question sur Palmyre, je l’ai très malencontreusement  transformée en question fermée. Réécoutant l’émission avec un stylo-bille, j’ai noté la formulation exacte qu’il a utilisée : « La menace de la destruction de cette cité antique de Palmyre, qu’est-ce que cela vous inspire ? » Je ne vais me cacher derrière mon petit doigt, j’ai fait précisément ce que je critique par ailleurs : irrité par la transformation d’une « cause juste » en un lieu commun  stéréotypé (puisque tout le monde parle de la destruction possible de cette cité antique avant même qu’elle n’ait eu lieu et que, pour moi, cela rejoint la manière dont les medias orientent l’actualité en la devançant), j’ai effectué un à-peu-près abusif. Dont acte et mes excuses. « Pan sur le bec » écrirait Le Canard enchaîné ! Je vous convie à écouter, en replay, l’ensemble de l’émission sur le site de France Inter, dont l’essentiel a porté sur les combats politiques de Kenzaburô Ôé.

L’important, et j’aurais dû m’en tenir là, est  que Kenzaburô Ôé a donné une réponse surprenante et qui doit tous nous faire très longuement réfléchir. A une question portant sur Palmyre, il réagit en  parlant d’Okinawa, archipel japonais près de la Chine,  et de la responsabilité de son pays dans le risque de destruction de la culture historique spécifique de cette ile : Okinawa possède une langue spécifique, une littérature spécifique. « Est-ce que nous [=nous Japonais] avons apporté un soutien suffisant à cette culture ? Je n’en suis pas sûr. Je ne le pense pas ». Sans que les Japonais en aient conscience, cela signifie, précise-t-il, que l’ensemble de la culture japonaise est menacée. Et il ajoute qu’au Japon, l’univers de l’édition est centré sur les best-seller. Pour lui c’est une crise de grande « ampleur ». Au Japon, certes, mais il en est exactement de même en France.

Autrement dit, nous (« Occidentaux », pour dire les choses de façon très générale) voyons toujours « la menace » chez l’autre,  or l’écrivain japonais nous invite à nous poser la question de la menace que nous représentons pour autrui et... pour nous-même. Nous sommes rivés à « l’actualité », il nous ramène à la masse de réalités importantes qui  ne sont guère prises en compte par la dite actualité, et qui constituent pourtant un « grand risque ». Pendant que toute la planète a les yeux fixés sur Palmyre (qui, dans la réalité, n’est pas qu’une cité antique, mais aussi une cité tout court avec une terrible prison dont on parle si peu : je ne reprends pas ce que j’ai écrit dans la Note et auquel je tiens beaucoup), des destructions culturelles s’effectuent dans un étourdissant silence. Et on pourrait généraliser à l’ensemble des rapports entre dominants et dominés. A toutes les morts silencieuses qui ne devraient pas être. Cela n’excuse rien, absolument rien, sur ce qu’a déjà fait et que risque faire Daech, cela nous convie à élargir notre regard, à rechercher une plus grande lucidité sur tous les nombreux les dégâts que nous ne voulons pas voir.

C’est pourquoi, la seconde partie de ma Note ne portait plus sur  l’émission elle-même et élargissait le débat.

 

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