Baby-Loup ou la laïcité pieuse

La République avait subi une très grave défaite, au tout début de ce XXIe siècle, avec la loi sur la parité femme-homme. Elisabeth Badinter, avec sa clairvoyance coutumière, nous avait lucidement prévenu, en s’opposant vigoureusement à cette loi : « Laissons entrer le particularisme dans la définition du citoyen et nous vivrons une sinistre cohabitation de ghettos différents. Je ne veux pas du communautarisme. La République repose sur l’abstraction de la règle, la généralité de la loi, pas la spécificité des individus ou des communautés. »

La suite a montré à quel point elle avait vu juste : nos instances politiques sont aujourd’hui envahies par un dangereux communautarisme féminin, qui fait que, comme l’a noté récemment Médiapart, les femmes multiplient les propos sexistes à l’Assemblée nationale. Et Médiapart, toujours lui, organise vendredi prochain une soirée sur la sous, euh pardon, la sur-représentation des femmes en politique. Comme c’était agréable, l’heureux temps du citoyen abstrait : nous étions entre hommes et c’était normal ! Et maintenant, au rythme de la progression des femmes au Parlement, elles risquent d’être (légèrement, mais quand même !) majoritaires en 2134. Que tous les vrais Républicains se rassemblent pour empêcher une telle ignominie !

Heureusement la République s’est ressaisie et croise le fer avec le « communautarisme ». Dans l’affaire Baby-Loup, elle n’a pas laissé les trublions gaucho-islamistes de la Cour de Cassation dire un droit désuet qui ne correspond plus au péril de l’heure. Les politiques ont immédiatement réagi et certains d’entre eux croyaient même que l’affaire était tranchée dès lors que le Procureur de la Cour d’appel de Paris avait appelé cette Cour à « résister ». Cela en dépit de la « généralité de la loi » qui, une fois n’est pas coutume, menaçait l’intégrité de notre belle France républicaine. D’ailleurs cette Cour a clairement indiqué dans son jugement de ce matin : on peut interdire, même dans des cas où ce n’est pas vraiment prévu par la loi. C’est donc une « décision de résistance », comme l’a si bien dit un des avocats de la directrice de la crèche. Rappelez-moi qui avait parlé « d’Occupation » à propos des prières de rue ! En ce temps où les dinosaures existaient encore (2010), l’ensemble de la classe politique avait protesté.

Il faut donc, sans plus attendre, réduire au silence, un autre trublion gaucho-islamiste, Claude Askolovitch qui prétend que « Saint Baby-Loup » serait un « opium laïque »  et que « les histoires pieuses sont les plus cruelles, singulièrement quand on prétend à la laïcité » (1). Il faut dire que ce journaliste fait preuve d’une impertinence qui confine à la trahison. Il est allé enquêter sur place, alors que l’on parle tellement mieux de Baby-Loup quand on ne connaît l’affaire que par les seuls propos de la directrice et de ses amis.

Claude Askolovitch me semble ressembler à ce petit garçon qui s’entêtait à dire « le roi est nu » quand tout le monde louait la magnificence de ses vêtements. Il désenchante complètement les grands discours sacrés en montrant comment s’est faite la construction idéologique fabriquée autour de la crèche : « Les médias vont raconter un drame formaté aux peurs du pays. (…) Les journaux français sont, telle la presse de l’Ouest sauvage, dans L’Homme qui tua Liberty Valence de John Ford : quand l’idéologie est plus belle que la réalité, imprimons l’idéologie », érigeons sa directrice en « sainte et martyre (…) bataillant pour sauvegarder son œuvre ».

Le travail sur le terrain effectué par Claude Askolovitch indique que « l’histoire de Baby-Loup est grise et déprimante. Elle est beaucoup plus laïque, au vrai sens du terme, que la légende. L’islam y tient peu de place, la République aussi, sinon comme prétextes, clichés ou comme colifichets médiatiques. En réalité, il n’y a que des gens blessés. » C’est l’histoire d’un projet de crèche monté par des femmes « immigrées, musulmanes, maghrébines, peu formées, courageuses » qui ont vu, peu à peu, cette crèche devenir « une institution ambiguë, un peu étrangère » à leur projet de départ, prenant ses distances avec la cité.

Au terme de son  enquête, le journaliste conclut « Ainsi se cadenasse un pays ». Eh oui, nous ne sommes plus dans l’histoire pieuse. Le propos de Claude Askolovitch est même un tantinet blasphématoire. Espérons que, même si la loi française ne prévoit pas de délit de blasphème (sauf en Alsace-Moselle, naturellement), la Cour d’Appel de Paris va une fois de plus montrer son attachement à la Rrrrépublique en allant plus loin que la loi et en condamnant l’auteur de ce livre pour offense désacralisante. Avouez qu’il l’aurait mille fois mérité !     

(1) « Saint Baby-Loup (opium laïque) », chapitre 12 de Claude Askolovitch, Nos mal-aimés. Ces musulmans dont la France ne veut pas, Paris, Grasset, 2013, p. 176-191.

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