Nathalie Heinich, le bébé… et l’eau du bain: à propos de «ce que le militantisme fait à la recherche»

« C’est une nouvelle affaire Dreyfus » a déclaré, vendredi dernier, Nathalie Heinich à Nicolas Demorand, en présentant sa brochure « Ce que le militantisme fait à la recherche ». Bigre, la sociologue aurait-elle écrit un nouveau « J’accuse » ? En fait ce brûlot jette le bébé avec l’eau du bain. Si j’en parle c’est parce qu’il ne faut pas tomber dans un piège : ne pas renouveler l’eau du bain sous prétexte de prendre soin du bébé.

« C’est une nouvelle affaire Dreyfus » a déclaré, vendredi dernier, Nathalie Heinich à Nicolas Demorand estomaqué, en présentant sa brochure Ce que le militantisme fait à la recherche[1], à la « matinale » de France-Inter. Bigre, la sociologue aurait-elle écrit un nouveau « J’accuse » ? En fait ce brûlot jette le bébé avec l’eau du bain. Si j’en parle c’est parce qu’il ne faut pas tomber dans un piège : ne pas renouveler l’eau du bain sous prétexte de prendre soin du bébé !

Nathalie Heinich est une chercheuse connue pour de pertinents travaux sur la sociologie de l’art et de l’artiste. Elle a également rédigé un ouvrage fort intéressant, de portée générale : Des valeurs. Une approche sociologique (Gallimard, 2017) et un petit traité polémique, Le Bêtisier du sociologue (Klincksieck, 2009) dont les flèches visaient parfois justes, à d’autres moments tombaient à côté de la plaque, mais où elle avait au moins le mérite de s’amuser. L’humour est un outil de distanciation, l’indication que l’on ne prétend pas être propriétaire de la vérité. Aujourd’hui, tout recul ironique a disparu : si on se trouve dans une « nouvelle affaire Dreyfus », il n’est plus de saison !

Une fausse interprétation de Max Weber

J’ai un point commun important avec Nathalie Heinich. Comme elle, je considère, en effet, Max Weber, comme un maître en sociologie et j’estime que « l’impératif de la neutralité axiologique » constitue la caractéristique essentielle d’une approche valide des différentes disciplines des sciences sociales (au contraire d’une tradition sartrienne). Je suis d’autant plus consterné par la mésinterprétation qu’elle effectue de cet instrument fondamental.  Et, à partir de là, tout « dérive grave » chez elle, d’autant plus qu’elle se donne le droit de faire ce qu’elle prétend combattre chez autrui.

Heinrich définit la neutralité axiologique comme le fait de « s’abstenir de toute position ». Cette fausse interprétation est d’autant plus intéressante que, dès l’époque de Weber, un semblable contre-sens a été effectué. Or le sociologue l’a explicitement réfuté, dans ses écrits et son comportement professionnel[2].

Ainsi, attitude impensable si on adhère à la définition d’Heinich, Weber défend un anarchiste qui postulait à une chaire de droit, sidérant les ancêtres de la sociologue. Pour eux, on ne saurait enseigner le droit quand on nie sa légitimité même. ‘Vous n’avez rien compris à la neutralité axiologique’ leur rétorque alors (en substance) notre Max favori : c’est précisément parce qu’un anarchiste met en question cette légitimité, fondement implicite non contesté des études de droit, qu’il a toute sa place à l’université.

En effet, sa mise en cause lui permet de percevoir des aspects qui restent des angles morts lorsqu’on avalise, sans même s’en rendre compte, la validité du droit. C’est ce que Weber qualifie de « principe archimédéen » où cet anarchiste « se trouve placé en vertu de sa conviction objective ». Et le sociologue proteste également, de façon très énergique, contre le sort académique réservé au marxiste Georg Lukács.

On peut qualifier le raisonnement de Weber par une autre de ses notions : le « paradoxe des conséquences » : le militant peut en apprendre au scientifique sur les faces cachées de la réalité sociale. Il peut en savoir plus -et j’utilise à dessin le terme de « savoir » - que l’universitaire à partir du moment où ce dernier avalise, sans s’en rendre compte, des évidences communes.  « En effet, le doute le plus radical est le père de la connaissance » et « le “juste milieu” n’est pas le moins du monde une vérité plus scientifique que les idéaux les plus extrêmes des partis de droite ou de gauche. »  

Au contraire, selon Heinich, « Si l’engagement radical a du sens dans les régimes radicalement extrémistes », il en serait dépourvu « dans un régime démocratique » (et on verra, in fine, comment elle accepte de co-signer une motion comprenant de façon unanimiste, donc de fait totalitaire, ladite « démocratie »).

Quand des militantes avaient raison contre des universitaires…

 Aïe, aïe, aïe, ce refus de « l’engagement radical » ne saurait se montrer plus éloignée de Weber. Ce dernier montre l’aspect trompeur (pour la démarche scientifique) d’idéaux consensuels comme la médecine, et la technologie qui lui est liée. Ces dernières furent progressivement pratiquées comme « art », au cours du XIXe siècle, sans que leur validité puisse être critiquée : « Les valeurs qu’elles avaient à servir, la santé du malade, d’une part, et le perfectionnement d’un processus de production, de l’autre, sont devenues inébranlables pour chacune d’elles. »

 On le constate : chez Weber, la démarche scientifique en sciences sociales commence par la mise en cause du commun, du socialement évident. Cette distanciation préalable indispensable ne peut qu’apparaitre comme politique, militante. Et, de fait, ce sont souvent des militants qui s’effectuent les premiers.

Voici un exemple illustrant ce paradoxe des conséquences wébérien : qui avait scientifiquement raison, au début du XXe siècle : les historiens qui parlaient tout le temps, dans leurs cours et leurs ouvrages, de « suffrage universel » ou les féministes qui affirmaient que ce suffrage n’était que masculin ?

Et pourtant le faux propos des historiens s’imposait socialement comme « savant », neutre, et la parole militante semblait trop engagée pour être pertinente. Que d’injures n’a-t-on pas déversé sur les « suffragettes », important (déjà !) dans notre belle France une horrible idéologie anglo-saxonne ! D’ailleurs, elles n’étaient que des femmes, et il était socialement évident alors, de la gauche à la droite, qu’une femme se trouvait en manque de rationalité. Or ces femmes avaient « raison » (au double sens de ce terme) contre des universitaires patentés.

Heinrich n’a pas incorporé à son univers mental cette sorte de « paradoxe des conséquences » et  son texte confond abusivement le « juste milieu », le socialement raisonnable, le socialement évident et la démarche scientifique. Bien sûr, elle veut défendre « l’esprit critique qui permet de réfléchir sur les notions de sens commun et de les soumettre à l’examen rationnel ». Mais quelles sont ces notions ? On n’en saura rien : dans son texte, la sociologue est uniquement préoccupée, à pourfendre ce qu’elle nomme le « militantisme académique », en adoptant la méthode, vraiment peu rigoureuse, de la pêche à la ligne : « telle cette universitaire se présentant comme “chercheuse féministe” », …  « Telle également cette néo-féministe », … ou encore « une angliciste se définissant comme “afroféministe” », etc.

La réalité est prise comme un réservoir d’exemples pour illustrer une position a priori, ce qui est vraiment contraire à toute approche tant soit peu wébérienne, et correspond à ce qu’elle attaque chez ses adversaires. Par ailleurs, les faits et propos mis en cause sont vagues et quand elle précise un peu plus qui elle combat, le plus souvent, ce n’est pas rigoureux (j’y reviendrai).

Nathalie Heinich reproche à ceux qu’elle croit naïvement réfuter d’énoncer des truismes, de « découvrir la lune ». Or, outre que la partie, même visible, de la « lune » mérite d’être investiguée scientifiquement (et il en est de même de nouveaux champs comme les rapports entre les sexes, ou les discriminations, où elle fait comme si les choses étaient tellement évidentes qu’il n’y avait nul besoin de les étudier), que dire de sa  face cachée dont elle feint d’ignorer l’existence.

Le moment ou militance et recherche divergent….

Voilà pour le bébé, objet de maltraitance heinichènne. Mais, pour autant, ne tombons pas dans le piège de négliger l’eau du bain, qu’il faut périodiquement renouveler pour qu’elle ne devienne pas sale. Si la militance peut avoir, et a souvent, un impact heuristique sur la recherche, il advient un moment où les deux démarches divergent (sinon gare au dogmatisme). Une autre notion wébérienne rend compte de ce moment : celle de « faits désagréables » ou, selon une traduction plus récente, de « faits dérangeants ».  

Pour y voir clair, il est d’ailleurs opportun de contester, avec Isabelle Kalinowski[3], la traduction par Freund de Wertfreiheit par « neutralité axiologique », alors que Weber emploie dans un sens négatif les termes de neutral et Neutralität. Kalinowski propose de rendre compte de cette notion de  Wertfreiheit par l’expression de « non-imposition des valeurs ». Celle-ci est beaucoup plus pertinente car là où la route du militant et ou celle du chercheur se séparent, c’est quand le militant court-circuite ses analyses par ses jugements de valeur et ne rend plus compte de la complexité du réel, parce que celui-ci comporte des aspects dérangeants pour ses propres convictions de départ. Là, effectivement, le chercheur s’abêtit et, de plus, il loupe l’aspect le plus passionnant de la recherche : la lutte contre son propre cléricalisme.

Tout moralisme, toute attitude où l’on se veut dans le bon camp, tout comportement de « chevalier du bien » court le risque s’arranger la réalité selon son « idéal », de forcer les pièces du puzzle pour les obliger à s’emboiter. Tout militantisme court le risque d’absolutiser sa cause, d’avoir des œillères, de verser dans le substantialisme, d’essentialisme, de combattre ses adversaires en croyant (ne serait-ce qu’implicitement) que la fin justifie les moyens, et de confondre ce qu’on prétend servir avec ses propres limites, ses préjugés personnels (alors que, précisément, la recherche vaut les efforts que l’on y consent parce qu’elle vous aide à vous en libérer).

Se joint à cela souvent, il ne faut pas le cacher, de la paresse intellectuelle. L’intelligence demande un entrainement quotidien, comme le sport de haut niveau. Or, une fois qu’il a obtenu un poste, un chercheur au CNRS, un universitaire en est titulaire à vie. Heinich n’en dit rien mais, au risque de faire hurler tous les syndicalistes de mes deux, je trouve cette rente de situation problématique. Certes, la très grande majorité d’entre nous travaille, mais la titularisation devrait avoir comme contre-feu une notion consistante de « faute professionnelle ». Or, si vous ne tuez pas père et mère, et encore, il faut que ce soit sur votre lieu professionnel… Sur ce point, je donne raison à ma collègue, quand elle indique que chercheurs et universitaires sont payés sur argent public, et qu’ils doivent en être comptables.

Goûter l’alouette cachée derrière le cheval

De façon plus générale, quand Heinich s’oppose au « Ce n’est pas vrai parce que ce n’est pas bien », elle a raison, encore plus qu’elle ne le croit puisque, malheureusement, comme nous allons le voir, ses ami.e.s et elle-même, manient allègrement le boomerang.

Mais si on enlève le cheval de mauvaise foi (ou de naïveté, je ne sais) dont elle fait preuve, il est possible de déguster l’alouette qui reste dans son propos : le refus de concepts qui se « réduisent à l’état de couteaux suisses ». Autant les notions de « domination » et de « pouvoir » peuvent être d’utiles instrument d’analyse, autant je suis d’accord avec elle qu’ils ne doivent pas écraser sous leur « fausse évidence bien d’autres façons d’appréhender les dissymétries -violence, contrainte, emprise, puissance, autorité, influence, fascination, charisme, capacité d’action… ». De plus, effectivement, le but d’un chercheur ne me semble pas être de produire des »études geignardes », mais des études critique ce qui est structurellement différent.

Encore une fois, la très grande majorité des collègues respectent la tension (qui, je viens de le montrer, peut être créatrice) entre militance et recherche. Malheureusement, et cette analyse  manque totalement chez Heinich, la société du scoop, de l’info « sexy », du « bon client médiatique » met ceux qui dérapent, à droite et aussi, je n’ai aucun problème à l’affirmer, à gauche (chaque fois que l’on surdétermine le scientifique par le politique, écrasant tout « fait dérangeant »), sur le devant de la scène. Du coup, que peuvent penser ceux qui ne connaissent pas de l’intérieur l’univers des sciences sociales ? Cette image défigurée est inquiétante. Et, même si on ne peut avoir l’illusion qu’une attitude scientifique exemplaire nous épargnera des attaques injustifiées, il faut toujours faire plus d’efforts pour s’en approcher, ne serait-ce parce que tel devrait être le véritable « sport de combat » du chercheur.    

Manier un boomerang est tout un art et Heinich a des progrès à faire…

Donc, il ne faut surtout pas se laisser enferrer dans un jeu de sœurs et frères ennemi.e.s, même si, naturellement, on ne peut laisser sans réponse des attaques injustifiées.  Dilemme difficile ! Car Heinich participe à une entreprise qui, quoiqu’elle en dise, est belle et bien « néo-maccarthyste ».

D’abord, elle semble ignorer qu’elle manie un boomerang et qu’il est très dévastateur, pour elle, de lui appliquer les règles méthodologiques qu’elle énonce comme indispensables.

Pour faire court, un exemple probant suffira. Son « tract » a-t-il une cohérence interne ? Que nenni ! Après avoir donné sa définition (fausse, nous l’avons vu) de la neutralité axiologique (« s’abstenir de toute position »), elle précise tout de suite : « cette exigence ne s’applique que dans le cadre des fonctions d’enseignement et de recherche : pour le reste, rien n’interdit à l’universitaire d’avoir ses opinions et de les exprimer, à condition que pour cela il quitte ‘la chaire d’une salle de cours’, comme disait Weber, et qu’il sorte dans la rue et parle en public’ ».

Or, que fait-elle ensuite ? Hyper naïvement, elle croit flinguer Michel Wieviorka, Sandra Laugier, Ludivine Bantigny et Patrick Boucheron, parce qu’ils auraient émis des opinions qui lui déplaisent dans des articles ou des entretiens publiés par Libération, L’Express, Le Monde, c’est-à-dire pour des prises de positions tenues dans l’agora, ce qu’elle a, elle-même, affirmé comme totalement légitime ! Elle se garde bien de citer leurs livres (aucune étude de ces auteurs n’est tant soit peu analysée !) qui, pourtant, tout autant que les siens, mettent en œuvre des critères d’objectivation et apportent du neuf.

En outre, ces citations -toujours extrêmement courtes, comportent beaucoup de mauvaise foi.

Le plus souvent elles font moins d’une ligne, et sont détachées de tout contexte alors même que l’autrice fait (à juste titre) de la prise en considération du contexte le b.a.ba de la démarche universitaire. Prenons, c’est mon jour de gentillesse !, la plus longue (4 lignes ½) de ces citations : Heinich prétend que Wieviorka « justifie » les réunions « en non-mixité » parfois pratiquées au sein de l’UNEF. La lecture du texte fustigé montre simplement que le sociologue récuse une diabolisation  idéologique, montre qu’il existe maintes situations analogues (l’analogie conjuguant ressemblances et différences) tout en prenant nettement ses distances et en  avertissant sur ses risques  (« dangereuse dérive séparatiste », « racialisation de la vie collective », etc). D’ailleurs, il suffit de lire son titre : « Aucun démocrate ne peut accepter la séparation durable des “non racisés” et des “racisés”» (Libération, 23 mars 2021) pour montrer que le verbe « justifier » est totalement falsificateur. Toujours la méthode (abêtissante et non scientifique) de la pêche à la ligne !

De l’inaptitude scientifique de votre serviteur, suite à avoir « refusé » un vote unanime

Ensuite, Nathalie Heinich a co-signé une tribune honteuse, publiée par Marianne, attaquant l’ouvrage de Wieviorka Racisme, antisémitisme, antiracisme[4], dont j’ai rendu compte dans ma note précédente. Etant tellement l’exact inverse de ce qu’Heinich prône dans sa brochure, ce torchon ne mériterait que le mépris. Sauf qu’il est très intéressant comme objet d’étude. Car, à mon sens, c’est précisément le fait que Wieviorka fait du « Weber », en triant entre la manière dont la contestation militante peut mettre à jour des impensés sociaux (et, à ce titre, se montrer heuristique) et les risques pour la militance de devenir un nouveau dogmatisme, une sorte de terrorisme intellectuel en refusant le nécessaire débat essentiel à toute recherche (on n’ est jamais complètement scientifique à soi tout seul) qui a déchaîné la fureur de ces nouveaux inquisiteurs. Cette motion est très signifiante, mais c’est à l’insu de son plein gré !

D’autre part, cette tribune me fait l’honneur (involontaire certes, mais d’autant plus goûteux !) de m’attaquer également. A en croire les auteurs, je serais « acquis au port du voile ». C’est vraiment bien mal me connaitre : je préfère le port du string (aîe, aïe, aïe, là  j’aggrave ma situation :  ce sont, en plus, des féministes dogmatiques qui vont me tomber dessus ! Je téléphone, derechef à Darmanin, pour réclamer une protection policière !). Mais oui, ne vous en déplaise, malgré cette position personnelle, je défends la possibilité d’un tel choix (« le port du voile »), quand il est fait librement (c’est-à-dire : ni plus ni moins librement que tous nos différents actes).

D’autre part, et c’est un beau bouquet, selon la motion, il ne serait pas pertinent que je figure au jury d’une soutenance de thèse, étant donné que j’ai été « le seul membre de la Commission Stasi à avoir refusé de voter pour la loi de 2004 » (blasphème dans l’unanimité obligatoire en démocratie ? Quand je vous disais que cela fleurait bon le totalitarisme !). Mes trois doctorat, comptent, eux, pour du beurre !  

Je défie Natalie Heinich de m’expliquer comment elle peut co-signer un texte aussi stupide, après nous avoir doctement déclaré que « cette exigence [de neutralité axiologique] ne s’applique que dans le cadre des fonctions d’enseignement et de recherche : pour le reste, rien n’interdit à l’universitaire d’avoir ses opinions et de les exprimer, à condition que pour cela il quitte « la chaire d’une salle de cours, comme disait Weber, et qu’il sorte dans la rue et parle en public ». Et puisque les troquets sont maintenant ouverts, elle me doit un pot à cette fin ! Se dégonflera-t-elle, ou pas ?

[1] 45 p. Gallimard, Coll. Tracts.

[2] Cf. M. Weber, Essais sur la théorie de la science (traduction et introduction de J. Freund), Plon, 1965, et La science, profession et vocation (qui recoupe en partie la première étude mais avec une meilleure traduction et un meilleur commentaire par I. Kalinowski), Agone, 2005.

[3] Opus cité

[4] 2021, La boite à Pandore.

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