D'images le monde - Chapitre 1 - Jean Douchet l'arpenteur de ciné-club

Jean Douchet l'arpenteur de ciné-club - Pour une fonction du cinéma, au présent et dans le monde - Le 22 novembre dernier, Jean Douchet, inlassable passeur de cinéma, infatigable arpenteur de ciné-club, disparaissait. Avec lui s'est éteinte une parole porteuse de sagesse, simple et méthodique, qui révélait au présent l'essence même du cinéma. Une parole dont il nous faut garder le souvenir.

« Ce que Langlois nous a permis de comprendre, c’est l’évolution même du cinéma, et que le cinéma n’était pas du tout ce qu’on voulait en faire jusqu’alors, et que l’art du cinéma c’était quelque chose qu’il fallait conquérir et qu’il fallait montrer. Et la Nouvelle Vague c’est au fond cela : regarder le cinéma, et trouver la fonction même du cinéma, et de l’art cinématographique. Et cela a duré de 1950 à 1960, après ça a été la Nouvelle Vague, et après, en effet, un nouveau cinéma qui arrive, une nouvelle écriture, et une nouvelle pensée même de la dramaturgie. Et alors là c’est vraiment mondial : une dramaturgie qui n’est plus orientée sur la conquête du futur, mais au contraire sur la présence du présent : c’est maintenant, maintenant, maintenant. Donc on n’a plus à faire des histoires qui vont vers une fin qui conclue la chose, une fin évidemment heureuse, un happy end, mais on est obligé de prendre le monde tel qu’il est. Et en particulier, celui qui nous a véritablement influencés, marqués profondément, c’est Rossellini. »

(Jean Douchet, transcription – par l’auteur – d’un entretien avec Laure Adler, « L’Heure bleue », France Inter, 30 janvier 2018)

 

Je reprends le fil, la bobine de l’écriture, et celle du cinéma puisque c’est tout un, en apprenant la mort de Jean Douchet. Au fur et à mesure que la bobine du haut se déroulait, que défilait, image par image, le film projeté, que l’illusion du mouvement, espace et temps inextricables, s’attardait sur l’écran, aussi sûrement, au fil du temps, s’enroulait la bobine du bas. Et tandis que la lumière se déposait vivante, témoignage de l’éphémère, la parole autour d’elle s’enroulait, éternelle.

 

Et Jean Douchet allait, de salle en salle, lançant aux spectateurs après la projection sa formule socratique : « maintenant, je vous écoute. » L'un de nous levait la main, osait une remarque. Bientôt en réponse, prenant tout son temps, plus tranquille que traînante, la parole amoureuse de Douchet s’élevait, nasale mais profonde, s’accompagnant comme à plaisir d’un léger petit charme d’élocution, comme un tranquille ronflement, en fin de mot, en fin de période, au terme d’une idée, ou simplement quand un « r » voulait sonner, rouler un peu plus qu’un autre. Mais au lieu de rouler, il accrochait, guttural.

Et placide, sans nulle hâte, mais avec quel plaisir, un plaisir constamment renouvelé, presque toujours nouveau, et tout juste advenu, Jean Douchet se mettait à penser une définition du cinéma, une définition de la mise en scène. Il pensait, et pensait avec nous, spectateurs du film, dans une démarche dont nous pouvions nous demander si elle était véritablement socratique. En fait, et comme pour le penseur grec, tout dépendait de nous, spectateurs, public, participants, de notre parole, comme de notre écoute. De notre plaisir. Mais parole socratique, oui, sans doute, car parole qui invente, ou réinvente, peu importe, qui crée, qui monte, qui associe, définit, redéfinit, tout de suite, ici, maintenant, dans l’imminence de l’idée, mais sans urgence aucune, non, sans nulle hâte. Que ce qui sera dit le soit bien : parole lourde d’amour, et de présence. Il avait depuis longtemps énoncé que cette parole était un art : l’art d’aimer. C’est sans doute dans cette définition toute personnelle, intime, de sa propre inlassable pratique critique, mais également de la critique de cinéma en général, que l’on trouverait une très bonne raison pour laquelle l’arpenteur de ciné-club n’a jamais vraiment produit d’œuvre de cinéma, mais seulement quelques objets filmiques épars, en dilettante ; en dilettante précis, choisi, maître de son art, mais en dilettante tout de même. Il était l’éternel amant du cinéma.

Il est une autre raison, plus profonde, plus véritable, plus décidée, pour laquelle Jean Douchet a choisi de se consacrer au métier de critique, ou plutôt, au métier de passeur. Passeur : un mot, une fonction, définis et revendiqués par le critique Serge Daney, qui pourtant à la fin de sa vie, au début des années quatre-vingt-dix, ne croyait plus beaucoup à la réalité de cette mission de passeur, contrairement à Douchet qui toute sa vie a fait ce métier très concrètement, directement, auprès de milliers de spectateurs. Cette deuxième raison, notre lecteur la trouvera exprimée par le maître lui-même, dans son célèbre article « L’Art d’aimer », dont nous citons deux paragraphes un peu plus loin. Mais commençons par ces quelques phrases qui expliquent le rôle essentiel du passeur dans la réception d’un art, un passeur dont la fonction reconnue dans la société est celle de critique, mais que Douchet préfère désigner sous le mot plus chaleureux d’amateur.

« C’est que l’art a un besoin vital de la critique. Sans elle, il ne peut exister. (…) une œuvre d’art se meurt, tant que ne se déclenche pas, par son intermédiaire, un contact entre deux sensibilités, celle de l’artiste qui a conçu l’œuvre et celle de l’amateur qui l’apprécie. Le fait même de ressentir profondément une œuvre, puis de propager son enthousiasme constitue une action critique, même si elle n’est qu’orale. Un seul amateur suffit à restituer leur vraie valeur aux œuvres ignorées, comme aux artistes oubliés. »

(Jean Douchet, « L’art d’aimer », in Cahiers du Cinéma n°126, décembre 1961, page 33)

 

Reprendre le fil de l’écriture, pour moi, ce soir, ne va pas tout à fait de soi. Le verbe achoppe, doute, ne cesse de revenir sur lui-même. Pour Douchet, au contraire, il existait une écriture proprement cinématographique, qui chez les grands cinéastes allait simplement d’elle-même, limpide, éloquente, et qu’il suffisait de suivre. C’était une conception de la mise en scène née dans les années cinquante, sous la plume des jeunes turcs des Cahiers jaunes, dont Douchet avait fait partie dès le début. « La mise en scène comme langage », disait Michel Mourlet. La « morale affaire de travellings » de Rivette et Godard ne dit pas autre chose. La vérité, la leçon d’un film est dans sa mise en scène, ou dans ce que Douchet nommait son écriture cinématographique. Est-ce que cette conception aurait dû s’arrêter au cinéma classique ? Certainement pas. C’est pourquoi du reste Douchet disait « écriture », et non pas « mise en scène ». L’écriture, pour lui, était un système plus large que la seule mise en scène, fût-elle de cinéma. L’écriture, c’était une interaction, une alchimie entre les mots, en voix-off, en dialogue, ou bien encore écrits sur l’écran, entre les raccords, les choix de montage, les motifs de l’œuvre, la dramaturgie, les choix de cadre, de découpage, de raccords, et bien sûr, la mise en scène proprement dite, cette mise en scène si originale du cinématographe, dans laquelle l’œil du spectateur trouve toujours sa place. Dans le cinéma classique, la grande mise en scène est entièrement organisée pour cet œil, pour ce regard choisi entre tous. Dès l’après-guerre, cela devient plus subtil, variable, labile. C’est pourquoi Jean Douchet croyait à la transmission, au nécessaire apprentissage du voir, du voir en cinéma. C’est pourquoi il professait cet art, l’art de l’organisation d’une forme (langage, écriture, mise en scène…) pour le regard du spectateur, à la FEMIS, à de futurs cinéastes.

 

Beaucoup de voix, dont celle de Daney lui-même, pourtant reconnaissant à Douchet – avec une fraternité définitive, bien davantage que par sentiment de filiation –, de lui avoir ouvert la porte des Cahiers du cinéma, beaucoup de voix, dont une petite voix en moi, soufflent : Douchet, c’est le plaisir du cinéma classique. C’est au fil des ans, de sa croisade inlassable, de salle en salle, particulièrement celles de la cinémathèque, et avec la patine du temps, l’accomplissement parfait d’une méthode désuète, celle qui consistait à considérer le cinéma comme un système de signes magnifiques disposés dans l’espace et dans le temps, qui ne demandent plus qu’à être reçus, compris, et qui d’eux-mêmes nous transmettent une morale, un savoir sur le monde, ou encore, dit autrement, la conception suivante : « le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ». La phrase, fameuse, du début du Mépris, que Godard attribue malicieusement à Bazin, est de Michel Mourlet, critique aux Cahiers jaunes lui aussi, ainsi qu’à Présence du cinéma, exégète non moins essentiel que les précédents au regard de l’Histoire des formes cinématographiques, et auteur d’une autre formule non moins définitive, et pourtant obsolète : « la mise en scène comme langage ».

 

Devant un film de Hawks ou de Chaplin, c’est une évidence : la mise en scène est un langage. Langage transparent, limpide. Mais j’ai ce bizarre sentiment que Douchet, qui pourtant n’a jamais cessé de délimiter, sinon de limiter sa relation avec le cinéma au plaisir qu’il lui procurait, nous enseigne bien davantage. De l’hédonisme à l’épicurisme : Douchet, ne serait-ce vraiment que cela ? Le cinéma comme jouissance de l’œil ? Le cinéma comme expression toute puissante d’une morale du monde ? Définitive ? Absolue, et en un mot : classique ? Jean Douchet insistait encore ces dernières années, plus que jamais, sur cette jouissance qui était la sienne, jouissance des images animées, plaisir ouvertement « pervers », c’était son mot. Plaisir pourtant innocent, qui ne concernait que son propre rapport, intime, aux images. Par ailleurs plaisir généreux, qui quêtait sans cesse la parole, l’échange, la transmission, et avant tout : « le plaisir de l’autre » (voir l’entretien avec Laure Adler, « L’Heure bleue », France Inter, 30 janvier 2018, toujours en écoute à l’adresse https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-30-janvier-2018).

 

La position de Douchet dans l’Histoire de la critique de cinéma, la pensée de Douchet, l’idée de sa mort m’accompagnent depuis un peu plus d’un mois, depuis le 22 novembre dernier. Suis-je en deuil ? Et si je le suis : de quoi suis-je en deuil ? Il est tentant de répondre, directement, à la question. Je ne le ferai pas. Douchet, je le crois, nous aidait, nous aide avant tout à définir, à circonscrire ce qui fait l’essence du cinéma. Cette question d’essence me turlupine depuis un bout de temps. Qu’est-ce qui s’est évaporé de cette essence ? Tout, ou partie ?

 

Si aujourd’hui la substance des images, de toutes les images quelles qu’elles soient, n’a plus rien à voir avec la substance des images du cinématographe, il ne fait pas de doute que des traces du cinéma demeurent dans certaines images du jour, et dans notre monde contemporain. Ce sont ces traces, subtiles, fugaces, ou bien souvent trompeuses, dont l’auteur de ces lignes entend faire désormais, au quotidien, à tout le moins sur un rythme hebdomadaire, la chronique.

 

« Toute critique qui ne tente, malgré l’échec quasi assuré de l’entreprise, de pénétrer au cœur de l’imagination artistique à travers l’œuvre dont elle rend compte, me semble vaine. Exercice dégradant, si elle n’est un acte d’amour ; elle se doit de remonter de l’objet admiré à l’idée qui l’a créé.

Aussi la critique ne peut-elle se passer de l’étude thématique d’un auteur. Faute de quoi, elle se condamne au silence. »

(Jean Douchet, « L’étrange obsession », article consacré au film Le Diabolique Docteur Mabuse de Fritz Lang, in Cahiers du Cinéma n° 122, août 1961, page 49)

 

Douchet et le devenir des images. Douchet et la modernité. Questions qui semblent se poser à moi. Douchet et une certaine pratique, classique, de la critique.

« La critique est l’art d’aimer. Elle est le fruit d’une passion qui ne se laisse pas dévorer par elle-même, mais aspire au contrôle d’une vigilante lucidité. Elle consiste en une recherche inlassable de l’harmonie à l’intérieur du couple passion-lucidité. Que l’un des deux termes l’emporte sur l’autre, et la critique perd une grande part de sa valeur. Encore faut-il qu’elle possède ces deux moteurs. Il est évident que n’entre pas dans son propos d’entretenir le lecteur de ces papotages si répandus dans tant de gazettes. Ils n’ont de critiques que le nom et, dégradant le mot, avilissent la fonction et abaissent ceux qui la pratiquent. Considérer le cinéma (puisque c’est de cet art que nous parlons) comme un sujet de conversation et seulement comme tel, me semble inqualifiable. L’envisager uniquement comme un objet d’intérêt personnel (gagne-pain, occasion de se faire un nom et d’arriver, possibilité de vendre un scénario ou de se vendre), ou l’utiliser pour mener un combat idéologique, politique, religieux, qui lui est étranger, bref, gonfler son moi ou une cause, fût-elle la plus noble, fût-ce même l’objection de conscience, au détriment du cinéma, trahit une malhonnêteté intellectuelle foncière. L’art exige de la critique qu’elle le serve et non qu’elle s’en serve. »

(Jean Douchet, « L’art d’aimer », in Cahiers du Cinéma n°126, décembre 1961, page 33)

 

En effet, la parole de Jean Douchet incarnait à mes yeux la vie même du cinéma, la possibilité de son existence, ou encore : sa définition toujours refondée, sa fonction même toujours redéfinie, questionnée, cherchée, au présent, ici, maintenant, pour être enfin, ici même, pour la millième fois, retrouvée. Le désir premier, l’urgence première, seraient donc avant tout cela : garder intact, présent, le souvenir de la parole de Douchet, pour continuer, parmi le flot déchaîné de toutes les errances des images du jour, à se repérer, pour que le cinéma, cet art du vingtième siècle (Godard l’assigne carrément au dix-neuvième), n’ait pas existé tout à fait pour rien.

C’est qu’en effet, au-delà des changements de régime, de nature, de technique, de substance, qu’a connus le cinéma depuis la Libération, il est une constante qui peut, qui devrait peut-être, nous servir de boussole : c’est celle de la forme. Or le cinéma connaît autant d’accomplissements formels que l’on peut dénombrer de grands, de vrais cinéastes dans sa courte Histoire. Mais cette forme, quelle qu’elle soit, est née d’une exigence : exigence d’une conscience et d’un rapport au monde.

 

Douchet, encore, dans « L’Art d’aimer » :

« [La critique] se trouve au principe même de l’activité artistique. « Tout art doit critiquer quelque chose », dit Fritz Lang. C’est que l’artiste occupe, face au monde, la même position que l’amateur face à son œuvre.

Il ne ressent pas, en effet, le monde autrement que comme une œuvre, qu’elle soit le produit de la nature ou celui de l’homme. Il ne peut même pas échapper aux différentes explications de cette œuvre (le monde) par des systèmes cosmogoniques, philosophiques, ou religieux, qui traduisent, aux étapes successives de l’humanité, des moments d’une conscience et d’une sensibilité collective. Comment la sensibilité de l’artiste, dont la raison d’être est d’exprimer le rapport de son moi avec le monde et qui reçoit jusqu’au plus profond de son être les impressions extérieures, pourrait-elle éviter une mise en question et du monde et de son moi et de ses impressions, puisque concevoir une forme constitue justement un acte d’accord ou de refus ? Pour l’artiste, créer une forme, c’est faire passer le tout sensible, conscient et inconscient, d’un sujet réceptif (lui-même) dans un objet (l’œuvre). Par un mouvement dialectique plus senti que réfléchi (bien que chez les très grands, les deux aillent de pair), il lui faut considérer tantôt le sujet et passer au crible les sensations qu’il désire transmettre, c’est-à-dire se critiquer, tantôt l’objet et examiner la qualité de sa perception et de son rendu. C’est la méthode sensible de la connaissance qui se résout dans et par la forme. »

(Jean Douchet, « L’art d’aimer », in Cahiers du Cinéma n°126, décembre 1961, page 34)

 

Le monde, vaste, confus, insaisissable, rendu préhensible au spectateur à travers le prisme d’une conscience, qui s’incarne elle-même dans une forme, dans une écriture cinématographique. Douchet l’arpenteur de ciné-club s’est toujours montré absolument fidèle aux propos qui précèdent, ne se lassant jamais d’en faire la démonstration improvisée, à chaque œuvre montrée, projetée, puis discutée avec les spectateurs présents dans la salle.

 

Forme (de l’œuvre) et conscience (du monde) : l’une ne peut aller sans l’autre. La forme est garante de la conscience. Et vice-versa. Si le cinéma n’a jamais vraiment été un langage, tout film, et chaque grand film en particulier, constitue en revanche un système à part, une mise en signes, mise en espace, et dans les limites fondatrices de la temporalité relative à l’œuvre, mise en scène du monde par le regard. L’expression mise en scène, dans une nouvelle approche, résolument contemporaine, incertaine, des images du jour, serait à prendre dans un sens plus large, de : comment le monde nous est-il montré ? Bien souvent, alors, on se rendra compte qu’il est montré n’importe comment, et c’est alors que le souvenir de l’essence même du cinéma, pourra peut-être, c’est notre espoir, conférer à cet art une fonction toujours actuelle. Pour Godard, le cinéma, c’est la pensée du monde. Il ne manque que d’y ajouter : penser les images du monde. Ou bien encore : penser un monde d’images.

Douchet, encore : « au-delà de l’artiste, la critique vise à comprendre et même à expliquer l’art. (…) Pour peu qu’elle ait l’impression que l’artiste veut lui imposer la survie de sa sensibilité par des effets déformants, contraires à la nature de son art, sa propre sensibilité se cabre et rejette l’œuvre. » (ibid., p. 36)

Quelle est la véritable nature du cinéma ? Quelles images ressortissent de l’essence du cinéma ? Lesquelles, au contraire, ne sont pas du cinéma ? Comment en juger ? Comment légitimer, fonder, un tel jugement ? L’enjeu n’est pas de décerner des palmes, des prix, des bons ou des mauvais points. L’enjeu n’est pas celui d’un jugement de valeur. Il s’agit avant tout de se repérer dans un monde d’images incessantes, incessamment mouvantes, de toutes substances, de tous régimes, venant de partout, et regardant tous azimuts. Dans cette quête, le cinéma, et le souvenir de la parole de Jean Douchet, nous guideront peut-être.

 

Jean-Charles Villata – janvier 2020

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