Proposition faite à Gérard Collomb pour améliorer le benchmarking des migrants

La phrase du ministre de l’Intérieur à propos des migrants qui font du benchmarking ont soulevé des protestations et dans les rangs de ceux qui soutiennent ce gouvernement des réactions embarrassés. C’est dommage, car l'Union européenne et les États de l'UE auraient tout à gagner à perfectionner cette pratique rationnelle.

Proposition faite à Gérard Collomb pour améliorer le benchmarking des migrants: l’organiser!

 

La phrase du ministre de l’Intérieur à propos des migrants qui font du benchmarking ont soulevé des protestations et dans les rangs de ceux qui soutiennent ce gouvernement des réactions embarrassés.

C’est dommage, on devrait plutôt le remercier, lui et sa collègue qui n’avait parlé que du shopping auquel se livrent les migrants en France. En effet grâce à ces propos, ils nous permettent de savoir ce qui se dit, ce qui passe pour de bons mots, quel est le niveau de cynisme dans les sphères de ceux qui nous gouvernent et s’expriment au nom du peuple. En parlant de benchmarking M. Collomb a fait mieux, beaucoup mieux que lorsqu’il s’est laissé aller à invoquer une situation apocalyptique dans certaines régions du fait de l’afflux de réfugiés. Dans ce cas, il n’a fait que jouer au petit répétiteur du FN. Avec benchmarking il s’est élevé d’un coup au niveau des élites des écoles de commerce: benchmarking, ou cette pratique qui consiste à comparer les avantages compétitifs des produits, mais surtout des services et, derrière, des individus ou des collectivités, benchmarking fait sérieux, c’est objectif, c’est rationnel, c’est utile. 

Mais tout à sa volonté de faire un bon mot, M. Collomb s’est laissé débordé par les significations du mot et ses implications. Supposons que « les » migrants fassent du benchmarking, — supposition difficile à admettre quand même, car il faut imaginer des gens emportant dans leurs maigres affaires des documents dont ils n’oublient pas de cocher les rubriques des services rencontrés, dressent des tableaux et des graphiques comparatifs, les modifiant suivant le nombre des services rencontrés et, surtout, les envoyant à leurs collègues et recevant en retour les leurs. Mais supposons quand même. M. Collomb et Cie ne devraient pas s’en offusquer, car ils ont, avec cette pratique qui touche même des migrants, des exilés, des sans patrie, une preuve vivante de la force de l’idéologue du néo libéralisme. Voilà des gens qui dans le plus grand désarroi, vivant des tragédies inimaginables pour nous, même si parmi nous beaucoup ont leur lot de souffrances et de mépris, ont la ressource d’introduire de la rationalité économique dans leur démarche! M. Collomb et Cie devraient se réjouir: ces personnes sont déjà intégrées à notre système de valeurs avant même d’avoir demandé des papiers. Quant à ceux qui veulent s'installer précisément en France, le gouvernement tout entier et le Président de la République devraient leu être reconnaissants que notre pays ait passé avec succès l’épreuve du benchmarking, quand c’est le cas, mais nous ne le savons pas, puisque les services de M. Collomb n’ont pas publié les résultats des récents benchmarking.

La polémique qui a suivi ces propos a malheureusement empêché une réflexion sur l’amélioration souhaitable du benchmarking par ces populations. Voici une bien modeste proposition pour aller dans ce sens. Il faudrait que le gouvernement français propose à tous les États de l’UE de mettre au point un document qui faciliterait le benchmarking  par les néo arrivants et l’exploitation de ses résultats par les États. Ceux-ci, poussés par une saine émulation, sauraient avec précision sur quel service faire porter leurs efforts pour rendre la vie encore plus impossible à ces gens-là, pour les dégoûter de venir chercher une vie meilleure chez nous (« Étrangers, allez voir ailleurs, passez votre chemin, vous n’êtes pas les bien venus! »): lois et règlements, attitudes des douaniers, gendarmes, policiers, recours à des bandes privées d’extrême-droite pour faire le travail des autorités légitimes, petites persécutions et grandes humiliations, acharnement contre les individus et les associations qui prennent, étourdiment, au sérieux des principes inscrits dans les textes de notre civilisation, etc. Bien entendu ce document devrait être rédigé dans les différentes langues que parlent ces migrants qu’on aura transformés en petits enquêteurs de terrain. Il est à parier que, tout calcul du rapport des avantages et des dépenses fait, l’organisation du benchmarking ainsi proposée sera profitable à tous (« gagnant-gagnant »): les États auront un document fiable puisqu’il aura été élaboré par les premiers intéressés et ceux-ci sauront une bonne fois pour toutes et avec la certitude empirique, qu’il vaut mieux qu’ils crèvent sur place plutôt que de tenter leurs chances dans un continent où les Orban se livrent une concurrence sans pitié pour les rester dans leur enfer.

Si M. Collomb ne s’engage pas suer cette voie audacieuse, il devra se contenter d’être déjà inscrit au tableau d’infamie des nombreux ministres de l’Intérieur, depuis Jules Moch jusqu’à Bernard Cazeneuve.

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