L'intervention militaire israélienne contre le Hamas sur Gaza dure depuis presque un mois. Depuis le 7 octobre, on a assisté à la formation de deux "camps": ceux qui soutiennent "le droit indéfectible d'Israël à assurer sa défense" et ceux qui soutiennent la légitime résistance des Palestiniens contre la situation qui leur est faite: subir un tort immense depuis soixante cinq ans, subir une occupation militaire illégale et la colonisation de leurs terres et quartiers. En soi chaque camp a raison. La parole est congelée: être pour l'un c'est être contre l'autre et réciproquement. La parole publique en France s'est épuisée en chicanes sémantiques: terrorisme, génocide, résistance ont donné lieu à des batailles futiles. Les accusations souvent infâmantes ont fusé en tous sens, plus contre la LFI ou des groupes courageux qui refusent de bénir l'action d'Israël, que contre les soutiens de la politique de Netanyahou protégés par le risque d'une campagne dénonçant l'antisémitisme. Ne parlons pas de la lamentable et stupide annulation de la parole prévue de Judith Butler à Paris par la Mairie: une Juive qui condamne la politique d'Israël contre les Palestiniens, qui veut la paix et/dans la justice, pensez donc, c'est trop compliqué pour Mmes Hidalgo, Filipetti et M. Lacombe.
En attendant les Gazaouis meurent sous nos yeux. Notre pays ne peut pas contribuer à mettre fin à cette tragédie, le président Macron porter enfin une parole courageuse et responsable, si l'opinion de son pays reste prise dans un "campisme" désastreux. Vouloir défaire ce "campisme" est peut-être une tentative désespérée. Essayons quand même.
Admettons au minimum ces points qui sont hors contestation et qui dessinent un moment d'absolu mal: (a) le 7 octobre eurent lieu des assassinats abominables et des cruautés sexuelles commis par des commandos du Hamas sur des civils israéliens ou juifs étrangers, vivant sur la bordure de Gaza // (b) En représailles le gouvernement israélien a lancé une attaque militaire sur l'enclave de Gaza afin de détruire le Hamas // (c) A commencé une opération militaire violente et sanglante qui, combinée avec un blocus, a entrepris de détruire des quartiers entiers avec leurs bâtiments comme des hôpitaux, des écoles, des centres culturels, et de tuer des habitants // (d) Après une trêve ayant permis la libération de certains otages, la destruction de Gaza a repris.
Sur chacun de ces points se sont développés de légitimes disputes résultant de la volonté de comprendre, de rendre compte, et pour certains de minimiser le mal commis: par exemple, Israël est-il en train de commettre un génocide? Les chiffres des morts sont connus, certains sont à préciser, et, bien sûr, donnent lieu à contestation. En attendant les Gazaouis meurent sous nos yeux.
Les Gazaouis meurent sous nos yeux, des Israéliens également. Et nous ne voyons pas la fin de ce désastre.
Il serait peut-être intéressant de parler de ce qui se passe autrement, par exemple en se livrant à un bilan: qu'est-ce que le 7 octobre a produit, qu'est-ce que la guerre contre Gaza a produit? On demandera alors à chacun des deux camps s'il est d'accord avec ça. Et si, comme un sens élémentaire de la décence politique nous enjoint de le croire, personne n'est d'accord avec ça, nous sommes en définitive pour toutes les victimes que nous savons être égales et nous sommes pour une paix juste. Laissant aux spécialistes, aux dirigeants, le soin de la mettre en musique. Au moins les médias et les responsables politiques irresponsables sauront dans quelle direction mène leurs efforts d'information etg constitution de l'opinion.
Au demeurant ce bilan est aisé à faire, indépendamment du "camp" auquel on appartient et on peut le présenter comme des questions dont les réponses song évidentes :
(a') le 7 octobre a-t-il contribué à la solution de la question Palestine/Israël? A-t-il freiné les agissements criminels de groupes de colons racistes dans la Cisjordanie illégalement occupée? A-t-il sorti "la communauté internationale" de sa pusillanimité ? A-t-il rendu la vie des Gazaouis meilleure et augmenté leurs raisons de croire en un monde meilleur?
(b') Israël a-t-il détruit le Hamas? Si oui, combien, de quelles fractions? Quel rôle jouent les fameux tunnels de Gaza dans l'agir militaire du Hamas?
(c') pourquoi Israël continue-t-il la guerre de Gaza? Rappelons-nous que bombarder = détruire + tuer. Si Israël a des projets sur Gaza et sur sa population décimée, pourquoi puisqu'il est dans son "bon droit" (a) ne le dit-il pas? Le bilan de (c) est-il d'exterminer le Hamas ou autre chose?
(d') qu'est-ce qui justifie la reprise de la guerre?
On demande aux soutiens inconditionnels d'Israël, aux groupes racistes, fascisants, suprématies juifs de France, à ceux qui instrumentalisent l'antisémitisme aux fins de camoufler leur haine des Palestiniens, s'ils sont d'accord avec (b, b'), (c'), (d'). On demandera aux soutiens des Palestiniens dont certains sont antisémites s'ils sont d'accord avec (a, a').
Il est certain que si on se mettait à parler de la guerre en posant ces questions et en interpellant chacun des deux camps, on commencerait à parler de la réalité des Gazaouis et des Israéliens qui meurent et continueront de mourir. Qui s'en réjouit? Qui déteste la paix et la justice?