Salah Hamouri: l'acharnement continue, la France «espère» qu'il sera libéré...

Vous connaissez la situation qui est faite à Salah Hamouri, malgré le peu d'écho que la presse main stream accorde au cas extravagant d'un militant palestinien enfermé par une lettre de cachet. Eh bien, au terme de aux mois de détention, il vient d'être condamné à six mois, et ce indéfiniment. Que fait la "France", c'est-à-dire E. Macron pourtant proche de Netanyahu?

Je me suis engagé à soutenir avec de faibles moyens, assez dérisoires il est vrai, mon neveu Salah Hamouri détenu sans procès et sans communication des éléments du dossier de ce qui qui est reproché depuis six mois. Sur ordre du ministre de la Défense israélienne, Avigdor Libermann, qu'il n'est pas excessif de qualifier de politicien démagogique d'êxtrême-droite, ayant la haute main sur les services secrets de l'armée (désinformation, manipulation, crimes, etc.), il vient d'être re-condamné à six mois. Tel est le système de la dite "détention administrative": vous pouvez être arrêté, emprisonné sans pouvoir vous défendre lors d'un procès contradictoire, et sans avoir à le justifier, vous pouvez être reconduit dans une prison.

Pourquoi Salah gêne-t-il les autorités israéliennes à ce point d'acharnement? Il est Français (par sa mère), citoyen de Jérusalem (où il est né, son père étant Palestinien) et veut être reconnu Palestinien et être Franco-Palestinien. Il est opposé à l'occupation illégale, aux colonisations illégales, il dénonce l'oppression quotidienne que l'État israélien fait peser sur les populations palestiniennes, le racisme de l'armée et de l'administration. Dans des conduirons très difficiles il a fait, abec succès, des études d'avocat, il veut mettre ses compétences au service des gens qui subissent la pire situation coloniale depuis la fin des colonies européennes. Il lutte pour une Palestine libre, souveraine, laïque, démocratique. Avant d'être arrêté et jeté en prison il expliquait en dehors de son pays les conditions de vie et de lutte des Palestiniens. Voilà ce qui lui est reproché. Le reste, les "accusations" non étayées et relayées par les propagandistes français d'Israël, est de la diversion. On sait qu'il suffit d'arriver au nouveau point Godwin, "terroriste", pour faire taire toute contestation.

Je ne parle pas de la situation de sa fille et de leur petit garçon empêchés, sans raison, sans éléments de dossier, de rentrer en Israël/Palestine. Je laisse imaginer leur détresse et leur inquiétude. Cela n'empêche pas sa femme de se battre courageusement en France pour briser le mur du silence dressé autour de la détention de Salah et rassembler les soutiens pour faire pression sur les autorités françaises.

Précisément, comme on peut s'en rendre compte en lisant le communiqué diffusé hier 27 février par le MAE dans le cadre de Question écrite (voir à la suite), la France "espère" sa libération. Il faut s'indigner que la seule réaction soit celle de cet "espoir" ou de cette "espérance". Les mots "protester", "exiger", sont des mots de la langue française et même de la langue diplomatique. Certes, ce ne sont que des mots, mais les mots en politique sont des signaux qui appellent des actes (pressions, menaces, dénonciations, etc.; personne ne nous fera croire que l'État français, ses services n'ont aucune "carte" à jouer pour contraindre à la libération de Salah et au retour de sa femme auprès de lui dans son pays). Alors quoi?

Pourquoi le président Macron se montre-t-il si timoré? Franchement, je ne le sais pas, j'ai bien des hypothèses, mais elles n'intéressent personne. Sauf peut-être celle-ci: Macron a invité à deux reprises Benjamin Netanyahu en France, la première visite dans le cadre du souvenir de la rafle du Veld'hiv. C'était, comme certains l'ont dit ici même, un geste de profonde erreur politique, c'était donner au premier ministre israélien un statut extravagant de leader des Juifs du monde entier. C'était surtout, et telle mon hypothèse, donner à l'État israélien, à ses gouvernements, un statut extra-ordinaire. Plus exactement cela revenait à reconnaître ce que l'ONU a affirmé plusieurs fois, que l'État israélien se mettant en dehors de la légalité internationale, du "doits des gens", s'attribue une place extra-ordinaire et, en allant plus loin, cela revenait à l'approuver: on ne touche pas à la politique de l'État israélien! Ceux qui osent critiquer la colonisation et l'occupation se voient renvoyer au point Godwin déjà signalé: le terrorisme. Préconiser le moyen d'action BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) est à la limite de la légalité; discuter le sionisme revient à être antisémite, etc. Macron a décidé de  s'inscrire dans une bienveillance sans nuage à l'égard du gouvernement actuel et de son leader. Il est possible que Netanyahu ne soit pas opposé à la libération de Salah; en tout cas il peut le dire, cela ne mange pas de pain. L'ennui est que ce personnage est dans l'œil de la justice dans son pays et que sa position au sein de son gouvernement devient précaire, quelle que soit son habilité et ses habituelles marges de manœuvre (distribuer des ministères, suborner des députés, encourager les colons insatiables). Et si Netanyahu était un interlocuteur devenu trop faible pour aider Macron à sortir un compatriote de geôle? Et si c'était Libermann l"homme sur lequel il faut compter? Mais alors il faudra tout reprendre avec lui, le faire venir à Paris, dérouler les tapis de la République. Mais notre président se sera enfermé dans une gestion irresponsable des relations avec Israël, puisque cet État n'hésite pas à traiter la France par le mépris et à garder en prison un Français innocent de ce qu'on lui reproche et qu'on garde secret.

-------

Dernier communiqué du Comité de soutien de Salah Hamouri :

Le Quai d'Orsay capitule !

Interrogé sur la situation de notre compatriote Salah Hamouri, le Quai d’Orsay a rendu publique, mardi 27 février, sa réaction. Ou plutôt son abdication devant les décisions arbitraires israéliennes qui frappent Salah Hamouri. Cette réaction appelle deux remarques de notre part.

Tout d’abord le Quai affirme hautement que « comme tous les Français emprisonnés à travers le monde », Salah Hamouri « bénéficie » de la protection consulaire. Celle-ci, rappelons-le est un droit et un devoir absolus. Il ne manquerait plus que Salah Hamouri en soit exclu ! Mais il y a un fait plus grave derrière cette affirmation : dans quel autre pays au monde nous avons un Français qui soit un prisonnier politique ? Salah est un cas unique et spécifique que le Quai d’Orsay noie volontairement au milieu des autres. Ce n’est pas un détenu de droit commun ni un auteur d’actes criminels. Lui n’a strictement rien fait de répréhensible. C’est uniquement la politique qui annihile gravement depuis plus de 6 mois sa liberté. Et le Quai d’Orsay ne distingue pas ce cas particulier qui touche pourtant à ce que la France affirme être sa spécificité, sa raison d’être à travers le monde. C’est insupportable.

En second lieu, le Quai d’Orsay après avoir regretté la décision de Lieberman – qui n’a pas agit seul – affirme « espérer » sa libération. Rappelons que le Président a formellement demandé au Premier ministre israélien sa « libération ». C’est dire que les autorités françaises n’entendent pas donner suite à cette exigence. Elles enregistrent et c’est tout. Elles n’agissent pas.

Nous appelons solennellement les autorités françaises à cesser ce « jeu » indigne et qui les disqualifie, et à agir – comme elles ont su le faire utilement en Turquie – pour obtenir la libération de Salah.

Il y a une nuance de taille entre « espérer » sa libération et « exiger » sa libération. En ne jouant pas son rôle la France non seulement donne quitus à cet acharnement mais se contente de rester dans un rôle de spectatrice.
Cela non seulement déshérite de la liberté, ce bien précieux, notre compatriote qui n’est pas binational mais uniquement Français. Cela encourage de plus les autorités israéliennes à poursuivre leur politique fondée sur leur  refus systématique du droit. Et après cela on nous affirme ra que « La France est de retour ». A Disneyland peut être mais pas sur la scène internationale. C’est gravissime. Et condamnable hautement.

Nous ne nous résignerons jamais à ce que la liberté s’arrête aux portes d’Israël. Et en conséquence nous amplifierons nos efforts pour que Salah Hamouri sorte de prison où il n’aurait jamais du aller. Nous, nous écrivons liberté sur toutes les pages du livre d’histoire de la France.      

INTERPELLONS LE PRÉSIDENT MACRON avec le hashtag : #LiberezSalah !

Facebook : Emmanuel Macron
Twitter :
https://twitter.com/emmanuelmacron
Instagram : www.instagram.com/emmanuelmacron/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.