Les fascistes français n'ont pas attendu longtemps après les assassinats de Minneapolis pour en appeler à des rafles. Il faut que les barrières de la décence aient cédé pour qu'on se permette de louer les actes de la milice fasciste de l'ICE et de revendiquer de faire la même chose en France. On dira qu'après tout les "charters" de Pasqua étaient l'équivalent adouci de "rafle". Pas tout à fait, car "rafle" désigne ce qui précède le "charter" et que celui-ci masquait.
Pour celles et ceux que le mot "rafle" n'indigne pas, conseillons-leur de regarder les images que les courageux citoyens du Minnesota ont diffusées et demandons-nous ensemble si nous voulons être des citoyens d'un État qui ordonnerait à sa police d'agir de même. Et s'il faut se représenter ce qu'est concrètement une rafle à la française, reportons-nous à la rafle du Vélodrome d'hiver à Paris, les 15-17 juillet 1942, dans un moment d'intense collaboration du gouvernement de Pétain avec les nazis pour traquer et déporter les Juifs. La police et la gendarmerie françaises ont été marquées du sceau infamant de complicité de crime contre l'humanité. Il faut toute l'ignominie d'un Zemmour pour féliciter Pétain d'avoir "sauvé" les Juifs français, en fait d'avoir sacrifié des Juifs étrangers, apatrides, déchus de la nationalité française en vertu de la loi du 22 juin 1940, de Juifs bénéficiant du statut de réfugiés. Il faut faire marcher son imagination, imaginer comment se déroule la violence, la cruauté d'une rafle, imaginer les conditions inhumaines de la rétention des personnes dans le Vel d'hiv, imaginer les personnes brutalisées, réduites à la "vie nue", n'étant protégées par aucun droit, arrachées à leur vie, chargements pour la SNCF expédiés à la mort. Il faut toute la bassesse d'une Marion Maréchal-Le Pen pour laisser tomber "on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs". Autrement dit, Françaises, Français, ne soyez pas arrêtés par des considérations humanitaires (dans ce mot, il y a celui de genre humain, ce qui n'est pas rien) et consentez à l'extermination à laquelle les fascistes en appellent. Imaginons que rafler signifie multiplier les morts par étouffement, par tirs d"auto-défense", exécutions légales. Voulons-nous que la police rafle des sans papiers, des étrangers en attente de régularisation, des personnes dont le faciès vaut condamnation, en notre nom?
On voudrait savoir ce qu'en pense l'institution policière et ses syndicats. La question est apparemment rhétorique, l'une des institutions répressives de l'État ne pense pas, elle exécute les ordres, elle fait le "job", comme on dit aux États-Unis. Elle peut même aller au-delà du "job", et offrir à des fonctionnaires gagnés par l'ethos fasciste de donner libre-cours à leurs pulsions mortifères, comme l'a montré la violence à sainte Soline. Mais quand même, puisque la police compte dans son histoire l'épisode de la rafle du Vel d'Hiv, suivie par celui des Algériens noyés dans la Seine et maltraités comme au "beau temps des colonies" le 17 octobre 1961 et celui du massacre de manifestants pacifistes contre les fascistes de l'OAS au métro Charonne le 8 février 1962, On se demande si elle s'interroge sur les limites de son obéissance aux ordres, puisqu'elle sait comment elle a pu basculer dans le crime politique.