Salah Hamouri, l'acharnement continue

Depuis le compte Facebook d'Elsa Lefort: «Nous apprenons par le Comité international de la Croix-rouge que l’administration pénitentiaire a soudainement décidé de changer Salah Hamouri de prison et qu’il est transféré à la prison de Megiddo située au sud-est d’Haïfa, en guise de mesure punitive. Sa visite familiale mensuelle prévue demain est également annulée.»

Sa femme de Salah Hamouri a publié sur Facebook ce post: 

Nous apprenons par le Comité international de la Croix-rouge que l’administration pénitentiaire a soudainement décidé de changer Salah Hamouri de prison et qu’il est transféré à la prison de Megiddo située au sud-est d’Haïfa, en guise de mesure punitive. Sa visite familiale mensuelle prévue demain est également annulée.

Cet acharnement doit cesser ! La France ne peut plus se contenter de paroles mais doit faire place aux actes pour libérer notre concitoyen immédiatement !

 

Je regrette de parler encore de Salah Hamouri, mais je continuerai à le faire tant qu'il sera embastillé en Israël. Et tant que les médias dominants continueront de se montrer si discrets et que les propagandistes de l'État israéliens continueront de déverser leurs calomnies sur lui. En parlant de lui, je parle aussi de la soixantaine d'embastillés et des milliers de prisonniers politiques. Mais le cas de Salah est spécial: il est citoyen français et à ce titre il doit pouvoir compter sur l'aide incessante de l'État de son pays pour que cesse la révoltante détention dont il est victime. Certes le consulat de France lui apporte un soutien "consulaire" et c'est normal. Ce qui l'est nettement moins c'est l'attitude de l'État français. Il semble que le Quai d'Orsay ait légèrement haussé le ton; on veut bien croire qu'on n'y cesse de suivre ce dossier. La question n'est pas là: ce qui est troublant c'est la discrétion avec laquelle est traitée la détention de Salah. On en a la preuve avec le quasi silence des médias main stream et le manque d'engagement des grandes municipalités en faveur d'un soutien déclaré et public pour Salah et pour sa libération. La presse en France est "libre"? Si l'on veut. Mais il est sûr que si le président Macron et les Affaires étrangères avaient  décidé de faire de la situation de Salah une affaire politique de premier plan, les médias auraient suivi et les commentateurs auraient expliqué à nos concitoyens ce qu'est la "détention administrative", en fait un pur et simple embastillement suite à une lettre de cachet. Ils auraient, directement ou indirectement, montré l'inanité abjecte des calomnies portées contre lui. Alors pourquoi cette pusillanimité? On invoquera les mœurs de la diplomatie? En réalité les contraintes de la voie diplomatique sont aggravées parce qu'il s'agit d'Israël. Pour la diplomatie française et pour l'État en général, il semble qu'on ne puisse pas traiter l'État israélien comme n'importe quel État. Or non seulement il est un État comme les autres, mais il ne cesse de montrer que plus que d'autres, il se moque de la légalité internationale et qu'il bafoue les droits de ses ressortissants comme il l'entend. Et tout spécialement 'il poursuit impunément une politique injuste et cruelle contre les Palestinien(ne)s. À quoi peuvent encore servir la prudence, le fait de ménager des susceptibilités alors qu' Israël ne connaît que la force: celle des armes, de l'occupation, de la colonisation et celle des dollars qui ne cessent de le perfuser? Pourquoi, au nom de l'efficacité diplomatique, croire qu'il faut s'avancer sur des pattes de colombe, alors que le gouvernement israélien méprise la France? 

Le président Macron a reçu le premier ministre Netanyahu et lui a demandé de faire des gestes de gel de la colonisation et en direction des Palestiniens. Très bien. Qu'est-ce qui pourrait amener notre président à croire que là où l'ONU et la médiation états-unienne ont échoué, lui pourrait réussir? La France, "combien de divisions" au Moyen-Orient? Libérer Salah devrait paraître pourtant plus facile...

On me dira que s'il est vrai que le gouvernement israélien méprise la France à cause de sa faiblesse dans la région, pourquoi continue à exiger que la France fasse plus encore pour Salah? C'est qu'il n'est pas sûr que la France s'adresse au gouvernement israélien comme il faudrait le faire. Je ne peux croire que la France n'ait aucun moyen de pression sur Israël pour faire cesser le scandale de la détention de Salah Hamouri. Les relations internationales sont soumises au droit - et c'est tant mieux- et dans le même temps, obéissent aux rapports des forces où (presque) tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. Sans imaginer de sombres manœuvres, on pourrait penser que le gouvernement français exige publiquement que l'État israélien rende publiques les preuves de ce dont il accuse Salah et accepte un débat contradictoire avec lui et ses avocats. Avec d'autres États, la France a été capable de parler avec vigueur, sans redouter de se prononcer sur leurs "affaires intérieures". Pourquoi pas avec Israël? Qu'est-ce qui retient l'État français de se comporter avec son homologue israélien de façon ordinaire, sécularisée, politique? Il faudra un jour analyser les causes et les raisons de l'extravagante retenue de nos gouvernements face à la politique israélienne. En attendant, il y a un Français qui veut être considéré comme Palestinien de plein droit et qui se bat pour une Palestine libre, démocratique, souveraine et qui pour cela précisent est détenu.

 

 

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