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Billet de blog 13 décembre 2015

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"La société du spectacle", dernier acte ?

et pour en finir avec l'europhobie régrévolutionnaire.

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Plus de six million de chômeurs (toutes catégories confondues) et presque autant de pauvres (disposant d'un revenu mensuel inférieur à 50% du salaire médian, soit environ 1800 € divisé par deux = 900 € net mensuel).
C'est à peu près la situation en cette fin 2015, et la tendance n'est pas à l'amélioration.
Dure, très dure réalité pour ceux qui la vivent, dans notre société du consumérisme ostentatoire et des publicités télévisuelles pour voitures de riches, parfums de luxe, maisons douillettes et connectées ou vacances de rêve.
 
Pourtant, depuis maintenant 40 ans, la lutte contre le chômage et la pauvreté est le leitmotif, la rengaine pourrait-on dire obsessionnelle de tous nos politiques (les premiers stages d'insertion pour les jeunes datent de 1976, gouvernement Raymond Barre sous Giscard. C'étaient les premiers contre coups du premier choc pétrolier de 1973).
Et le mythe du "retour au plein emploi" a été depuis soigneusement cultivé, essentiellement à gauche.
Par la gauche dite de gouvernement, dans un discours d'autocongratulation mêlant volontarisme de bon aloi et irréalisme bonimenteur à la mode Coué.
Tandis que la gauche "non gouvernementale"... "critique" s'autoproclame-t-elle, voire "gauche de la gauche", n'en finit pas en réalité dans la même veine de tricoter sa "question sociale" sur le mode de la "redistribution" par le salaire et l'emploi... pour l'émancipation et la dignité du travailleur.
La victime collatérale de cette situation objective et de ces réponses politiques n'est pas anodine.
Pour jouer au petit jeu d'Emmanuel Todd, il suffit de rapprocher les cartes du chômage et du vote FN au 1er tour de ces élections régionales pour le constater. Tous ces discours disqualifient à juste titre auprès de ceux à qui ils prétendent s'adresser ceux qui les tiennent, et la démocratie qu'ils prétendent incarner avec eux, tant ils sont la preuve manifeste d'un irréalisme tel qu'il ne peut-être que suspect. On nous demanderait presque de croire que pour échapper au chômage il suffirait d'être un catholique zombie...
Soyons sérieux, tous ces discours ne disent pas la vérité.
Aveuglement, bêtise, incompétence, malhonnêteté... ???
Inconséquence en tout cas, irresponsabilité.
Au nom de la responsabilité !
C'est le comble, et quand la revendication de responsabilité devient une irresponsabilité les mots n'ont plus de sens.
Qui peut encore croire que demain sera meilleur qu'aujourd'hui en poursuivant ainsi ?
Qui peut encore croire qu'il y aura demain un emploi pour tous ceux qui n'en ont plus et tous ceux qui arrivent ?
Pas eux en tout cas, et dans cette démocratie absolument pervertie il n'y a donc lieu ni de s'étonner qu'ils s'abstiennent massivement de se soumettre au rite démocratique du vote pour les plus lucides d'entre eux ; ni de s'étonner que quelques uns en viennent pour sauver ce qui leur reste d'espérance à se tourner vers ceux qui veulent "renverser la table" de cette république des menteurs.
Mais qui peut aussi encore croire que par la seule force de son génie national la France pourrait faire exception sur une planète en plein bouleversement ?
Faut-il être aveugle, bête, incompétent ou malhonnête pour croire ou tenter de faire croire à cette sottise.
Et du coup, donner objectivement quelque crédit, aussi minime soit-il, à cette "France d'abord !" qui sert de cosmétique à la régression identitaire ou de cache sexe à la régression vers la violence primaire, probablement les deux, indissociables et consubstantiels.
"Renverser la table"... pour relocaliser, réindustrialiser, retrouver la croissance, redistribuer de l'emploi... on croit rêver.
C'est bien pourtant ce que nous promettent comme seule alternative possible à "la république des menteurs" tous ceux qui à gauche, sous l'habit de la posture révolutionnaire, ne voient de mensonge plus achevé que celui de l'Europe, et d'abomination plus aboutie que celle de la mondialisation.
Face à ses propres clôtures, ou peut-être à ses propres peurs, mais pour rester coûte que coûte dans la distribution des rôles de la société du spectacle, on trouve les boucs émissaires ou les exutoires qu'on peut, pour éviter justement d'avoir à repenser le monde au moment où, enfin le rideau tombe, il s'impose.
Reconstruire la gauche ?...

Il faudra attendre encore un peu, la société du spectacle joue les prolongations.

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