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Billet de blog 18 juin 2011

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Mondialisation / Démondialisation : le débat, qu'il faut instruire. (lecture critique de F. Lordon)

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Il couvait implicitement depuis pas mal de temps, en fait et en filigrane depuis 2005.
Il aura fallu attendre juin 2011 pour qu'il éclose à la faveur de cette communication "La démondialisation un concept superficiel et simpliste" d'un groupe issu du Conseil scientifique d'Attac publiée sur Médiapart, le 6 juin dernier, il lui reste à s'épanouir.
Bernard Cassen très laconique puis Jacques Sapir affuté sur le domaine qui est le sien, tout deux opportunément publiés sur son blog par Netmamou s'en sont saisis sur le mode polémique, révélant au delà de l'affrontement légitime et bienvenu des idées, toutes les ambiguïtés et l'inachèvement des solidarités politiques constituées sur le "non de gauche" lors du référendum sur le TCE. (Je n'ai pas dit que c'était mieux "en face".)
Au hasard des échanges auxquels m'ont donné de participer ces publications, quelques rares contributeurs ont relevé avec pertinence cette continuité, et je souscrits personnellement à cette idée qu'il n'y a pas d'alternative cohérente à l'engagement pour la démondialisation, telle que définie par Sapir et Cassen, pour tous ceux qui à gauche se sont mobilisés à l'époque pour le rejet du traité.
Dont acte, et pierre dans le jardin des rédacteurs du communiqué qui mit le feu aux poudres.
Mais faut-il en rester là, et ont-ils eu tord, sur le fond ?
La communication de Frédéric Lordon publiée ce lundi 13 juin sur son blog du Diplo. (et qu'il faut lire) permet me semble-t-il d'avancer grandement sur la question, car elle a l'avantage d'élargir le champ de réflexion et de proposer une prise de recul indispensable en ajoutant au seul point de vue de l'analyse économique jusqu'ici mobilisé, les points de vue fondés sur les approches philosophiques, militantes ou tout simplement plus politiques, qui sans être exclusifs du premier, faisaient jusqu'à présent défaut dans les productions de référence précitées.
Lordon ne manque pas d'égratigner à son tour les signataires de "la démondialisation superficielle et simpliste". Mais il le fait avec mesure et en prenant le soin de nous donner à lire sa compréhension personnelle de leur prise de position.
Au moins a-t-il eu cette volonté et n'a-t-il pas adopté une attitude d'amblée surplombante ; ce qui l'amène donc à élargir explicitement le sujet dès le début et à prendre en considération après une brève introduction fixant le cap de son propos, la double acception du concept de "mondialisation".
Ouf ! il était temps. Accepter la mondialisation comme phénomène irréversible, au droit de ce qu'il désigne comme "externalités" (il serait d'ailleurs intéressant de préciser... "externalités"... par rapport à quel intérieur ?) s'impose à l'évidence.
Or nous étions au bord de la négation des évidences, merci Mr Lordon.
Ensuite vient ce passage : "Entendent-ils qu’ils veulent bien la mondialisation-externalités mais pas la mondialisation-libéralisation ? On le leur accordera sans difficulté, mais la première est politique et la deuxième économique, et il ne fallait pas beaucoup d’esprit de charité intellectuelle pour comprendre que le discours de gauche de la démondialisation s’en prend à la seconde, la mondialisation économique, la seule qu’il y ait à combattre vraiment car elle, elle a produit ses « solutions »… quand la première n’a posé que ses questions."
Passage, dans lequel Lordon (peu charitable en l'occurrence) nous explique donc qu'il faut considérer distinctement "mondialisation-externalités" et "mondialisation-libéralisation", l'une étant politique, l'autre économique.
Cette distinction est-elle aussi pertinente que cela ?
Peut-on réellement imaginer, ou théoriser, que l'une et l'autre sont indépendantes, et que l'une ou l'autre aurait pu, ou peut, advenir sans l'autre, ou l'une ?
Peut-on surtout imaginer la lisibilité et "l'opérationnalité" politique d'une telle position ?
Car au fond, telle est bien la question, dans le contexte électoral français actuel qui est celui de ce débat. Une question non pas de conviction mais de stratégie. Et je ne suis pas du tout convaincu par la justesse (ni bien évidemment l'opportunité) des accusations réciproques de trahison qui affleurent entre les lignes des textes publiés. Que le débat soit vif n'est pas en soi une mauvaise chose, qu'il justifie aussitôt des procès d'intention n'est certainement pas très malin, ni juste par principe.
Et puis Lordon en vient à LA question de la souveraineté : "La modernité, au sens conceptuel.../...c’est que des communautés humaines se déclarent maîtresses de leur destin – souveraines. Voilà le fait constitutif de notre horizon historique et politique, la donnée cardinale dont l’ignorance condamne irrémédiablement à l’insignifiance."
Question décisive, en fait LE coeur de la controverse et probablement l'une des clefs si ce n'est la clef du déverrouillage théorique et de l'impuissance idéologique de "la gauche" ou "des gauches".
Tout tient me semble-t-il dans le paradoxe qu'exprime en filigrane ce qui suit : "Or à l’exact inverse de tous ses amis qui répètent en boucle qu’elle est la modernité même, la mondialisation est anti-moderne précisément au sens où elle organise la dépossession des souverainetés partout où elles existent, sans leur offrir la moindre solution de re-création. La substitution insistante du terme « gouvernance » à celui de « gouvernement » est bien là pour dire le projet général de la dégouvernementalisation du monde, c’est-à-dire de sa dépolitisation."
Oui mais... qu'est-ce que peut-être la politisation si ce n'est : la substitution des appartenances, des solidarités et des conflictualités sociales aux appartenances, aux solidarités et aux conflictualités territoriales ? La prise de conscience des intérêts de classes au détriment de la soumission aux solidarités a-politiques du voisinage physique ?
(la suite)

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