(Je reprends ici à titre de billet le commentaire déposé "en conclusion" d'un échange engagé sous le titre "ARCHITECTURE", quelque peu augmenté.)
Inévitable...
le retour en boomerang du résultat du référendum sur le TCE et de sa transgression par le parlement.
C'est ce que je pense aussi et nous sommes vraisemblablement nombreux.
Peut-être moins nombreux à considérer à la fois le résultat du référendum et sa transgression comme également constitutifs du projectile.
Je pose que nous sommes là dans une situation quasi exemplaire, et à ce titre très intéressante, d'impasse, par démission, incompétence et confusion.
J'entends bien, à gauche, n'ayant que faire du reste.
Je m'explique...
Tous les procès d'intention peuvent être faits aux chefs, je veux dire aux leaders partisans, et aux têtes de réseaux des appareils qui les servent, sans grand risque de se tromper ; mais ils n'ont aucun intérêt, par nature et réciprocité, ils ne servent donc à rien si ce n'est à justifier les guerres de tranchée que se livrent les fantassins...
En revanche il n'est pas crédible de douter de la sincérité de l'immense majorité des dits fantassins... qui s'étripent et ce faisant cultivent les motifs de l'étripage, autrement dit du statu quo conflictuel, au détriment du service des intérêts qu'ils pensent défendre et qui suppose l'échange, le partage, la mutualisation, la créativité, bref, le mouvement par la dynamique solidaire et pour l'émergence d'un rapport de force favorable.
De son propre point de vue, chaque camp a bien évidemment raison.
Les uns sont restés crispés sur leur conviction europhile et l'amertume (bien compréhensible) de leur échec réel, ils n'en conçoivent que mépris pour les seconds qui en sont responsables.
Les seconds pour leur part s'arqueboutent avec colère (à juste titre) sur le déni de démocratie de Lisbonne et en déduisent la preuve à postériori de la justesse de leur choix initial et succombent à la réhabilitation de la nation comme seul horizon possible de l'ambition sociale et démocratique.
Je pense qu'il y a lieu de déconstruire un peu cette mécanique infernale et stérile.
Pour les "ouistes" d'abord, il y a lieu de revenir au principe de réalité, d'admettre définitivement que le TCE ne pouvait être l'instrument de l'Europe souhaitable à gauche, et de se mettre au boulot pour concevoir l'alternative.
Quand aux "nonistes" ils ont à remonter le fil de la séquence à partir d'un constat tout simple, d'évidence : une majorité ne suffit pas à faire raison (si non il faudrait convenir que les allemands ont eu raison en son temps d'élire Hitler). Puis à considérer eux aussi au nom du principe de réalité que la question sociale réduite au périmètre national n'a plus aucun sens. Et à se mettre au boulot eux aussi pour construire l'alternative sociale, nécessairement internationaliste, qui s'impose.
Tout cela suppose quelques révolutions... rien d'étonnant... "juste retour des choses"... comme on dit.
J'avais prévu un prolongement, mais au moment de le rédiger j'ai trouvé dans son billet du 21 janvier, cet écrit de Mendes-France, que Vintgtras a eu l'excellente idée d'y reproduire :
"Le philosophe, le sociologue, le théoricien peuvent, dans leur tour d'ivoire, imaginer les transformations qui feront régner un jour le paradis sur terre ; on ne leur demande rien de plus. Un homme politique, c'est autre chose. Il doit à chaque instant, et quel que soit son idéal pour l'avenir, déterminer ce qui peut être fait, ce qu'il peut faire. Il doit agir, non pas, certes, en ignorant le long terme, mais en sachant, au contraire, qu'il en est responsable dès aujourd'hui. S'il oubliait le long terme, il improviserait au jour le jour et prendrait des décisions empiriques, dont tous paieraient le prix plus tard ; c'est pourquoi, il doit savoir où il va, c'est pourquoi chacune de ses décisions doit aller dans le sens des mutations plus importantes qui vont arriver. Seulement, il a été chargé, non de méditer sur l'avenir, mais d'y travailler concrètement, jour après jour ...S'il a aplani le chemin qui mène au progrès, s'il a avancé un peu, il a servi. C'est sa mission."
Et j'ai envie d'ajouter deux choses :
- cela est vrai à double titre : concret et symbolique, il s'agit tout autant de peser sur le réel que sur sa représentation,
- cela est vrai également, non seulement dans le temps de la décision (celui de l'exercice du pouvoir) mais aussi dans le temps de la délibération, c'est à dire du débat d'idées, ou de la controverse électorale, qui lui est préalable (nous y sommes).
(et pour qu'il n'y ai pas d'ambiguité, en 2005, je fus "ouiste"... mais il est grand temps de tourner la page... faute de quoi je serais définitivement condamné à regretter cette défaite... ça part mal)