Je pense comme une partie des abonnés que la rédaction s'est plantée avec son refus d'inviter Marine Le Pen, et avec les justifications de son refus. Mais il me semble que c'est en raison d'une analyse erronée qui paradoxalement est également partagée par la plus part de ceux qui lui en font le reproche.
A l'origine, il y a je crois en référence à "l'idéal démocratique", l'assimilation de Marine Le Pen à tous les autres candidats. Elle serait une parmi les autres, égale à eux, et serait la porte parole d'un courant de pensée qui aurait "droit de cité"... ("je ne suis pas d'accord avec les idées que vous exprimez, mais je me battrais toujours pour que vous puissiez les exprimer" etc. etc.).
Et c'est là qu'est je pense la supercherie.
Il faut je crois prendre un peu de distance.
Faire la distinction entre Marine Le Pen et ce courant de pensée. Il existe en effet, mais nous venons de voir par la grâce de Nicolas Sarkozy qu'il n'est pas la propriété du FN, ni à fortiori des Le Pen, il irrigue en réalité très fortement, fondamentalement, notre droite nationale prise dans son ensemble, dissimulée depuis 60 ans derrière l'autre supercherie... gaulliste, qu'il faudra bien un jour aussi parvenir à dévoiler.
Pour l'instant, tenons-nous en aux Le Pen.
Il suffit d'imaginer quelques secondes que la fille aujourd'hui, comme le père hier, puisse par quelque miracle gagner au second tour les élections présdentielles. A l'évidence elle serait dans une pétaudière noire (et y plongerait bien évidemment le pays), et elle le sait très bien.
Pas plus que son père elle n'est sotte.
Il faut donc convenir qu'avec Marine Le Pen il ne s'agit pas de débattre d'idées.
Ce ne sont pas ses prétendues idées qui doivent être en cause, mais elle.
Elle, en tant qu'archétype des politiciens professionnels qu'elle dénonce.
Pour elle, comme pour son père, et pour la clique des excités qui se déchirent à leur suite, aujourd'hui comme hier, et comme des hyènes sur une charogne, le FN n'est qu'un fond de commerce et l'idéologie qu'il porte le produit à vendre qui leur permet tout simplement de ne pas pointer à pôle emploi. Qui leur assure un train de vie inespéré au nez et à la barbe des malheureux qu'ils abusent.
Alors oui, il fallait inviter Marine Le Pen, et tenir son procès, sans ambage.
(Ce billet est à l'origine un commentaire inséré dans le fil de discussion du billet de Silvagni : "Mediapart à Le Pen : Yes, we have no bananas !"
et il fait suite à la polémique développée par et en discussion de l'article de François Bonnet : "Mediapart 2012". Oui Marine Le Pen n'est pas invitée.)