"Maîtresse ils parlent un drôle de français"

Printemps 1998, un souvenir de classe de mer

Un centre de classes de mer en Vendée, un de ceux dont on dit qu'ils ont "les pieds dans l'eau" et qui devront peut-être apprendre à nager pour éviter de couler au fond d'une baie en compagnie de résidences construites sur les abords du milieu dunaire. En attendant, des enfants de classes élémentaires d'écoles publiques du Cantal accompagnés de leurs enseignants venaient découvrir un milieu nouveau. On y fait classe en se livrant à des observations, en lisant des informations concrètes, en rédigeant le compte-rendu de la visite d'un port, en émettant des hypothèses sur la présence d'un dolmen ou le phénomène des marées. On découvre que la mer a un goût salé, sur la plage, on mesure l'estran, on chante aussi, on joue, on pêche à pied des animaux qu'on observera dans l'aquarium de la classe avant de les rejeter à la mer. Bref quelques jours loin des parents, à vivre une expérience de la collectivité et d'une pédagogie qui permet aux enfants de constater qu'ils possèdent des compétences, des savoirs et qu'ils enrichissent. Enfin et même si la réglementation devenue pétocharde l'interdisait, quand les enseignants le souhaitaient et que le temps s'y prêtait, il arrivait qu'on puisse se baigner. 

Autant de raisons qui expliquent la présence d'une bonne quatre-vingtaine d'enfants attendant le "croustou" du midi dans la salle à manger avec vue sur mer, grise et démontée, en ce mois de mai 1998. Soixante cantalous y cotoyaient une vingtaine de minots (1) arrivés le matin même de leur Bondy nord (93). Aucun ou très peu n'avaient déjà vu la mer L'accent de ceux des marches du volcan cantalien voisinant avec celui du volcan des cités. Dans la cour, au cours des visites communes, dans la chambre partagée, les langues se délient et malgré le choc des accents, loin de "rouméguer", on apprend à s'apprivoiser. Quelques jours passent quand j'entends un "goulliat" faire part de son étonnement. "Maîtresse,  ils parlent un drôle de français ceux-la". Ne tirez pas de conclusion hâtive, ce cri du coeur était sorti d'une poitrine bondynoise avec casquette hip hop réglementaire sur tête noire. Faut dire que le parler cantalien et son drôle d'accent chuintant du patois cousine avec l'occitan. On "cloue les portes"  des maisons avant de demander aux amis si ça "ba pla". 

A quelque temps de là, était-ce avant, parmi les élèves d'une classe de la vallée de Mandailles, une grande fille qui dépassait ses camarades d'une bonne tête. L'enseignant me prévient. " Ecoute, tu vas être étonné " et effectivement l'adulte et l'enfant se lancent dans une discussion complice en patois fluide. Un peu plus tard, cette gamine s'emparera de quelques boules de pétanque et pointer magistralement. Cette éleve avait un très beau teint des métisses.     

Il n' y a bien sûr aucune conclusion à tirer de ces deux anecdotes mais d'intimer simplement aux "colhon" et aux "sale besteu" de la famille Lepen-Zemour-Macron-Soral : "sara la". Et rappeler à ceux qui exigent qu'on fasse preuve de son intégration et qui en gravent les conditions dans des lois, qu'on est toujours l'étranger de quelqu'un et qu'au sud de la Loire, ce sont eux les "estrangers". Sur ce, "bouna veilade" et "a demo".

(1) Les bondynois auraient dû être plus nombreux mais quelques parents n'avaient pas voulu que leur progéniture bénéficie de ce séjour. Le coût même rendu modique par le jeu des aides, les filles qu'on refuse de laisser partir et ceux qui estiment que c'est du temps perdu

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