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Billet de blog 2 janv. 2022

A ta santé Gribouille et puis la bonne année

En hommage à une chanteuse méconnue et oubliée.

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A l'écoute des chansons de Gribouille, on comprend que la chanteuse ait choisi ce pseudonyme, celui qui qualifie une « personne naïve qui se jette stupidement dans les ennuis qu'elle voulait éviter ». Conserver son patronyme, Marie-France Gaité, aurait représenté une sorte de tromperie sur la marchandise, pour elle qui n'a jamais fait tourner la moindre serviette sur aucune scène des cabarets où elle s'est produit au milieu des années soixante. Gribouille appartenait au courant rive gauche des années 60 qui luttait pied à pied avec la « soupe » des chansons fabriquées par « des professionnels de la profession », destinées, elles à toucher un « grand public », une quantité la plus importante possible de consommateurs dans la perspective de doper les achats de microsillons 45 tours, d'électrophones portatifs, de revues spécialisées et d'autres produits dérivés. Bien que les fans de Gribouille n’aient eu aucune chance de jamais de poster la chanteuse dans les pages d’un SLC quelconque, messieurs Barclay, Columbia ou Philips pressaient pourtant un petit nombre de 45 ou de 33 tours de ses chansons jugées cafardeuses et réservées à un public curieux mais au nombre limité qu'un étudiant d'HEC qualifierait de « niche ». Cohérence, logique et rapacité capitalistes appliquées à la culture, à l'alimentation ou à la transition écologique. « Il en faut pour tous les goûts », il faut faire toutes les poches possibles. Ce qui explique que la grâce et l'émotion que charriaient sa voix interprétant ses textes qu'avaient mis en musique Jacques Debronckart ou François Deguelt aux orchestrations souvent datées aient pu rencontrer une audience au-delà du cercle restreint des cabarets parisiens où elle se produisait. Moi-même, trop jeune pour l’avoir rencontrée, ce sont les haut-parleurs des tourne-disques qui m'ont permis de la connaître avant que de donner, sur scène, certaines de ses chansons à un public ravi de découvrir ces trésors inconnus.

L’abus de barbituriques, d'alcool, une vie sentimentale chahutée entre déceptions et amours en panne, un visage qui s'empâte, une voix qui s'éraille et tu seras retrouvée morte une nuit de janvier 1968 à même pas trente ans. Si tu étais restée en vie, quel masque ta tête de Gribouille porterait-elle aujourd’hui, à bientôt quatre-vingts ans ? Quel aurait été ton parcours dans ce monde de clics, de likes, de tubes sociaux et cathodiques où les boites à chansons minuscules mais essentielles, portées à bout de bras par des passionnés ont disparu par la faute de mauvaises fées de la spéculation immobilière et de la rentabilité qui les ont changées en chambres d'hôtes, en boutiques de fringues, en self services, chinois ou japonais selon la mode du moment. Une audience restreinte mais fidèle t’aurait sans doute suivie, celle qui te retrouve ou te découvre aujourd'hui encore à l'occasion de quelques rares hommages comme celui que ce billet pour qui c'est la seule ambition, essaye de te rendre. Quitte à contribuer à plomber l'ambiance d’une période déjà insupportable par la limitation des flonflons des réveillons ( une autre mode), quelques unes des chansons que le lecteur pourra trouver dans les « bonnes » médiathèques ou sur des sites internet spécialisés. « Mourir demain », « Si j'ai le cœur en berne », « «Dieu Julie », « Ostende », « Grenoble » et « Mathias », son plus grand succès. Alors, « À ta santé madame et puis la bonne année, mes cent bières et mes larmes, c'est rien qu'à ta santé… », à ta santé Marie-France Gribouile. 

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