Un enfant sur trois est interdit de vacances

Le droit aux vacances est inscrit dans la convention internationale des droits de l'enfant et pourtant, un enfant sur trois en est exclu. Les colos qui apportaient une réponse à la discrimination par le fric ou le milieu familial, subissent comme les autres secteurs de la société, les attaques du secteur marchand néolibéral. La réponse des organisateurs n'est pas à la hauteur des enjeux.

Les séjours collectifs éducatifs, une illustration du droit aux vacances. Si un service public des loisirs existait, les colonies de vacances en seraient un élément. En effet, les séjours éducatifs collectifs ont permis à des millions de mineurs de partir en vacances, comme les autres et de ne pas être assignés à leur territoire. Y compris les enfants dont les familles avaient des ressources financières modestes ou pour lesquelles les vacances ne représentaient qu'un luxe superflu ne leur étant pas destiné. Cependant, depuis les années 90, les colos sont mises à mal sous l'action des tenants du « marché" dont l'idéologie – et les intérêts vont à l'encontre de cette ambition : les vacances ne seraient donc plus un droit mais une décision dont les familles devraient seules supporter les coûts bien que le bon petit coeur des riches puissent leur faire attribuer quelques unes de ces aides charitables ponctuelles qui ont les faveurs de la classe dominante. La logique marchande privé donc de facto les enfants des classes populaires de séjours qui ont fait la preuve de leurs apports dans de nombreux domaines : santé, hygiène, alimentation, rythme de vie, autonomie, découverte d'environnements nouveaux, construction de relations nouvelles... Et si des dysfonctionnements peuvent avoir lieu, quel bonheur de partir à la mer ou à la montagne avec d'autres copains et de pouvoir le raconter au retour. L'environnement social et politique se dégrade. Le plus souvent, des associations d'éducation populaire à but non lucratif organisaient des séjours dans lesquels des Comités d'entreprise et des municipalités, notamment communistes mais pas uniquement inscrivaient des enfants. Puis, les années 90, virent le chômage de masse exploser en même temps que les collectivités territoriales supportèrent les effets de la décentralisation. De nombreux élus porter leurs actions vers d'autres secteurs, plus rentables électoralement parlant. Les inscriptions d'enfants commencèrent à diminuer et la mixité sociale des séjours, même imparfaite, n'est fut bientôt plus qu'un vague souvenir. Moins d'inscriptions donc des rentrees financieres en baisse, les organisateurs durent respecter une rigueur budgétaire dont il arrivait qu'ils puissent s'affranchir et qui impacta les projets éducatifs et pédagogiques. L'influence du secteur marchand. Le secteur marchand qui developpait dans le même temps le tourisme industriel commença à s'intéresser à ces sejours. On pouvait faire du fric avec ces vacances « pour pauvres » à condition de sacrifier la qualité au profit de la rentabilite. La méthode employée fut la même que celle utilisée dans d'autres secteurs qu'il s'agisse de la restauration scolaire, de la santé, des retraites, des transports, de l'eau, de l'énergie ou du droit du travail. On accusa ce chien de la rage afin de le noyer plus facilement et lui faire payer ensuite les cours de natation et l'entrée à la piscine. L'époque vendait l'individualisme, les médias traitèrent les séjours collectifs de ringards. On s'employa à faire ressortir des problèmes de comportement qui pouvaient survenir et à déprécier le contenu des séjours. Il fallait surtout faire disparités l'insupportable égalité devant les vacances. Les mouvements d'education populaire. Alors qu'ils auraient dû obtenir la sanctuarisation des colos, profitant de la présence de gouvernements d'union de la gauche,  ce fut le secteur marchand qui reussit à faire paraitre logique d'appliquer les règles de la « concurrence  libre et non faussée » à ces séjours. La conséquence étant à plus ou moins long terme, la désaffection de ces séjours collectifs et des vacances réservées comme ailleurs en Europe, aux enfants des familles aisées. Tous les moyens furent bons. Ce fut l'époque des marchés publics, un contresens consommateur de temps et d'énergie à tel point que certaines municipalités écoeurées par la lourdeur et la complexité des procédures abandonnèrent les colos. Certains élus firent remonter les problèmes, mais sans qu'il existe de mouvement d'ensemble. Boulard, un socialiste, s'inquiéta de savoir si les associations à but non lucratif respectaient bien les règles de la concurrence et ne bénéficiaient pas d'avantages indus au détriment du secteur marchand. On attaqua également la dérogation à la convention collective pour les équipes d'animation. Certes, il y avait des dérives mais ce statut permettait de limiter le coût des séjours pour les financeurs et les familles. Enfin, alors que les demandes de confort et de mise aux normes des bâtiments se renforçaient, le ministère de la jeunesse et des sports diminua voire supprima les subventions versées "à la pierre". Récemment, on a vu que la directive européenne, " Travel ", pourrait porter le coup final aux colos. Cette directive s'applique aux voyagistes et aux compagnies aériennes qui doivent provisionner suffisamment d'argent pour faire face à d'éventuelles annulations ou demandes de remboursement. Il serait impossible aux associations (à but non lucratif) de bloquer de pareilles sommes sur leurs comptes bancaires. Le ministre Blanquer a déclaré que cela ne concernerait pas les séjours organisés par ces associations mais jusqu'à quand ? L'imposition d'une « démarche de catalogue », savamment entretenue par des campagnes médiatiques répétées, vit fleurir la mode d'activités très techniques ou de destinations lointaines, conditions indispensables semblait-il, pour que les mineurs puissent passer de «bonnes vacances ». Ce fut l'époque des ¼ de kart ou des descente en raft aux USA. Un peu caricatural, certes. La conséquence fut un enchérissement général des séjours (dû au matériel et à l'encadrement plus spécialisé) qu'il fallut limiter au détriment des autres temps (veillées, jeux, activités classiques, vie collective etc) qui constituaient l'essentiel des séjours. Et leur intérêt.

Face à ces attaques et à leur démarche cohérente sinon concertée, les réponses des associations organisatrices de vacances pour mineurs ont toujours été timides et peu audibles. Là où il aurait fallu réaffirmer le projet, la mission, le droit aux vacances et aux loisirs pour tous les enfants, souligner l'ambition éducative, l'encadrement, le garde-fou de la réglementation, les mouvements se contentèrent d'aborder la question sous l'angle de la logique concurrentielle, de répondre et de se justifier face aux arguments de l'ennemi. Depuis qu'ils sont majoritairement passés à la moulinette de la marchandisation, il est devenu difficile de faire ressortir les spécificités des séjours collectifs éducatifs. A l'exemple d'autres secteurs d'activités où la distinction entre les logiques de service public et la logique concurrentielle n'est pas toujours evidente. Ce qui est une victoire du neo libéralisme. 

Pour être complet, il aurait fallu rappeler les offensives répétées de médias en mal de sujets. Accidents de car, noyades, agressions sexuelles ou virus H5N1, il a de quoi remplir les "une". Des problèmes graves, qu'il ne s'agit pas de nier mais de noter qu'on leur a délibérément attribué une place exagérée. Il est facile de comprendre qu'alors parents et responsables municipaux aient pu craindre la survenue de problèmes graves pour leurs enfants. Il convient de souligner une présentation quelquefois malhonnête comme la parution d'articles pointant le risque de noyades en colos. Sauf que, une étude officielle l'a montré par la suite, on compte moins d'accidents de cette nature en séjours encadrés qu'au cours des vacances familiales. A-t-on noté des rectificatifs ?

 

 

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