Après Lubriziol, à qui le tour ?

AZF, l'Amoco Cadiz, la tuerie de Charlie Hebdo, l'élection de Macron et cette année notre dame de Paris, la mort de Chirac et aujourd'hui Lubizol, nous sommes gâtés. Pour mériter les honneurs de la "une", la prochaine catastrophe devra assurer grave et faire dans le grandiose. Il n'y aurait guère qu'une bonne guerre. A moins qu'une centrale nucléaire ...

A peine l'explosion de Lubrizol s'est-elle évanouie à l'horizon de l'actualité fumante qu'il faut déjà songer à la prochaine catastrophe. Pour lui succéder avec panacbe (1), seule l'explosion d'une centrale nucléaire ferait l'affaire. La situation de ces structures et la négligence plus ou moins volontaire que les responsables apportent à leur entretien pourraient nous valoir de beaux clichés, des reportages saisissants et des experts ratiocinant. Comme à Rouen sauf  que les conséquences seraient (seront ?) encore plus dramatiques et pour un temps infini. Rien n'est perdu, une telle explosion peut survenir. Ce n'est pas moi qui médis mais Bruno Chareyron, directeur de la CRIIRAD qui estime "la France n'avait pas su tirer les leçons de Fukushima" (l'Express du 11 mars. Comme quoi, même l'Express...). Reste à lever une incertitude, le nom de l'heureuse lauréate qui pétera les tuyaux la première. Un enjeu de taille pour les médias qui doivent s'organiser préalablement afin d'envoyer une équipe efficace dès les premières minutes pour recueillir les témoignages des brûlés et des irradiés dont on connait le temps de survie limité. Tant pis pour les retardataires. Certains des rossignols d'Areva ayant dépassé l'âge légal de la retraite ou installés dans une zone à risques, ils sont quelques uns à présenter un maximum de risques. Le choix des parieurs est donc difficile et pour les aider, Greenpeace a dressé une liste noire de cinq  favoris. Dans ce quintet, gros rapport à l'arrivée, Fessenheim a la grosse cote, eu égard à son extrême vieillesse. Mais quatre outsiders présentent de sérieux arguments ; la centrale du Blayais dont l'argument principal tient au port pétrolier proche, celle du Bugey exposée aux séismes (2), Tricastin s'en tire bien grâce à ses fissures et enfin Gravelines dont la situation en zone inondable est un atout précieux. Quelque soit la raison et le lieu de la catastrophe, on peut également parier que les autorités affirmeront qu'elles ont compris de leurs erreurs et qu'elles puniront les lampistes. Finies les économies sur la maintenance et sur la sécurité, les matériaux achetés au rabais, le recours à des personnels intérimaires insuffisamment formés, l'absence de dispositifs de soins suffisants pour la population. Sans oublier la négligence du facteur humain, sans doute gréviste, et l'impéritie de responsables locaux n'ayant jamais pris la peine d'organiser d'exercices d'évacuation avec les habitants des zones possiblement sinistrées alors que l'on sait, notamment depuis Fukushima, que cela aurait pu éviter de nombreux morts et blessés graves. Il a donc raison le spécialiste de la CRIIRAD. Les responsables français ont refusé de prendre en compte les causes de la catastrophe de Fukushima. Cette similitude irait-elle, comme au Japon, jusqu'à leur eviter une condamnation ? Probablement oui. 

(1) je n'ose pas, ce serait trop fumeux

(2) comme celle de Cruas

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