On achève bien les vieux

Lu dans la presse à propos de ce billet : "l'euthanasie révoltante des politiques de santé " (Journal du médecin ), "Putain d'sa mère, ça déchire grave !" (Tel est drama, journal culturel). "'un combat inégal livré contre l'assurance maladie " ( Anne y Dalgo, événementiel olympique ) "Pas de temps à consacrer à des âneries" (A.B. ministre)."Vivement le frexit" (âne Selineau)

Le récit d'une épopée d'un combat banal, semblable à celui que doivent livrer des millions par la faute des managers qui gouvernent ce pays depuis trop longtemps.

A ma gauche, portant une casaque ridée sur champ de pathologie cardiaque, quatre vingt douze étés dont celui-ci, caniculaire, ma mère. Elle salue son futur d'une cane hésitante. Face à elle, l'Assurance Maladie, soixante ans de combats vainqueurs mais affaiblie depuis une vingtaine d'années par une épidémie vicieuse de réformite aigüe qu'elle prétend soigner avec la potion amère "réduction des déficits". Un combat inégal à première vue. D'ailleurs les books livrent (1) leur pronostic : K.O. au premier round. Seulement c'est bien connu, les vieux c'est têtu. Elle relève le défi et part livrer bataille contre un carcinome baso cellulaire (3) pas très malin bien que potentiellement cancéreux. En conséquence, l'exérèse (3) doit être organisée dans les plus brefs délais pour éviter qu'il s'étende. L'arbitre est désigné, ce sera la rigidité comptable. Malgré des agendas chargés, surtout en cette période estivale, on trouve un soigneur. Reste la question du terrain. Faute de disponibilité dans des délais acceptables, l'intervention chirurgicale ne pourra pas se dérouler sur un terrain plus hospitalier que celui d'un cabinet médical, certes bien équipé. Après vérification, confirmation que les frais de déplacement jusqu'au lieu de l'intervention chirurgicale ne seront pas remboursés. La mutuelle se bornant à appliquer les restrictions de l'Assurance Maladie, l'avertit qu'il aurait fallu que l'intervention se déroulat dans un établissement hospitalier. Les cent cinquante kilomètres d'un aller et retour en taxi "mangeront" la prime de matche déjà très écornée par un reste à charge très élevé,  provoqué par les importants dépassements d'honoraires qu'il a fallu verser aux différents intervenants médicaux. Toutefois, cette fois, il n'a pas fallu verser un inadmissible dessous de table comme elle avait dû le faire pour une autre intervention réalisée en urgence. Le fair play a beau être une valeur cardinale du sport, des noms d'oiseaux ont volé. En silence puisqu'il convenait de conserver un certain esprit sportif. Lui étant difficile de reporter la rencontre, L'intervention chirurgicale confirmée pour le mercredi suivant, à huit heures du matin, se déroulerait dans des conditions particulièrement défavorables : chaleur caniculaire et terrain cancéreux provoquant l'effondrement de sa cote. Cependant, comme on l'a vu, elle n'avait pas le choix dans la date. 

Résumé de l'épreuve. Lever cinq heures pour un départ du domicile. Premier contretemps, le train de six heures dix est annulé et le suivant qui arrive vingt minutes plus tard, est évidemment bondé. Coup de chance, une place assise se libère, permettant d'effectuer, assise, les quarante minutes du trajet jusqu'à Paris. A noter que dans ce wagon flambant neuf, pas de toilettes, raison pour laquelle le contrôle antidopage ne pourra avoir lieu que dans les sous-sol du "Train bleu" de la gare de Lyon. Il sera facturé ultérieurement et au prix fort(voir bas de page). La caravane démarre pour une quarantaine de minutes de visite des embouteillages parisiens dans un taxi "under alles". L'intervention chirurgicale, enfin. A l'arrivée, la descente aux enfers, une difficulté classée "première catégorie", une volée d'escaliers très raides à descendre pour pouvoir accéder au cabinet installé en sous-sol. L'arrivée se fait tout de même dans les délais. Une petite heure plus tard, elle sort sous les vivats de ses supporters mais sans le bouquet du vainqueur, remplacé ici par un pansement disgracieux. Vient le retour au domicile. Bien que délicat et mené d'une démarche rendue hésitante par l'accumulation d'épreuves, il s'effectuera sans trop d'encombres. Tout huste peut-on signaler que l'attente prolongée sous la verrière surchauffée de la gare aurait pu être lui fatale. "L'homme au marteau" n'était pas loin mais un judicieux ravitaillement en canettes y remédiera. Ses premiers mots à l'arrivée : " j'essaierai qu'il n'y ait pas de prochaine fois " et " personne ne m'avait avertie qu'on avait privatisé la "santé ".

De la conférence de presse organisée au siége par les managers (ceux de l'A.M.), on retiendra trois questions restées sans réponse. "Le projet de l'assurance maladie est-il de réserver ce sport de riches qu'est la vieillesse aux plus fortunés ?", "Pourra-t-on soigner à temps et convenablement les maladies, quelque soit la classe sociale à laquelle on appartient ? "  et enfin "Pourquoi limiter le nombre d'interventions a l'hopital puisque lorsque les patients s'adressent à des praticiens, ils ont la surprise de constater que ceux qui les accueillent dans leur cabinet sont les mêmes qu'ils consultent à l'hopital ?"   

Aux lecteurs attentifs qui auront noté l'absence de suite au contrôle antidopage. Un courrier du laboratoire arrivé debut août, une dizaine de jours plus tard, lui en demandait le règlement et indiquait que le résultat de ces analyses serait directement transmis au praticien, vraisemblablement en congé à cette période. On aurait pu les lui envoyer mais comme elle n'avait pas pu encore les payer ... Il allait donc falloir attendre trente jours supplémentaires pour connaître le verdict même si, là encore, la rapidité est un précieux auxiliaire. Les vertus du secteur marchand qu'il s'agisse de santé ou d'autres secteurs d'activité.   

Rendez-vous à la prochaine épreuve qui devrait être titanesque : le combat contre un laboratoire d'analyses biologiques, 

(1) d'accord, on fait mieux

(2 ) à vos dicos

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