Une enquête de satisfaction comme les autres

insatisfaction à ces envahissantes enquetes

Avertissement à l'attention de la police des mœurs : les situations et les personnages décrits dans ce billet sont fictifs à l'exception notable du reclus de l'Elysée.

A peine sorti de l'hôtel borgne de la rue Saint Denis où j'ai passé la nuit avec une prostituée "Que déesse famine a par un soir d'hiver contrainte à relever ses jupons en plein air" que son protecteur, un obèse imbibé d'alcool, autant dire son Mac' rond me tend une feuille dont je déchiffre le titre "Enquête de satisfaction" . Devant mon air interloqué, l'interlope glisse entre ses lèvres purpurines les arguments habituels dont en premier lieu, l'adaptation obligée aux méthodes de gestion des ressources humaines auxquelles il faut bien sacrifier. La rançon du progrès façon rançon des salariés. Soudain, me revient en mémoire la demande de ma pourvoyeuse en plaisirs tarifés, frelatés et décevants, une occasionnelle dont j'ignore si c'est une étudiante qui ne parvient pas à faire face au coût de la vie universitaire ou une mère de famille écrasée par les charges. Avant que je quitte la piaule, elle  m'avait supplié de répondre au questionnaire qui ne manquerait pas de m'être remis. "Mon loup" m'avait-elle supplié,  "si je n'obtiens pas suffisamment de like ou de commentaires positifs, je peux dire adieu à ma prime d'efficacité et à mon petit cadeau de fin d'année. Quant à mes gosses, pas de Noël pour eux cette année (ce serait donc une mère de famille ). Et si trop de clients sont mécontents, trop de témoignages sont négatifs, mon profiteur de souteneur n'hésitera pas à me licencier ( plutôt une doctorante ?). Tu comprends Chéri, avec la concurrence des filles de l'Est, des chinoises et des africaines, il n’aura aucun mal à me remplacer par une sans papiers, par une plus démunieque moi qu’il exploitera encore davantage et qui ne pourra pas se plaindre. Elle aura droit à toute la panoplie de la précarité abattage, horaires infernaux, endroits dangereux, clients douteux." Avant de m'éloigner, j’aurais du demander au proxénète s’il beneficait d'une franchise du Medef. Regagnant mon domicile, je m'interrogeai sur la conduite à tenir. Quelle serait celle qui risquerait d'être la moins préjudiciable à la travailleuse du sexe et à ses collègues ? Accepter les règles du jeu en espérant qu’elle en retire un quelconque bénéfice ou bien refuser de passer sous les fourches caudines en avalisant les méthodes modernes de gestion du personnel, ce dont elle risque de pâtir dans l'immédiat ? A peine le temps de formuler la question que je passe devant une poubelle. Il est possible que l’enquête de satisfaction s'y trouve encore.

Vous l'aurez compris, ce procédé où les entreprises demandent aux utilisateurs de noter les prestations et l'attitude de leurs salariés m'insupporte en ce qu'il permet ensuite de les utiliser pour appliquer des mesures de rétorsion. Il existe cependant une enquête de satisfaction à laquelle j'aurais répondu. Celle que m'aurait envoyé le palais de l'Elysée, 55 rue du faubourg Saint Honoré 75008 Paris. Croyez-le ou non, celle-là, je l'attends toujours.  La prochaine fois, je vous raconterai la fois où mon dealer m'a remis la sienne d'enquête de satisfaction. "Pour mon évaluation annuelle " m'a-t-il soufflé. 

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