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Billet de blog 4 août 2021

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Une enquête de satisfaction comme les autres

Refuser de participer à l'envahissement des enquêtes de satisfaction dont la seule utilité est la division des salariés rendus plus fragiles et plus démunis encore, face au patronat qui fait bloc.

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Avertissement à l'attention de la police des mœurs : les situations et les personnages décrits dans ce billet sont fictifs à l'exception notable de celle qui concerne le Reclus de l'Elysée.

A peine sorti de l'hôtel borgne de la rue Saint Denis où j'ai passé la nuit avec une prostituée "Que déesse famine a par un soir d'hiver contrainte à relever ses jupons en plein air" que son protecteur, un obèse imbibé d'alcool, son Mac' rond me tend une feuille qui est une de ces désormais obligées enquête de satisfaction. L'interlope susurre les arguments habituellement servis qui jouent sur la mauvaise conscience des clients quand il ne s'agit que d'une adaptation des méthodes de gestion des ressources humaines à l'impact publicitaire des réseaux sociaux et de s'appuyer sur les "retours clients " pour rogner sur les salaires. La rançon du progrès rançonne les salariés. Ma pourvoyeuse en plaisirs tarifés et décevants m'avait d'ailleurs prevenu du guet-apens. Cette occasionnelle, une étudiante qui ne parvient pas à payer ses études ou peut-être une mère de famille endettée, m'avait supplié de répondre au questionnaire. "Mon loup" m'avait-elle supplié, "si je n'obtiens pas suffisamment de like et de commentaires positifs, je peux dire adieu à la prime d'efficacité et à mon petit cadeau de fin d'année. Si trop de clients étaient mécontents et trop de témoignages négatifs, mon souteneur (drôle de qualificatif pour un  profiteur de souteneur, n'hésiterait pas à me licencier. Avec la concurrence des filles de l'Est, des chinoises et des africaines, il me remplacera sans peine par une sans papiers, une plus démunie que moi qu’il exploitera davantage encore sans qu'elle puisse se plaindre. Abattage, horaires infernaux, endroits dangereux, clients douteux, toute la panoplie de la précarité. Sur le chemin du retour, traversé par une crise de mauvaise conscience, je ne pus manquer de m'interroger sur la conduite qui serait la moins préjudiciable à ma travailleuse du sexe. Accepter les règles du jeu en espérant qu’elle en retire un avantage immédiat ou refuser de satisfaire aux méthodes actuelles de gestion du personnel et de rémunérations individualisées. La fin des conventions collectives et des syndicats même demonétises. A peine avais-je eu le temps de me poser cette question que je passai devant une poubelle. L’enquête de satisfaction s'y trouve peut-être encore.

Il existe en revanche une enquête de satisfaction à laquelle je répondrais volontiers si elle existait (ne pas confondre avec les élections ), celle qu'enverait le palais de l'Elysée, 55 rue du faubourg Saint Honoré 75008 Paris pour évaluer la prise en compte de l'intérêt collectif par son locataire. Celle-là, je l'attends toujours. Faudrait aussi que je vous raconte quand mon dealer m'a remis la sienne d'enquête de satisfaction, au pied d'un immeuble en ruine dans un quartier déshérité. "Indispensable pour mon évaluation annuelle et mon bilan de compétences" a-t-il soufflé en me tendant une barrette de shit enveloppée dans un questionnaire de satisfaction. 

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