La carte postale de mes vacances globalisées

Des souvenirs de vacances, peut-être les dernières avant la crise. Mais où les ai-je passées ? Ce billet compte suffisamment d'indices pour deviner de quelle ville cette carte postale fut envoyée.

Dans le centre ancien ou historique, le seul à être digne de l'attentions des touristes, de larges avenues d'immeubles très élevés, à l'architecture moderne et rutilante sur lesquelles des enfants profitent de la pollution provoquée par des embouteillages permanents et de la chaleur des trottoirs. Un bel exemple dévouement filial qui permet aux géniteurs en tee shirt "sauver la planète " de visiter égoïstement des pays plus ou moins exotiques. Baignant dans une cacophonie musicale souvent assourdissante, les centres commerciaux frigorifiques encadrent les Mac donald's et les Starbucks, les boites à sushis et celles à pizzas, dans une typique odeur de graillon. Des magasins de souvenirs, d'autres de vêtements aux vitrines étincelantes voisinent avec des hôtel de luxe.

Des vacances de rêve © jean claude lénervé Des vacances de rêve © jean claude lénervé

Des promeneurs cheminent qui en couple, qui en famille ou en groupe mais rarement seuls. Dans cette foule pressée (respecter le planning et ren-ta-bi-li-ser), certains tirent une valise à roulettes, d'autres se débattent avec une poussette un peu obscène si l'on songe à la chaleur subie par les chérubins. La quasi totalité des marcheurs soliloque face à un écran, le regard fixe ou halluciné, la tête penchée sur la paume de leur main, les oreilles coiffées d'équipements pour autistes. Dernier ajout à la panoplie made in USA, le gobelet ou la canette sans lesquels on nr saurait arpenter les rues. Puis arrive l'heure de respecter la promesse d'une baignade promise le matin aux enfants afin qu'ils ne traînent pas trop les pieds ni ne râlent trop fort. On rentre à l'hôtel en taxi, à l'intérieur du car sur le pare-brise duquel est inscrit le nom de leur groupe ou pour ceux au moral d'aventurier dans un de ces bus "hop on hop off" qui draguent le chaland. Vient enfin le temps du repas. On aurait presque envie de goûter de ces plats devant lesquels s'attablent des locaux, sur le trottoir ou dans un marché tellement typique. Manque de chance, ils ne sont répertoriés dans aucun guide ou site de voyage. L'aventure d'accord mais pas d'imprudence. Préférons les endroits qui ressemblent à ceux qu'on fréquente chez soi avec de vraies tables, de la musique d'ambianc, une décoration rassurante et surtout un menu adapté aux palais sensibles des voyageurs. Pour finir, le selfie, dernière obligation avant de prendre un repos bien mérité et la conscience sereine. Devant un monument, la plaque d'une rue, seul (e), en amoureux ou en groupe  il témoignera de la chance qu'on aura eue d'effectuer ce voyage. Sans oublier le dernier verre à l'hôtel, avec la chouette bande de voyageurs rencontrés pendant le vol et qu'on retrouve aux mêmes étapes, sans s'être concertés. Des vacances enrichissantes avec meme des contacts avec les autochtones , ceux du comptoir de l'hôtel ou les serveurs du restaurant. Des vacances comme chez soi, sauf les arbres et la langue. Heureusement, avec les traducteurs automatiques, tout devient facile. Des vacances de rêve.

De quelle ville cette carte postale est-elle envoyée ? Bangkok, Barcelone, Berlin, Kuala Lumpur, Londres, Mumbai, New-York, Paris, Shanghai ou Singapour ? 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.