Le statut de directeur d'école officialise l'école à deux vitesses

Avec les maîtres directeurs, Macron poursuit la casse de la fonction publique, entérine le principe d'une école élémentaire à deux vitesses, sa privatisation et le culte du Chef, à l'école comme à l'Elysée. De quoi lui dresser un statut.

Avec l'annonce d'un statut de maître directeur, le Chef recycle une proposition lancée en 1987 par le ministre Devaquet à l'époque où il s'entraînait à jeter les enseignants dans la rue sous l'indifférence des syndicats. En 2021, Macron trouve le prétexte pour revenir à la charge, Marseille et la situation des écoles élémentaires. Chacun se doute qu'introduire "la liberté de recrutement de l'équipe enseignante par les directeurs d'école" n'est en aucun cas destiné à améliorer la situation des écoles primaires des "quartiers oubliés " de la "deuxième ville de France" ( il nous l'aura servi, le maniaque du classement ). Avec ce cheval de Troie, le caudillo du faubourg saint Honoré poursuit son objectif de privatisation de l'enseignement primaire qui fait suite au pass sport de Blanquer. Cette mesure scélérate signe l'abandon d'un enseignement public accessible à tous, quelque soit l'établissement et les conditions de ressources des élèves. Baudelot et Establet ont démonté en leur temps la supercherie du soi disant egalitarisme républicain mais ce statut officialise le principe d'un enseignement inegalitaire. Du Macron pur jus.

Quand cet individu parle de liberté, c'est celle du libéralisme du système éducatif anglo-saxon dans lequel tente de surnager l'enseignement public. Les conséquences sont impitoyables à l'egard des enfants des classes dominées et de leurs parents, aux USA, au Royaume-Uni ou en Asie. Un directeur qui sélectionnera les enseignants choisira les plus dociles, ceux qui ne feront pas gréve et qui seront attentifs aux demandes des parents.  L'effort porté sur les matières "utiles", moins sur les disciplines artistiques auxquelles les familles qui en auront l'envie et les moyens pourront inscrire leur rejeton. Une pensée pour Blanquer et son pass sport qui en remplaçant l'EPS par les fédérations sportives, attaque ce principe d'égalité d'enseignement. Demain, selon qu'on vivra à  Neuilly-sur-Seine ou à Clichy sous Bois, qu'on fréquentera l'école d'un quartier chic ou celle d'un quartier à l'abandon,  l'enseignement sera différent et fonction des subventions municipales, des financements sur projets, des enseignants attirés par des conditions d'exercice plus confortables, puisque les primes ne font pas tout. C'est l'élargissement assuré de la fameuse fracture sociale. Le statut de maître directeur, c'est la course à la séduction des parents d'enfants "sans problèmes" et des instituteurs expérimentés, respectueux de la hiérarchie qui ont une bonne note d'inspection. Le statut de chef d'établissement introduira la notation de leurs anciens collègues, un lien d'autorité, leur mot préféré à eux qui n'en ont aucune "naturelle et acceptée. Une situation qui existe déjà dans cet enseignement secondaire dont les medias ne manquent jamais une occasion de signaler tout le mal qu'il faut en penser. Il y a une trentaine d'années, des tendances syndicales minoritaires dont École Émancipée avaient demandé qu'une équipe d'instituteurs menant un projet de longue haleine et/ou utilisant une pédagogie différente ( Freinet ou autre) puisse avoir un droit de regard sur la nomination d'un nouveau collègue afin de ne pas casser la dynamique existant. Rien à voir avec Macron qui place au-dessus de tout la relation hiérarchique, d'ailleurs les Blanquer et de l'époque s'y étaient opposés. 

Quant aux syndicats ... lors du ballon d'essai de la droite en 1987, les syndicats enseignants avaient rejoint le mouvement d'opposition au statut de maître directeur après avoir longtemps tourné la tête et sous la pression "de la base". Aujourd'hui, il est probable que le Snalc, le syndicat du Rpr applaudisse, que l'Unsa et la FSU demandent des contreparties "pour les collègues " et que Zemmour se félicite de voir l'autorité restaurée dans les écoles élémentaires. Enfants des écoles de Marseille, rentrez en classe, vous n'êtes pas l'objet de cette mesure. A venir, la réforme Darmanin-Blanquer-Wauquiez :  gratuité de transport pour les enseignants arrivant en classe avec leur arme. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.