Finkelkraut et son « symptôme »

« un symptôme », c'est en utilisant cette arme de destruction poussive que le philosophe classieux tente de discréditer 'Adolescente trop médiatisée à son goût. Un peu court jeune homme...

 

Finkelkraut, philosophe des bonnes manières nous le rappelle, lorsque les enfants veulent prendre la parole, ils doivent d'abord en demander l'autorisation aux adultes et éviter les sujets qu'il serait inconvenant d'aborder à leur âge. Quelle idée aussi, pour des mineurs ignorants que d'interpeller les adultes à propos de l'apocalypse environnementale et de la pénurie énergétique.

Le philosophe énervé, tout comme Sarkozy et sa brochette de groupies ringards (combien de mis en examen parmi eux ?), jugent pareille irruption proprement insupportable et ils enjoignent à cette jeunesse de retourner fissa à ses chère études plutôt que de sécher les cours du vendredi. Des mineurs et des élèves, deux caractéristiques qui leur suffisent pour disqualifier le mouvement protéiforme. Alors, quand la plus suédoise et la plus médiatisée de la bande remet en cause le magistère des « sachants » et empiète sur leur quart d'heure de célébrité, c'en est trop aux yeux du philosophe chouineur et voilà comment il en arrive à recourir au « symptôme » pour disqualifier l'.

Pourtant, cette jeunesse paraît bien policée et il ne me semble pas avoir entendu dans les interpellations au monde des adultes la sortie et l'abandon pourtant impératifs du système ultra-libéral qui asservit la planète et qui signifierait un bouleversement total de mode de vie, du rapport à la production et au profit, l'organisation du travail et des loisirs, la question de l'échelle des territoires et celles des prises de décisions politiques. Combien de privilèges seraient ainsi remis en cause, plus que ce que pourrait supporter l'oligarchie opprimante dont notre philosophe fort en anathème se fait le porte-voix. On peut le comprendre car ces caciques vieillissent et souhaitent très égoïstement passer les quelques années qu'il leur reste à vivre, le plus douillettement possible.

Pour tenter d'améliorer la situation, le philosophe colérique s'en remet aux structures et aux modèles responsables de la situation. Bienheureux utopiste ! Et l'âne qui brait pour avoir du son (le samedi sur France Culture), se change en Don Quichotte de l'énergie nucléaire partant attaquer les éoliennes et leurs pales géantes qui défigurent les paysages et « gênent » les populations environnantes. Beauté pour beauté, je les préfère encore aux bâtiments bétonnés et entourés des clôtures des centrales nucléaires. Quant aux autres « gênes », quelles sont-elles * ? En tout cas, infiniment moins dangereuses que celles qui peuvent être répandues de façon diffuse, invisible et durable par les installations nucléaires.

On pourrait interroger le philosophe médiatique sur ses contributions. Préconise-t-il un changement de système économique, une décroissance obligée mais redoutée, des mesures drastiques d'économie d'énergie ou une politique malthusienne pour espérer endiguer l'explosion de la population mondiale, l'épuisement des richesses, la pollution généralisée et les catastrophes climatiques irrémédiables, tous phénomènes qui ne manquent pas d'attiser la haine et d'engendrer guerres et conflits. Et quant Gutteres, le secrétaire général de l'ONU abjure les représentants de la finance et de l'économie mondiales d'agir rapidement et radicalement, au nom de quel « symptôme », le philosophe tremblotant le récuse-t-il ? Et lui, l'arbitre des élégances philosophiques, de quel symptôme, souffre-t-il ? Pourquoi ne s'est-il pas contenté de ranger ses maux dans une valise et de partir tenter l'aventure au coin de la rue.

 

  • résidant aujourd'hui au pied d'un champ de ces engins, je n'éprouve aucune gêne. Et surtout, je dors plus sereinement depuis que j'ai quitté la partie de vallée située entre les centrales de Cruas et de Pierrelatte

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