Correspondante de guerre depuis son balcon

Un reportage transmis par mon envoyée spéciale sous son parasol

"Mardi six août, quinze heures. Confortablement installée sur mon balcon et bien à l'abri sous un parasol qui me protège du soleil caniculaire, je sirote une boisson fraîche. Enfin un peu de calme après l'activité incessante des pelleteuses du chantier voisin. Une accalmie de courte durée soudain déchirée par le rugissement assourdissant d'un hélicoptère au profil menaçant qui se dirige vers moi.  

 © D.lem, envoyée spéciale sur son balcon © D.lem, envoyée spéciale sur son balcon

Le vrombissement du rotor, les pales qui brassent l'air chaud et surtout  la porte ouverte laissant deviner des armes automatiques ... la panique me gagne. Par chance, l'engin change de direction et effectue un vol stationnaire au dessus du bâtiment voisin. Soulagement, Je ne suis donc pas la cible, personne ne m'a dénoncé comme déviante ou comme terroriste potentielle.  

En revanche, sur la terrasse de l'immeuble, des "gilets jaunes" devisent, insouciants des risques encourus et me revient en mémoire la menace d'intervention de la troupe proférée par un ministre, au printemps dernier. L'assaut de cet hélicoptère est-il une manoeuvre à la Grouchy ou cette menace est-elle réellement mise à exécution ?

A mlins que dans cet immeuble, occupé il y a peu encore, par la Cinq, on tourne une fiction guerrière ou un reportage bidonné sur les conditions de vie en Syrie. Quelques étages plus bas, indifférents au drame qui les menace, des passants baguenaudent. A dix minutes du centre de Paris.

Dernière hypothèse, la dernière blague du Dédé d'Issy, ce cyber farceur. 

Des gilets jaunes sur la terrasse © D.lem, envoyée spéciale sur son balcon Des gilets jaunes sur la terrasse © D.lem, envoyée spéciale sur son balcon
Je me rappelle en effet avoir reçu il y a peu, un tract de la mairie informant les habitants que des lâchers d'hommes en armes étaient prévus, le maire autorisant la police nationale à accéder à ce site "pour permettre aux policiers d'effectuer des exercices d'entraînement ...pour une durée de trois mois". Les "gilets jaunes" ne sont donc pas des cibles innocentes mais des auxiliaires zélés du service de propagande, des journalistes responsables pour qui on a organisé cette intervention pour qu'ils puissent contribuer à l'édification des foules et les ramener à la raison. Cette fois-ci, pas de bain de sang mais un cocktail entre gens raisonnables. Monsieur Thiers peut rentrer chez lui.

Il faut saluer le service communication des armées qui est au meilleur de sa forme. Après le défilé du 14 juillet, ce simulacre d'opération commando, on ne s'y prendrait pas autrement pour marquer les esprits et persuader les français que la docilité et la passivité sont leurs meilleures amies. Le mot d'ordre de la rentrée pourrait bien être "Restez chez vous, vous éviterez les mauvais coups".

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