Le football, avant-garde cramponnée du libéralisme

Difficile de choisir un titre ,,, «le foot avant-garde télévisée du libéralisme», «Le foot à la botte du capitalisme», «Le foot cire les pompes du libéralisme», «Le foot chausse-pied du monopole économique» ou « foot des va-nu-pieds, foot du Qatar, un seul et même outil au service de la finance et du soft power»?

Déchirant le message d'adieu laissé par un trentenaire argentin enlevé à l'affection des siens. Quelques larmes face caméra mais un visage qui reste digne, on est des hommes tout de même. De quoi craindre le retour de la junte des colonels. Videla aurait donc des successeurs perpétuant ses sinistres pratiques à base d'enlèvements, de meurtres et de tortures dans cette école navale qui bien qu'à deux pas seulement du stade où jouait l'équipe de France en 1978 ne laissait filtrer aucun cri qui aurait pu troubler la quiétude des joueurs et celle du public. Hombre, respire, ce messie-là est d'un genre nouveau, il ne s'adresse pas aux filles des mères de la place de Mai mais aux "socios" d'un club de foot catalan très huppé dont il fut le joueur vedette pendant une quinzaine d'années.  

Camarade footballeur, sous le maillot etc  A l'annonce du déficit de vingt-quatre millions d'euros du club, craignant d'être mis sur la touche, l'hidalgo qui n'est pas un âne (ou son agent ) proposa de réduire son salaire annuel de cinquante pour cents. Du quasi-bénévolat même si la moitié de ces soixante et onze millions d'euros annuels devait lui laisser de quoi vivre. La réunion des délégués du personnel n'y put rien, le patron resta inflexible, lui opposant une fin définitive de non-recevoir.  Son destin scellé, le joueur se résolut à prendre le chemin de l'exil avec femme et enfants. Un drame ordinaire de la globalisation. Cependant, comme on était entre gens de bonne compagnie, aucun pneu ne brulât, aucune chemise ne perdit ses boutons et la seule manifestation que provoqua son départ, fut comme on l'a vu plus haut, un rassemblement de fans se demandant quel serait le nouveau héros proposé à leur adoration (1).

Son dernier message avant de quitter le sol barcelonais, des mots simples criaent sa colère devant le comportement d'actionnaires sans pitié dont la reconnaissance épouse la courbe des profits : (il) "n'a pas caché sa douleur et l'a assuré "j'ai tout fait pour rester". "Après 21 ans, je pars de Barcelone avec ma femme et mes enfants" (site Sport.fr ). Mais non ? Mais si ! Tout comme d'autres réfugiés avant lui, il traverse les Pyrénées un baluchon Vuitton sur l'épaule, à cette différence toutefois qu'il passa la frontière dans un jet privé et qu'au lieu de s'arrêter bêtement au camp de Rivesaltes, il poursuivit jusqu'au camp des Loges, une enclave qatarie en territoire francilien. Les conditions d'hébergement y sont plus agréables. 

Réfugié économique L'histoire connaît une fin heureuse puisque la nouvelle vedette parisienne avait pris soin d'adresser préalablement une lettre de candidature à l'émir du Qatar. Sorte de travailleur détaché bien qu'extra européen, il obtint un emploi au sein du club qatari du PSG, avec un modeste quarante millions d'euros de salaire annuel, primes non comprises. De quoi lécher les vitrines des Champs-Elysées. Combien de maillots vendus, d'abonnements aux chaînes cryptées et de paris en ligne ?  Le montant indécent de ces revenus auxquels il faudrait ajouter ceux des contrats publicitaires n'a rien d'étonnant, tout comme le 1% des dirigeants et des actionnaires, il est constitutif du monde du football qui fait partie intégrante du système capitaliste. Pour changer le football et pas seulement sa partie professionnelle, il faudrait sortir du capitalisme comme on va le constater. Pour parvenir à l'achat du joueur, il fallait modifier le code des bonnes manières du football régulé par la règle du "fair play financier", une odeur d'OMC... d'ailleurs, tout rapprochement entre fair play et football (ou sport), ne peut manquer de faire hausser les sourcils. Cette sorte de loi antitrust édictée par la FIFA, le MEDEF du foot, visait à limiter les effets d'une concurrence déloyale entre équipes et à donner une apparence d'équité avec un montant maximal fixé à la masse salariale. Visait ... car s'il avait respecté cette règle l'émir du Qatar aurait dû se dépouiller d'un ou de plusieurs joueurs, ce qui n'aurait pas manqué de faire saigner son coeur de mère devant choisir lequel de ses enfants sacrifier. Sensibles à sa détresse, les instances acceptèrent de modifier la loi. Sans compter que le Qatar est un acteur de poids dans le monde du football. Lui opposer un refus catégorique aurait été difficile, un peu comme quand la Chine prend un décision, les états baissent la tête et obéissent. Or dans le football, le Qatar, est comme la Chine, hégémonique et autoritaire, ne prenant en compte que ses seuls intérêts. L'OMC n'y trouverait pas matière à critique. Le Qatar possède trop d'intérêts, directs ou par le biais d'une fondation dans des clubs professionnels, un réseau de chaines de télévision, des équipements et des produits dérivés pour ne pas se plier à ses demandes. D'autant qu'il a également acheté le droit d'accueillir la compétition phare de ce sport en 2022 ; à ce sujet, de méchantes langues parlent de corruption, de méthodes esclavagistes pour construire les équipements ou encore d'aberration sportive et environnementale. Après la diplomatie du tennis de table, le softpower par le football. 

Le foot n'est pas le seul domaine où le capitalisme instrumentalise et détourne à son profit exclusif les politiques publiques et les intérêts privés en fonction de ses seuls intérêts, les industriels du foot sont des prédateurs comme les autres dont les motivations sont profit, gloire, ambition politique, domination, élimination de la concurrence et qui aspirent à garder le monde à leur main. En revanche, une des spécificités du sport tient à ce que la complicité enthousiaste des pratiquants et des spectateurs est acquise depuis les compétition de quartier jusqu'aux rencontres internationales. Que les "capitaines d'industrie " s'appellent Hersant ou Bolloré, G.A.F.A, qu'ils interviennent dans la téléphonie mobile ou dans le monde du sport, multinationale ou PME, PSG ou réserve du football club briard (2), peu ou prou les objectifs sont les mêmes et la seule utilité fixée aux des règles de s'en affranchir, de les détourner et de les modifier. Facile à faire puisqu'ils tiennent les bras des porte-plumes des gouvernants.

Retour au Qatar, à son émir, proche des frères musulmans et client assidu des marchands d'armes français. Le Qatar, comme d'autres émirats, subventionne  sa compagnie aérienne dans le but de mettre en faillite celles d'autres pays, occidentaux notamment ce qui lui permettra de faire grimper le prix des billets. Pour la coupe du monde, c'est un peu pareil. Grâce à la réussite de l'opération Messi, le Paris Saint-Germain, propriété exclusive de l'émirat compte désormais dans ses rangs trois joueurs vedettes de trois nationalités différentes, Argentine, Brésil, France, trois joueurs qui dopent les ventes de maillots et surtout qui devant faire partie de leurs sélections nationales respectives. La compétition ne devrait pas échapper à l'une de celles-ci, illustrant ce qu'est un retour sur investissement réussi. Profit financier et softpower ... Deux moyens pourraient empêcher ce plan d'aboutir, un boycott planétaire ou une attaque de covid.  

"Féminines ", la pièce de Pauline Bureau jouée par la compagnie des anges est rediffusée sur la plateforme France télévisions jusqu'au 9 décembre. 

(1) les afficionados vantaient la spécificité du club catalan, financé par ses seuls supporters et dont les maillots étaient vierges de toute publicité, le mythe d'un football propre et indépendant des intérêts financiers qui a disparu avec l'accélération de la mondialisation des compétitions qui a provoqué une surenchère des émoluments des joueurs (le 1% ici aussi) et de leurs agents. Quand le FC Barcelone vend des joueurs  pour tenter de résorber un déficit abyssal que fait le Paris Saint-Germain ? Il en achète. On peut redouter que le pouvoir apporte une aide par le biais des impôts ou d'une autre mesure pour combler le déficit des deux cents millions d'euros de cette entreprise sportive. On comprend que la casse et la privatisation des retraites, celle du système hospitalier et de l'assurance maladie soient indispensables.

(2) clin d'oeil à Brétecher.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.