Emmanuel M. s'est embarqué ce matin à bord de la ligne 13 du Transilien pour son premier voyage interdépartemental afin d'effectuer une sortie hors des limes du monde civilisé. « C'est exceptionnel, une expérience unique » a-t-il déclaré après avoir franchi le portillon de la station d'arrivée et satisfait aux formalités sanitaires. « Bienvenue à l'aube, d'une ère nouvelle » a poursuivi l’aventurier qui paraissait en pleine forme malgré des traits marqués. Il a profité que les micros se tendaient vers lui pour féliciter le personnel grâce à qui le voyage s’était déroulé dans les meilleures conditions possibles, un propos nuancé par le rappel de deux incidents imprévisibles mais fréquents qui avaient provoqué un retard conséquent ; un arrêt intempestif après la découverte d’un colis oublié et une panne mécanique. « Prévoir la privatisation» a-t-il soufflé aux ingénieurs présents qui se sont empressés de noter la réflexion en vue du prochain Conseil des Grands Projets Nuisibles. Rappelons que cette aventure a commencé dès six heures ce matin avec un pré acheminement jusqu'à la station de départ où il dû jouer des coudes au milieu d'une centaine d'autres passagers pour accéder à la plate-forme de lancement de la navette qui l'a propulsé à près de vingt mètres sous terre, en direction de la périphérie francilienne et de sa destination finale, un des nombreux « trou noir de la République » de la galaxie 9-3. L'audacieux aventurier n'a pas caché les conditions extrêmes qu’il avait rencontrées pendant ce voyage interdépartental. Il avait plusieurs fois manqué d'oxygène, ce qui aurait pu provoquer un « malaise passager » sans compter que, coincé dans la foule anonyme, il avait reçu quelques claques et senti des mains baladeuses se livrer à une exploration de son anatomie. La promiscuité populacière l'avait d'ailleurs empêché de se concentrer sur le respect des paliers de décompression entre son domicile du huitième arrondissement et l’appartement du quinzième étage de la tour d’une cité où, rappelons-le, il était prévu qu'il partage le petit déjeuner d'une famille d'autochtones. Une panne d’ascenseur lui avait miraculeusement permis d'échapper à cette dernière épreuve.
Emmanuel M. nous a indiqué qu'il n’entendait pas en rester là. Talonné par d'autres industriels de la politique, aux premiers rangs desquels l’entreprise Lepen et filles, l’audacieux natif de Rastignac, une province de Sarkozie, projette d'autres exploits parmi lesquels une audacieuse exploration de Paul-Emile Emploi, l’inscription au parcours Sup’ d'obstacles ou un autre défi qui repousserait les limites du courage, la participation à une manifestation autorisée par le préfet Lallemand et contrôlée par les syndicats policiers. Casse-cou inconscient, il espère en ressortir vivant, sans blessures et sans passer par la case prison. Ne résistant pas à un dernier tour devant les micros et les caméras, Emmanuel M. a dévoilé que le principal bénéfice qu’il espérait retirer de son exploit était la découverte d'un produit rare, le travail, une mine capable de lui rapporter plusieurs points dans les sondages.
Avant de regagner sa maison des pièces jaunes, Emmanuel M. a tenu à remercier les personnes qui ont crû en lui, ses sponsors du patronat en premier lieu et les médias pour leur soutien indéfectible. Il a terminé en révélant le nom de sa prochaine expédition, l'« isoloir », un lieu aujourd’hui déserté dont pourtant certains anciens se rappellent encore. Mais ceci est une autre histoire.