"Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue"

Dieu le fracas que fait le cinéaste Sentson qu'assassine Poutine, tranquille, tant le silence des consciences démocratiques est assourdissant. "Un jour, un jour," il sera peut-être trop tard pour se réveiller.

« Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue ». La lecture de l'article d'Antoine Perraud "Macron et Poutine se parlent, Sentsov se meurt" m'a remis en mémoire "un jour, un jour", le poème d'Aragon, impardonnable et fidèle zélateur de Staline (l'affaire du portrait), du Guépéou, de ses crimes et des goulags soviétiques. Aragon écrirait-il son poème "Un jour, un jour" pour condamner le crime de Poutine ? Les vers de son poème (extraits ci-dessous en italique) destinés à l'hommage de Lorca le poète pourraient aussi bien s'appliquer à Oleg Sentsov le cinéaste, tous deux victimes de « la bête triomphante ». A «  Grenade » comme à  Moscou  ou en Crimée, le FSB démocrate comme le Guépéou stalinien restent l'instrument des crimes d'étatMême si existent des différences, quelques fois évidentes d'autres fois minimes, les tentations demeurent dès qu'un pouvoir fort existe. Sans doute parce que « le pouvoir est maudit »*, en démocratie élective comme en dictatureMettre la justice à sa botte, la réformer, réprimer et emprisonner les opposants, les vieilles recettes sont recyclées ad nauseam : « es bagnes toujours », « le baillon pour la bouche et pour la main le clou ». La liste est longue des régimes qui les commettent et celle-ci est loin d'être exhaustive : Cambodge, Cameroun, Cuba, Venezuela, Thaïlande, Turquie, Indonésie, Iran, Inde, Vietnam, USA … toutes gardent prisonniers des prisonniers politiques. Des démocraties électives, des dictatures et des monarchies constitutionnelles, preuve qu'aucun de ces régimes n'y change quelque chose. En France, le FIJAIT (fichier judiciaire automatisé des infractions terroristes) est prêt à donner toute sa mesure, le jour venu et la Grande Bretagne a longtemps porté des épines irlandaises. 

Sale temps pour la démocratie (Democracy monument -Bangkok) © Jean Claude Lenerve Sale temps pour la démocratie (Democracy monument -Bangkok) © Jean Claude Lenerve

Quand on évoque une transformation profonde,  radicale, par consensus général et sans violence de l'organisation politique, économique  et sociale, on passe pour utopique. Ne sont-ils pas davantage de doux (?) reveurs, ceux qui s'épuisent dans de vaines courses de « petits chevaux » en espérant un autre changement que celui de la casaque du vainqueur ? Il est plus qu'urgent d'unir nos forces, nos combats et nos intelligences. Qu'est-ce qu'une production socialement utile, faut-il maintenir le diktat de la croissance meurtrière ? L'échelle "nation" est-elle pertinente pour décidet et gérer des territoires ? Big n'est pas toujours beautiful. Faut-il maintenir des frontières ? Et quel mode de désignation des délégués, quel mandat et quel compte-rendu ? Nombreux sont ceux qui y réfléchissent mais souvent dans une perspective électorale donc vouée à l'échec. Peut-être arriverons-nous à nous libérer « des guerres et des querelles », « des  manières de rois et des  fronts prosternés », à inventer «un  jour de palme, de feuillages au front » pour en finir avec  "ce partage incessant que se font de la terre entre eux ces assassins » . Pour qu'il n'y ait plus de « poète qu'on tue ».

* là c'est Louise Michel qui s'y colle. Je laisse au(x) lecteur(s) s'il s'en trouve, le soin d'en terminer la citation

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