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Billet de blog 13 avril 2020

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En avant pour une "bonne" dictature

Macron fera-t-il mieux que "Monsieur" Thiers et que Xi Ji ping réunis ? Un pari difficile qui reste possible, la pandémie autorisant tous les excès. Les mécanismes sont en place, il suffit simplement d'une méthodologie et d'une communication adaptées. Le reste n'est qu'affaire de volonté.

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Depuis le 3 avril, le préfet de Seine et Marne donne le ton en réquisitionnant soixante sept "chasseurs et garde-chasse personnels" et en interdisant les heures de sortie entre 10h et 19h, sauf pour urgences médicales, raisons professionnelles ou achats dits de première nécessité (le pastis ça compte ?). Encore un effort et nous voilà au seuil d'une dictature qui s'est imposée sans bain de sang et si la recette est connue, il faut l'appliquer dans les règles de l'art. Commencer modestement en testant sur un petit échantillon les mesures qu'on souhaite mettre en place en prenant soin de respecter au moins dans les premiers temps, les apparences de la démocratie. En comm' ça s'appelle un ballon d'essai ou un test de faisabilité. Il convient de s'attacher à susciter l'assentiment général en recourant aux deux thèmes porteurs que sont "la santé" et "la sécurité". En cas de besoin, on pourra faire appel à quelques personnalités en vue dont les interventions publiques devraient faciliter l'adhésion, les sportifs et les rappeurs font ça très bien. Stigmatisez les résistances, valorisez les soutiens et corrigez, momentanément, une mesure qui pourrait s'avérer un peu trop impopulaire.Toujours tester à échelle réduite avant d'appliquer à l'ensemble de la population et du territoire. Ca y est, vous pouvez maintenant resserrer le collier étrangleur sans difficulté.

Illustration 1
Occupy Bangkok novembre 2013 © Jean Claude Léervé

La situation actuelle illustre parfaitement cette méthode. Faîtes voter un état d'urgence sanitaire en respectant les apparences démocratiques et au nom de l'intérêt public. Transformez le pays en un immense centre pénitentiaire, limitez les déplacements et donnez l'ordre aux matons de punir les réfractaires. Le fric et la menace de prison. Des images à peine fantasmées de militaires patrouillant les rues devraient alors commencent à circuler dans certaines têtes. Attendez que les premières conséquences de l'enfermement se fassent sentir dans les appartements surpeuplés et les quartiers à l'abandon. Avec l'arrivée des premiers beaux jours, la pression monte et les manquements au confinement se font plus nombreux. Pour la santé et la sécurité de tous (argument à répéter sans limitation), vous voici contraint à adopter un dispositif plus contraignant. Rallongez l'enfermement accepté que vous accompagnerez de brimades inutiles mais dignes de l'école primaire ; des mineurs face au "maître", de quoi mettre la majorité dans des dispositions favorables. Le maître est compréhensif mais il punit les récalcitrants. Donnez ordre à un préfet, de préférence nouvellement nommé, de réquisitionner des civils armés, des chasseurs qui devraient être ravis d'être autorisés de changer de gibier, d'autant que leur passion s'est trouvée bridée en ces temps de confinement. Contentez-vous d'abord de cibler certains espaces verts bien délimités puis, étape suivante, autorisez ces patrouilles à intervenir sur la voie publique. Pour faire bon poids, rajoutez un couvre-feu. Donnez un nom à cette force armée mobilisable à tout moment. Un conseil, préférez "Garde Sanitaire Nationale" à "milice" dont l'emploi pourrait réveiller certaines consciences endormies.

Illustration 2
puis vint la dictature - Bangkok mai 2014 © Jean Claude Lénervé

Des critiques viendront, y compris de votre camp. Faîtes-les taire en arguant du respect des finances publiques. Avec ces quasi-bénévoles, pas d'heures payées à une troupe qu'il importe d'autre part de garder reposée et en forme lorsque les choses sérieuses commenceront. Les chaleurs estivales pourraient amener des rebellions armées, il en va de votre responsabilité d'anticiper. Autant d'arguments qui devraient emporter l'adhésion des experts en économie et des syndicats de police. Facilitez l'intervention des forces armées, même guidées par des drones, limitez les déplacements. Vous l'avez presque votre dictature. Pour les derniers détails à fignoler, consultez le guide Marabout, ils ont un "surveiller et punir" (*) grâce auquel vous pourrez appliquer des propositions d'un grand intérêt. Osez la technologie, c'est plus "fun" que des bouts de papier facilement falsifiables.

Illustration 3
des barbelés pour tous - occupy Bangkok 2013 © Jean Claude Lénervé

Pourquoi ne pas tenter le puçage humain ? Surveiller et orienter. La crise de la "vache folle" a permis de rendre obligatoire le puçage animal, il n'y a aucune raison que le coronavirus ne permette pas l'implantation de puces RFID. Une autre mesure, plus rapide à mettre en place et plus "branchée" : la surveillance par les "applis" (l'usage de l'apocope facilite l'infamie). Rendues obligatoires pour tout déplacement, elles permettent en outre de renseigner sur des critères déterminés. Un des avantages de cette mesure est que les fabricants de matériel connecté, les concepteurs de programmes mouchards et les fournisseurs d'internet peuvent être sollicités pour participer financièrement à votre campagne de réélection. Un  dernier conseil, adopter un ton grave et mesuré pour rappeler que ces mesures qui peuvent provoquer des protestations et causer des gênes réelles sont toujours prises dans l'intérêt commun et pour garantir la santé et la sécurité des la population. Voilà, c'est fait. Vous voici à la tête d'une population soumise et consentante, un rêve devenu réalité qui me rappelle la chanson du très regretté François Béranger.  

Une ville © François Béranger

(*) le défunt Michel Foucault voudra bien m'excuser.

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