Un quatorze juillet rélooké

Le Conseil des Fêtes et des Cérémonies vient de décider quelle serait la prochaine réforme à rejoindre la liste des réussites du lider minimo. C'est un quatorze juillet relooké s'y colle. En avant première, le déroulement de cette journée chic et choc.

Le choeur des technos macroniens a beau anonner avec une opiniâtreté admirable que" le pays a besoin de réformes » , les électeurs n'en sont toujours pas convaincus. Il est donc essentiel de trouver des argumentations lumineuses qui parviennent à faire accepter ces réformes dont j'entends passser le train, sans qu'elles soient sifflées (clin d'oeil aux Richards d'Antony et d'ailleurs).  Premiers sollicités, les "medias dominants " sommés de chausser leurs hottes de c'est mieux, diffusent ad nauseam des chromos anesthésiants qui mettent en scène avec une rare Constance ( promis je ne dis rien de l'étonnante Hortense) des chalands ébaubis d'être à nouveau autorisés à s'asseoir pour faire grimper leur taux de cholestérol et qu'on voit entretenir une anonamalie lipidique avec le sourire et des pizzas en carton. Encore vivant, Brassens n'aurait pas manqué de nous alerter "gare aux allégories" (c'est la fin des à-peu-près ) lobotomisantes telles "la liberté attablé au comptoir» et « Au libérateurs des Terrasses, la Patrie reconnaissante".

De quoi te plains-tu vieux grincheux,? D'un peu de bonheur engrangé en prévision des rigueurs de la rentrée et la quatrième vague post-euro de foot, ce qu'un soutier de l'information traduirait « les images qu'on avait envie de revoir » ou encore « les scènes qui font du bien à retrouver ». C'est ainsi que, chaque soir, le vingt heures enrichit son recueil des contes d'apéro de pages d'actualité heureuse. En tenue de Gala, elles font admirer aux téléspectateurs leur "Point de vue faussé et Images du monde frelatées". Affichant comme à son habitude les signes extérieurs d'une gaieté obligée, la ministre de la culture au rabais demanda qu'on sollicitât le fou chantant, son optimisme forcené et ses chansons insouciantes. Terrible déception, l'artiste était parti depuis quelques années déjà, pour long un exil souterrain. 

Et ce quatorze juillet ? Patience, j'y viens. au cours d'une séance habituelle de jus de crâne, en anglais brain storming, on tira au sort le nom de la prochaine "réforme" indispensable à la survie du pays . C'est la Fête Nat' qui s'y colla. On en profiterait pour la relooker façon disruptif afin d'être raccord avec l'image du Grand Réformateur en Chef. Le directeur d'un cabinet de consultants, major de la promotion "Grands projets ridicules", venu prêter main forte à la petite cinquantaine de conseillers du Cabinet de Sa Suffisance, en griffonna le programme sur un bout de papier qui finit au fond d'une corbeille. En voici les grandes lignes. 

Le jour du Saigneur. Six heures du matin, pourquoi commencer les retransmissions télévisées si tôt ? Pour permettre aux spectateurs d'assister aux tâches quelquefois ingrates de ceux qui nous protègent en débarrassant l'avenue de ses migrants et de leurs tentes et d'envoyer un message de fermeté aux candidats sans papiers qui imagineraient être les bienvenus.   

Dix heures, tout est prêt pour la descente de la "plus belle avenue du Monde" (s'entraîner à prononcer cet lément de langage sans rigoler). Pour coller à l'actualité, pplutôt que des blindés couleur kaki, on fera appel à l'équipe de France de football et à son autocar bleu à impériale portant la marque d'un équipementier sportif ( faire cracher au bassinet) et à ses champions auréolés par la victoire, sanglés dans des  tenues siglées "Zemmour". De toute façon, les chars d'assaut, perdus dans le desert malien n'étaient pas disponibles. Un spectacle de danses folkloriques aux mouvements saccadés, accompagnés d'éructations en patois banlieusard, présentera quelques coutumes de nos cités et affichera l'image de la réussite de l'intégration à la française. C'est alors, que tel Zebulon sortant de son Patrick Buisson, un ancien occupant des lieux s'emporta contre la présence de ces racailles qui ne méritent que le karcher. 

Onze heures, la remise du maillot National en grande pompes par le capitaine des sauvageons, un vrai crampon. Le Capitaine de la France se saisira du Saint Paletot frappé du coq pour le présenter à la foule abîmée dans l'adoration, avant de l'enfiler ( le maillot, pas la foule). Alors qu'il ne restait qu'un dernier détail à régler, celui du numéro inscrit sur au dos du maillot, "111 000" comme le nombre de morts du covid en France ou "2 500", comme celui des blessés graves dans les rangs des gilets jaunes que l'horrible nouvelle parvint. Ces jeunes gens s'étaient fait exploser la qualification aux tirs au but. Les islamo-footeux séparatistes, manipulés par l'anti France avaient infiltré la sélection nationale, préférant la honte de l'auto-élimination à l'ambition de redonner honneur et fierté "pendant ces moments difficiles". Seule consolation, une caméra avait noté les numéros des fauteurs de troubles.  

Un nouveau programme, plus classique, dut être établi. On reviendrait à la traditionnelle course de chars avec paris en ligne et proclamation des résultats depuis la tribune présidentielle. En 2020, Ben Hur avait remporté l'épreuve devant le général De Villiers et qu'on avait déplorait les graves blessures subies par un légionnaire que sa sa chèvre avait traîné sur les pavés disjoints. Le maire de Nice qui passait par là, proposa d'échanger son plat de lentilles électoral contre une descente de, la police municipale de sa ville. Comment refuser, à dix mois d'une élection présidentielle ? D'autant qu'on tenait là, une illustration des avantages de la nouvelle loi sur la sécurité et de la privatisation des « forces de l'ordre ». Une cinquantaine d'agents défilerait donc, jetant des pétales de fleurs aux selfies des badauds, pour offrir un corso fleuri qui participerait de la promotion de la ville. « Tourisme et Ordre », ces deux termes qui auraient pu orner le drapeau brésilien résumait le testament politique de Jacques Medecin, l'ami des dictateurs. Comment ne pas imaginer d'autres participations, avec les sociétés de sécurité, les milices privées ou mieux encore, avec les "Grands Frères " et les "Anges gardiens" tchétchènes. L'intégration à la française. Hélas, un préfet trop zélé fera confisquer les appareils photo et caméras qui auraient dû immortaliser l'opération. Il ne s'était trouvé personne pour l'avertir que le très controversé article 24 avait disparu de la proposition de loi. Profitons-en pour signaler une initiative en guise de concession aux conclusions de la convention citoyenne pour le climat : avions et hélicoptères sont remplacés par des drones. L'occasion pour les forces de l'ordre de s'entrainer à leur maniement dans les conditions de la réalité et de compléter leur album photo avec quantité de portraits. Malheureusement, l'obligation du port du masque en limite l'intérêt (le virus serait-il vraiement un agent de l'étranger ?). Par décision du chef du Conseil Vaccinal de l'état, les spectateurs devront se livrer à un tour de passe-passe sanitaire pour être autorisés à assister au défilé.  

Midi, les pique-assiette et des lèche bottes s'invitent à la garden-party. Les explorateurs de Paul-Mimile Emploi sont chargés d'une mission impossible, recruter les chômeurs qui circuleront, un plateau à la main entre les convives. L'hôte des lieux ayant la voix cassée par la succession de discours et de mesures qui sont restées en travers de la gorge des citoyens (mais là, ce sont les voix des électeurs qui sont cassées ) nous assisterons à la remise des prix de fin d'année : 

- Les huit cent mille premiers signataires de la pétition " Pour un retour de l’honneur de nos gouvernants « paru dans Valeurs Ringardes » gagneront un stage d'entraînement commando au Puy du Fou. Messieurs les participants (nos amies les femmes ne sont pas autorisées à concourir) veilleront à indiquer de façon lisible leurs noms, prénoms, grades, adresses et numéro de téléphone.

- L’ONG Eric Zemmour remettra un ensemble masque, tuba et palmes aux cent papiers volontaires qui feront la traversée Marseille-Alger à la nage. On nous demande de préciser que la traversée en sens inverse n'est pas acceptée. 

-L’Oscar de « La Marine » sera décerné à l'équipe de plongeurs qui a coulé le plus grand nombre d'embarcations garnies en méditerranée, en l'espèce une maquette du Rainbow warrior, dédicacée par feu le ministre socialiste Charles Hernu. 

-La Fondation Pinault François ( protecteur de l'art qu'on spécule) remettra à monsieur François Pinault le Prix "Clinquant et de la dorure qu'en jette mais qui fait mal aux yeux sauf à Anne Hidalgo » en reconnaissance de son investissement (sic) pour la rénovation de la Samaritaine.

- Madame Brigitte de la fondation de France remettra son poids de pièces jaunes au premier gilet (jaune) qui récitera "l'Ode à Manu". Monsieur Fabrice Lucchini présidera le jury. 

- Avant sa disparition, la maison Jean Jaurès remettra les clefs du parti à Anne-dernière dans la première-Hidalgo en lui  rappelant d'éteindre les lumières en sortant. 

- Prix spécial aux trente-cinq pour cents d'électeurs qui s'obstinent à voter.    

A seize heures, Agnès Verdier-Molinie ouvrira le traditionnel bal des faux culs. Les danses auxquelles se livreront les participants devront respecter le thème des  "Elections présidentielles " : valses hésitations, coups bas et coups fourrés, pas de deux, revirements etc . 

Vingt deux heures, le clou de cette journée qui rend marteau, le spectacle pyrotechnique, cette année délocalisé en banlieue. Au programme LBD, grenades et fumigènes avec tirs de mortier sur cibles émouvantes. Ne pas hésiter à incendier les voitures qui traîneraient sur les parkings. Une service de navettes avec des paniers à salade permettra aux spectateurs de regagner leur domicile après un détour par le commissariat pour échanger photos, adresses et même, empreintes digitales. Une fois encore, la police prouvrera que le devoir d'hospitalité n'est pas qu'une vague notion, en permettant à certains de prendre un repos bien mérité dans une des cellules prévues à cet effet (réservation sur myjustice.com). Les plus méritants repartiront avec un bracelet pourvu des dernières innovations technologiques. Cette journée devrait rester gravée longtemps dans le coeur des participants, d'autant que grâce au réseau social des RG, les liens noués à cette occasion ne seront pas rompus et qu'ils resteront en contact.

Défilé et élections, "On n'est pas là pour se faire engueuler" © Boris Vian

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