La revitalisation rurale vue par les élus bretons

Les chefs ont annoncé la priorité, revitaliser les centres bourgs et leurs commerces. Il était donc logique que les élus régionaux bretons votent la fermeture du lycée d'Audierne pour permettre la construction d'une résidence touristique de luxe. Une de plus, en effet, puisque, le "tout balnéaire est votre seul avenir, répète-t-on-t-on aux "bretons typiques" du cap Sizun et du pays bigouden.

Jean Moulin est entré en résistance, enfin les parents d'élèves du lycée : pour l'occasion, il a parlé d'une voix forte par le truchement mais rien n'y a fait ; ni les pancartes (photo), ni les dazibaos ni une manifestation qui a pourtant obtenu un réel succès.

 © Jean-Claude LENERVE © Jean-Claude LENERVE
Les élus PS de la région Bretagne  et le rectorat ont décidé de la fermeture du lycée professionnel Jean Moulin de Plouhinec - Audierne. Il faut savoir que ces deux communes, 7 500 ha au total, situées de chaque côté de l'estuaire du Goyen en face l'une de l'autre, ont misé leur développement / pérennité, sur le seul tourisme
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balnéaire. Des pancartes évoquent un projet immobilier, une résidence de grand standing est dans l'air, d'élus démotivés (euphémisme ?) et de juteux profits potentiels. Il faut dire que cette résidence devrait rejoindre les hébergements déjà existant, résidences, maisons de vacances et hôtels, qui s'obstinent à garder les volets fermés la majorité du temps. C'est sans doute ce qu'on appelle  "revitaliser les commerces du centre bourg". Assurer la sur-fréquentation touristique, avec son cortège de nuisances, pendant les trois mois d'été alors que la désertification s'empare du territoire les neuf mois restant. Ce genre de décision politique y contribue inexorablement, même s'il n'en est pas la seule raison. Au fait, combien parmi ceux qui protestent contre la fermeture du lycée ont-ils approuvé la RGPP (révision générale des politiques publiques) initiée par Sarkozy à la plus grande satisfaction de ses successeurs du PS. 

Audierne a déjà connu pareille fermeture d'établissement scolaire. En effet, depuis une vingtaine d'années, l'école de pêche d'Audierne (école d'apprentissage maritime, EAM), a fermé ses portes. Depuis, ses locaux, immenses, s'emploient à tomber en ruines (photo).

Ce qui reste de l'école de pêche © Jean-Claude LENERVE Ce qui reste de l'école de pêche © Jean-Claude LENERVE
Un projet de casino (!) a bien été annoncés mais sans suite. Depuis, la majorité municipale (PS) a été battue aux élections municipales et la nouvelle a signé un compromis de vente avec un promoteur pour un autre projet immobilier qui devrait voir le jour en 2018 ; une résidence (!) d'appartements de standing sur les deux étages supérieurs,  le rez de chaussée accueillant un musée maritime. Ce musée existe déjà en centre ville mais il présente l'inconvénient d'être vétuste et ... sans boutique. Coût annoncé à la charge de la municipalité, 50 000€ puis 200 000€ pour le musée. Foin des baisses de dotation, ici rien n'est trop beau pour attirer les touristes. La criée et son esplanade devraient aussi connaître des aménagements conséquents. Heureux capistes, ils continueront à voir passer devant leurs portes des colonies de campings car surdimensionnés. L'hiver, ils pourront se consoler en songeant avec fierté à la distinction obtenue au concours des villes fleuries. Et pourquoi pas, espérer l'arrivée d'un de ces (ridicules) petit train qu'on voit dans les villes, un "traîne-couillons". Il en existe déjà un, quelques dizaine de kilomètres plus au sud, qui trimbale des touristes, notamment chinois, au milieu des champs de tulipe de Plomeur. Un autre désert rural, certes mais fleuri. 

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