Les journées du patrimoine de Bachelot

"Un patrimoine en commun", "un patrimoine pour tous" ... il n'est pas certain que le ministère de la culture fasse référence au patrimoine national issu du CNR dont EDF et la SNCF font partie.

Chaque année que Macron fait, les journées du patrimoine sont l'occasion de sortir le citoyen Stéphane Bern, royaliste et ami du couple présidentiel (aucune contradiction ? ) de la naphtaline dans laquelle il est conservé. On sait qu'une des marottes de ce bouffon du roi est de classer, hiérarchiser des sites, de les mettre en compétition les uns avec les autres. La guerre de tous contre tous ... comme dans le sport, la politique et l'économie. Or, à l'inverse, le thème retenu  cette année " Le Patrimoine pour tous" est censé mettre "l’accent sur l’accessibilité de notre patrimoine, avec des parcours adaptés à tous les publics et une attention particulière portée aux personnes en situation de handicap" (éditorial de la ministre Bachelot ). La page d'accueil du site du ministère affiche quelques clichés. Un paysage corse, une plage tropicale, une exhortation à "la culture en famille " (châteaux et musées ) et l'interview d'un specialiste maison du "patrimoine ferroviaire " puisque ce gouvernement met un  "focus particulier ... sur le patrimoine ferroviaire, témoin de l’histoire du rail dans notre pays", que souligne la photo d'une locomotive à vapeur. Et la glorification inévitable du TGV, ce Concorde terrestre, fierté du génie français à qui l'on doit tout de même quelques désagréments. Un déficit budgétaire abyssal, la séparation entre le réseau et le roulant, l'abandon des voies secondaires pourtant primordiales au profit du réseau TGV dont l'étendue le place à la quatrième place. En Europe ? Non, dans le monde. Bien sûr, on passe sur les saignées environnementales, conditions obligées pour permettre aux hommes d'affaires et aux cadres sous pression de vivre et de nous faire vivre dans un monde dont la rapidité est une vertu cardinale. Relier Lille ou Bruxelles, Lyon et Marseille à Paris dans des temps records justifie bien ces menus inconvénients. Le ministère de la culture le proclame, il met cette année un  "focus particulier ... sur le patrimoine ferroviaire, témoin de l’histoire du rail dans notre pays". L'histoire, oui mais quid du présent et de l'avenir à l'horizon 2022 ? 

SNCF et EDF, deux services publics qui font partie du patrimoine national. Et pourtant, l'époque est à leur dislocation et à leur privatisation. Pour la SNCF, il suffit d'observer l'épisode de l'appel d'offres des TER en region Paca ou les décisions de niveau national d'ouverture à la concurrence avec la fin du statut de cheminot. EDF a suivi la pente fatale qui mène à la casse du service public depuis le "paquet énergie" des années 90 jusqu'au projet Hercule, dernier clou dans le cercueil de ce patrimoine mais que Macron semble avoir repoussé après avril 2022 pour cause d'élection présidentielle. Chacun connaît les conséquences, déjà visibles, de cette politique, surcoût, dysfonctionnements, opacité et la fin du principe de l'égalité d'accès sur le territoire national.  Ce qu'entend donc cette ministre par "patrimoine pour tous " ne concerne pas le patrimoine issu du CNR et son allusion aux personnes en situation de handicap ne prend pas compte du handicap social et des conditions de revenu ou de localisation. Ce qui ne devrait étonner personne. 

Dernière minute et puisqu'il est question de patrimoine, le responsable de la fête de l'Humanite aurait été démis de ses fonctions pour s'être trompé d'une semaine dans les dates de programmation.  

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