L'OPA de la monarchie sur la télé publique

Qu'il s'agisse du renouvellement de bail de Poutine ou des funérailles du roi de Thaïlande, la peopolisation (prononcer propagande) des régimes autoritaires est chaque jour un peu plus présente. J'ai oublié la traversée de la cour du Louvre par Macron, oubli que le lecteur n'aura pas manqué de rectifier. La lectrice également.

Rien n'étant jamais fortuit, les opérations de marketing politique poursuivent toutes la même ambition : éduquer la bête à cornes (ce cocu de  téléspectateur) par l'ingestion insidieuse de programmes aux images anesthésiantes et aux commentaires soporifiques. L'objectif est simple, s'assurer de l'adhésion populaire aux régimes autoritaires (dont la monarchie) et sacrifiant au culte du chef. Or, des amis m'avaient réveillé dès l'aurore (vous y croyez ?) pour m'avertir du royal wedding qui se préparait. Pour pallier l'incompréhensible silence de Médiapart sur le sujet, je me lançai dans la consultation des programmes télé. Tout d'abord, je n'en crus pas mes yeux puis je fis le compte des heures que la chaîne dite de service public (mais si, France 2) allait consacrer à la retransmission du mariage d'un héritier qui ne serait que le sixième dans l'ordre de la succession. Sept heures de direct, 3h20 le matin et 3h25 l'après-midi, suivies de deux autres heures de pensums : le couronnement de la très coûteuse "Elizabeth the second" (une pensée pour J. Higelin) et l'héritage de Diana ( avec son dénouement façon Dallas). Zitrone reviens, ils sont devenus fous ! Cette journée d'intoxication sera accompagnée de l'Incroyable (et Merveilleux) S. Bern, celui qui applique l'esprit de compétition aux bourgades, et de deux ou trois passe-plats placardisés. Points de vue (monarchique) et Images du monde (royal) a donc pris les manettes. Pas une seule fausse Ernotte de la journée, hormis peut-être cette respiration "culture-infos" à 12h55, "Poser des meubles de cuisine", survivance lointaine d'une réelle ambition d'éducation populaire. Ai-je rêvé ou s'agit-il de la télé qui critique (ait), et à juste titre, les opérations de comm' des dictateurs moscovites, chinois ou sud-américains. Question : même à leur grande époque, Castro ou Mao procédaient-ils différemment ?  

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