Myanmar, la fabrique du djihad

Qui sème le vent, recolte la fureur. Au Myanmar comme ailleurs, l'humiliation et la violence finissent toujours pas engendrer la haine et la terreur. Ces croyances intimes que sont les religions, sectes ou partis politiques n'ont souvent abouti qu'à faire la guerre à ses voisins ou tout au moins à  créer des conflits dont les traces impactent durablement les sociétés concernées.

Les rohingyas sont persécutés par les birmans depuis de très nombreuses années et même avant la décolonisation. Ce n'est pas moi qui l'affirme mais l'Unesco qui leur décerne le titre peu enviable de peuple figurant parmi les plus persécutés de la planète. Musulmans, ils ont quitté le Bangladesh depuis trop longtemps pour que ce pays englué dans la misère,  la corruption et des luttes avec certaines tribus, les reconnaisse encore comme ses enfants. Tout juste des cousins éloignés à qui porter des secours minimum en cas de besoin. Dans les dix dernières années, et plus encore depuis l'été 2016,  ils en ont vraiment eu besoin de ces secours, les rohingyas. En effet, la dictature birmane a laissé quelques moines d'une secte bouddhiste locale instrumentaliser la colère que la population nourrissait à l'égard du régime dictatorial en la détournant vers ces étrangers, traités de terroristes, aux moeurs si différentes des birmans de souche que les nationakistes decreterent qu'il était impossible de cohabiter sur un même territoire. Les rohingyas furent par conséquent déclarés apatrides, une situation qui les laissait exposés au mépris et à la xénophobie de la majorité des birmans. A l'été 2016, les violences et les meurtres perpétrés par les "forces de l'ordre" devinrent si habituelles qu'ils furent nombreux à rejouer Exodus. Malheureusement, déclarés persona non grata, il ne fait decidement pas bon être un exilé sur cette planète, les gouvernements thaïlandais,  malais, singapourien, indonésien et australien (leur destination rêvée ) les empêcherent de débarquer.  Les australiens, faux cul comme des européens, sous-traitent l'accueil de réfugiés sur des îles appartenant à des pays ( on parle notamment du Cambodge) pour lesquels cette activité représente un apport de devises non négligeables. Bonne nouvelle, le capitalisme a encore de beaux jours devant lui. Des pirates malais et thaïlandais ont capturé des centaines de réfugiés qu'ils ont emprisonnés dans des camps de misère au coeur de la jungle tropicale. Les candidats à l'exil n'ayant aucun bien avec eux, les salopards les condamnaient à la prostitution, au travail forcé et à un chantage qui forçait certains à retourner d'où ils venaient afin de récolter des fonds nécessaires à leur libération et à celle de leur famille. Faute de quoi, les membres de la famille restant étaient tués ou prostitués. C'était les vacances d'été, on en parla peu dans les médias. Depuis, la violence gouvernementale et la haine des bouddhistes a continué et des djihaddistes, de retour de mission, ont ete chargés de semer le feu en Asie du sud-est. La province de Rakhine où vivent les persécutés représentait un territoire porteur d'espérances en matière de soulevement. En effet, alors que les rohingyas ont subi les pires violences en gardant une attitude généralement plutôt pacifique, l'internationale du djihad, des les franchises d'al qaida ou de l'ei, ont un objectif l'indépendance de la province et pour y arriver utilisent la destruction. Il semble que peu de rohingyas aient rejoint leurs rangs mais entre la propagande et la contrainte, quelle attitude vont-ils adopter ? Des observateurs font remarquer que déjà, les files de réfugiés qui tentent de franchir la frontière bengalaise sont majoritairement composées de femmes et d'enfants. Des hommes auraient donc rejoint  plus ou moins volontairement  les rangs de l'ARSA (armée de libération pour le salut de l'Arakan) des apprentis dictateurs islamistes. Mais est-il si étonnant que leurs thèses trouvent un écho favorable auprès de populations subissant depuis tant d'années, haine, atrocités, humiliations et crimes et auxquelles aucune éducation n'est proposee que celle des intégristes religieux? Une situation qui devrait alerter les peuples de la planète à defaut de faire réfléchir leurs dirigeants, et nous faire reconsiderer les questions d'immigration, de partage des richesses et de vilence d'état. En attendant, poussés par une partie de leurs opinions publiques instrumentalisee par les  salafistes mais egalement ecoeurée par les pratiques fascistes ayant cours au Myanmar, les gouvernements des pays de la région pressent Aung San Suu Kyi d'intervenir. Pas tellement par cgrandeure qu'ils s'inquièteraient du sort de ces malheureux mais parce qu'ils redoutent que les djihaddistes trouvent là une occasion inespérée de gonfler leurs rangs, ce qui leur permettrait de déstabiliser plus facilement des régimes qui n'ont d'à peine démocratiques que le vote qui les mene au pouvoir. Et encore. Les gouvernements de Thaïlande, Indonésie, Philippines et même en Malaisie alors que ce pays a servi de base arrière aux séparatistes musulmans et à leurs préparatifs d'attentats dans la région, font pression sur les militaires birmans pour calmer le jeu. La Chine pourrait faire de même, car elle a des projets industriels dans le pays et on le sait, les conflits ne font jamais bon ménage avec le business. Pendant ce temps, la "dame de Rangoon", se tait. Sans doute pour ne pas compromettre le processus de sortie de la dictature en s'aliénant les militaires qui occupent toujours des responsabilités déterminantes. Mais sans doute aussi pour ne pas se mettre à dos une partie des votants qui l'ont porté au (fragile) pouvoir. En effet, la majorité de la population est xénophobe et profondément hostile aux rohingyas. Or, des élections devraient se tenir prochainement qui verront sa confirmation ou non au pouvoir. Et le pouvoir, elle aime ça,  la dame, il faut dire que fille d'un heros de l'independance assassiné par les militaires, otage et prisonnière elle-même de cette dictature pendant de longues années, elle semble attendre ce qui pourrait ressembler à un retour sur investissement .

 

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