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Billet de blog 21 mars 2021

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Les avenues Thiers et la "cancel culture"

Cent cinquante ans après la Commune de Paris, les plaques des avenues Thiers, ne portent aucune indication de la qualité de massacreur du Foutriquet. Que fait le comité de pilotage des cérémonies de célébration (il doit bien en exister un) ? Son silence dans cette période de "cancel culture" serait coupable.

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Toute méthode rigoureuse de recherche historique demande à définir avec précision le champ des investigations et à s'accorder sur les termes et les concepts, surtout dans une période où l'on cherche noise à la recherche universitaire. Première étape, déterminer le sens précis de "cancel culture", cette expression qui envahit la scène du bruit médiatique. Mon enquête commence en essayant de contacter le roi de la culture télévisuelle des années 80, Jacques Cancel. Trop tard, hélas. L'heure du couvre-feu approchant, pour éclairer mes lumières, je choisis de recourir à la solution de facilité "Oui qui ?". J,en retire une définition qui semble être communément acceptée, celle d' "une pratique née aux États-Unis consistant à dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, les individus ou les groupes responsables d'actions ou de comportements perçus comme problématiques". Une fois encore, l'impérialisme nord-americain est en pointe. Reste à trouver le sujet, les massacres perpétrés pendant la Commune de Paris dont la célébration des cent cinquante ans et des malheureux laissés sur le carreau tombe à pique (oui, je sais...). Il me revient que j'emprunte régulièrement des avenues Thiers ( 1797- 1877) qui doivent porter le nom d'un  mathématicien partageux. Vu le nombre d'avenues qui portent son nom, le personnage a dû jouer un rôle de premier plan. La plaque de "mon" avenue indique qu'il fut historien et président de la république. Faussement modeste ou vraiment cachotier ? Un complément d'informations, toujours sur "Oui Ki ?", l'encyclopédie qualifiée un peu rapidement "de référence" n'apporte rien de très saillant. Seule une discrète mention du rôle qu'il a tenu pendant la Commune retient mon attention : "Il ne fait rien pour abréger la reconquête militaire, lente, méthodique, sanglante entre le 21 et le 27 mai".  Il m'a fallu attendre la trois cent quarantième ligne pour trouver cette litote. Je sens que sous sa timidité, ce Thiers dissimule des actes inavouables. 

Muni d'une auto-autorisation de sortie, j'ai coché la case  "recherche historique d'utilité publique", je poursuis mes investigations en me rendant à la médiathèque voisine. "La commune (Paris 1871)" , un film historique de Peter Watkins, présente les semaines de mars 1871 sous la forme de reportages faits par une télé communale et par une télé versaillaise. L'image de cet Adolphe Thiers se précise. Garant de l'ordre et de la propriété privée, ultime rempart de la bourgeoisie contre la populace, Foutriquet, une sorte d'ancêtre de nos actuels élus LR, est le massacreur des communards. Alors qu'ils étaient intarissables sur la famille Napoléon, pourquoi aucun enseignant n'a jamais jugé utile de m'instruire à ce sujet ? Ce personnage sanguinaire fit donner la troupe qui massacra une dizaine ou une vingtaine de milliers de morts. Sorte de point d'orgue, cent quarante sept parisiens furent fusillés au mur des Fédérés, de très nombreux survivants furent bannis ou déportés à l'île des Pins où la plupart mourut. Comment autant de villes peuvent-elles honorer sa mémoire ? Je n'en connais pas le nombre mais je sais que des fidèles peuvent se recueillir devant une plaque de rue pour célébrer son oeuvre à Paris (16eme), à Melun (77), comme à Saint Germain en Laye (78). Même la municipalité de Bordeaux (33) si sourcilleuse sur les questions d'éthique et qu'elle a refusé de faire mourir un sapin pour la fête de la consommation, n'a pas jugé utile de débaptiser son avenue Thiers. Versailles en conserve une, assez logiquement et étonnement, la ville de ... Thiers (63) ne possède aucune rue, avenue ou square au nom du criminel. 

Pour terminer, qu'on me permette une anecdote (de toutes façon c'est moi qui décide). En mai 2007, Pierre Bédier, président du conseil général, me fait visiter mi-goguenard mi-fiérot, la salle dans laquelle Thiers a lancé la "semaine sanglante". Aucun intérêt sauf lorsqu'on sait que ce secrétaire d'état aux prisons du gouvernement Fillon-Sarkozy fut condamné quelques jours plus tard, pour détournement de fonds publics. Dix huit mois avec sursis et une inégibilité. Les amateurs de dénouement heureux seront rassurés de savoir qu'il a pu retrouver la présidence du département en 2015.  La preuve que l'histoire peut réserver un happy end.  A propos de fin, j'allais oublier la question de la "cancel culture". Merci de ce rappel. Jean Michel, les programmes scolaires ne devraient pas occulter comme c'est le cas aujourd'hui, l'importance de la Commune de Paris, les raisons de la colère et de son instauration, la propagande des versaillais et leurs crimes. Rappeler également les apports de la dernière révolution française, ses conséquences dans l'appréhension des classes dangereuses par des dirigeants aux abois, la méfiance, la peur et la répression qui en résultent et qui ont entraîné l'établissement de républiques autoritaires.et répressives. La crise des gilets jaunes en apporte une bonne illustration. A l'heure où l'idéologie d'extrême droite gangrène les institutions armées, c'est à la fois indispensable et urgent. Ma proposition de canceler culturel, ne pas débaptiser les lieux publics ou les statues mais indiquer la "qualité" des personnages honorés. Pour Thiers, les plaques pourraient porter la mention suivante : " A Adolphe Thiers les fusillés reconnaissants - 1797 / 1867, historien - président de la république - massacreur "

PS Georges Tron, un autre secrétaire d'état qui appartenait au même gouvernement exemplaire sera incarcéré (cinq ans d’emprisonnement, dont trois ferme, inéligibilité de six ans est incarcéré (il se pourvoit en cassation). Décidément, le tandem Fillon-Sarkozy, une pépinière de talents. 

Elle n'est pas morte (le Commune) Eugène Pottier chanté par Francesca Soleville - également par Marc Ogeret

Elle n'est pas morte (le Commune) © Eugène Pottier chanté par Francesca Soleville

Chants de la Commune par le groupe 17

Chants de la Commune © le groupe 17

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