Balkany prix spécial du jury

Alors que l'Houdini de Levallois possède une expertise unanimement reconnue pour ce qui est du bonneteau fiscal, ses talents dans la création audiovisuelle de rue n'ont jusqu'ici, jamais été récompensés. Une injustice qui mine sa santé et celle de sa compagne.

L'air abattu du Lelouch ( en un mot comme en deux ) du 92 ne trompe pas ; la proclamation du palmarès du dernier festival de cinéma ne fait que confirmer un manque flagrant de reconnaissance de la part de l'industrie du cinéma. L'ostracisme nourri à son égard est d'autant plus injuste qu'il est un précurseur dans son domaine, celui du cinéma guette au trou. Bien qu'il persévère depuis 1991 dans sa quête à figurer en haut de l'affiche (1), aucune reconnaissance n'est venue jusque là satisfaire cette ambition et cette année encore, il est reparti de Cannes, les mains vides. On peut comprendre qu'Isabelle, sa compagne des mauvais jours en ait été tellement choquée qu'elle ait eu besoin d'une assistance médicale.  Balkany occupe une place incontournable dans l'expérimentation et la réalisation de vidéos d'espaces publics et sa maîtrise est légitimée de facto par le nombre d'apprentis qui se le copient sans vergogne. Mais rien, nada, pas le moindre trophée, pas la moindre citation si l'on en excepte une, à comparaitre devant une chambre de justice. Comme tous les visionnaires, le talent de l'Orwell du 92 n'est pas reconnu à sa juste valeur et une certaine critique parisienne faisant fi de son apport primordial dans le domaine du cinéma vérité et de la création audiovisuelle de rue, l'ignore avec superbe.

D'autres auraient jeté depuis longtemps leur caméra aux orties, mais ce serait méconnaître l'obstination de l'Hoover des Hauts de Seine et c'est avec une remarquable constance et une fidèle Isabelle qu'il a poursuivi pendant plusieurs saisons le tournage de sa série culte "Souriez vous êtes filmé". Les milliers d'épisodes tournés dans sa ville de Levallois lui ont valu la reconnaissance d'habitants heureux d'y paraître, même comme simples figurants ou comme silhouettes qui ne font que passer sur l'écran. C'est peu mais c'est le passeport pour ce fameux "quart d'heure de célébrité" auquel chacun aspirerait. Avec un peu de chance, c'est la possibilité d'un bout d'essai voire d'un vrai rôle diffusé sur la chaîne de télévision en circuit fermé du commissariat local. Les plus chanceux se verront remettre le précieux sésame prélude à la montée des marches du poste de police et à un photo call façon Bertillon suivi si tout se passe bien, par une séance d'autographes au bas d'un procès verbal tendu par des groupies en képi. 

On s'en doute, dans les premiers temps, ce couple des Lumière a dû affronter quelques irréductibles droits-de-l'hommistes, ennemis du progrès et de la technologie. Depuis, l'opinion publique s'est hheureusement ressaisie et applaudit à une vidéosurveillance accrue comme à la fouille d'effets personnels et au viol de l'intimité par des policiers et des marchands. L'expression est connue et sonne comme une sentence, mais elle se vérifie une fois encore : "il n'y a pas loin du Front de Seine à la prison de la Santé". Ce que confirme le jugement sévère porté par une militante socialo-communiste (1) : " A Levallois ça pue la trique" ajoutant avec un certain sens des réalités " et ce n'est pas prêt de sentir la rose".

Aujourd'hui, lâché par ses faux-amis, le grand Timonier de Levallois traverse des heures difficiles et les chaines télévisées manquant de pudeur, filment sans pitié un avocaillon grognon sermonnant, sans doute une manifestation de jalousie pour son apparence juvénile, un B.B.B. (Big Brother Balkany) humilié et lui coupant la parole avec rudesse. Dépité et pas seulement des Hauts de Seine, par tant d'incompréhension répétée, frère Patrick a décidé de faire retraite dans le secret d'une cellule, recevant du même coup les félicitations du jury. Quelques mois pour surmonter sa peine, une période à l'issue de laquelle il devrait se voir décerner les clefs d'or.  Espérons au moins que la réclusion lui donne la force d'endurer la cruauté et l'ingratitude de ses contemporains avant que de repartir vers un avenir ryad riant.  

 (1) il ne s'agit pas de la Comtesse

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